A l’âge de 74 ans, l’auteur polonais le plus traduit et médiatisé dans le monde est décédé, il avait écrit « Cesar », « Heban », « Guerre du football »…
Radin Rue, 24.01.2007 , 01:35,
Ryszard Kapuściński est né le 4 mars 1932 à Pińsk, dans la voîvodie de Poles. Après la guerre il à étudié à l’université l’histoire, à Varsovie. Comme journaliste il a travaillé dans le journal de propagande communiste ( à l’époque…) pour les jeunes „Sztandar Młodych” et dans l’hebdomadaire politique „Polityka”.
Ces reportage avaient une grande popularité, son premier grand travail de littérature dans la presse fut « la jungle à la polonaise » : „Busz po polsku” en 1962. Il publia ensuite, « les étoiles noires » : „Czarne gwiazdy” (1963) et « Si toute l’Afrique » : „Gdyby cała Afryka” (1969).
Son séjour en Amérique du sud donna naissance à son livre « Avec le Christ et une carabine automatique » : „Chrystusem z karabinem na ramieniu” (1975) et la « guerre du football » : „Wojną futbolową” (1978). Mais le roman qui lui donna le plus de popularité fut « César » : „Cesarz” (1978) et „Szachinszach” (1982). Ces derniers ouvrages lui donnèrent accès à de très nombreux prix littéraire, ainsi qu’une reconnaissance incontestable à l’étranger. En 1993, il édite „Imperium”, un livre qui résulte de son voyage dans les républiques de l’ex URSS, au sud. L’homme acheva sa vie en Pologne, hautement récompensé par son travail, avec une vie accomplie selon ses proches.
Radin Rue
Kapuscinski se pose
L'écrivain et journaliste polonais, baptisé «sorcier du reportage» par John Le Carré, est mort à 74 ans.
Par LANÇON Philippe
QUOTIDIEN : jeudi 25 janvier 2007
Le monde rétrécit sans joie, l'un de ceux qui a le plus contribué à l'élargir disparaît : l'écrivain et reporter polonais Ryszard Kapuscinski est mort mardi à 74 ans, après une opération chirurgicale, à Varsovie. C'est là qu'après ses voyages il écrivait ses livres, lentement, à la main, avec difficulté. Il y avait du conteur en lui. Ce qu'il contait, c'étaient des choses vues pendant un demi-siècle : en Afrique, en Amérique latine, en URSS, là où l'Histoire creuse et fracture la condition humaine.
Sorcier. Dans Ebène (1), suite de textes sur l'Afrique qu'il ne cessa d'arpenter, d'espoirs en coups d'Etat et de rires en massacres, un sorcier le sauve de quelques sortilèges (non sans mépris ou dignité, parfois ça se ressemble), tandis qu'il croupit dans un quartier de Lagos. Kapuscinski n'a sauvé de rien le monde qu'il a décrit, mais John Le Carré n'a peu eu tort de le baptiser «extraordinaire sorcier du reportage». Il est l'un des rares qui ait donné à ce genre une légèreté tragique : voir, sentir, comprendre, rapprocher le détail de la vie et le fond des circonstances, articuler le destin des héros et l'expérience quotidienne des autres, se mettre en scène quand c'est nécessaire, ne jamais laisser mourir le récit en chaire. La morale, chez lui, n'est pas tirée des situations et des faits : elle vit en eux sans se montrer.
«Pour comprendre l'Afrique, disait-il, il faut lire Shakespeare.» Pour comprendre le monde, ses drames, ses joies et «l'inutilité des victimes», il faut aussi lire les Grecs. Son dernier livre, Mes Voyages avec Hérodote (1), raconte comment, dans les années 50, il fut envoyé par son journal en Inde, un pays dont il ignorait tout. La rédactrice en chef lui tend un livre : l'Enquête, d'Hérodote. Il ne le quittera plus. Trois préceptes le guident. 1) Savoir qui, le premier, a commis une injustice. 2) Nul ne peut se dire heureux. 3) Un dieu lui-même n'échappe pas au sort qu'a fixé le destin.
Télévision. Pensée tragique, donc, née de l'observation : la guerre de Troie a partout eu lieu, et Kapuscinski mêle son épopée (ses livres sur le Négus et le Shah, ses portraits de Lumumba et d'Amin Dada) et son quotidien. Le faire à l'écrit lui semble essentiel dans un monde dominé par la télévision, «média superficiel et manipulateur». Avec elle, dit-il à Libération en 1994, «le monde est devenu un fantasme du monde». Le reporter, lui, «touche du doigt l'histoire en train de se faire». Mais ce geste n'aboutit que si l'on parvient à confronter «son expérience personnelle avec celle de tous ceux qui vous ont précédés».
Occupation soviétique. Fils d'instituteurs, Kapuscinski est né à Pinsk en 1932, dans une région polonaise devenue biélorusse. Alors, dit-il au Monde, «les gens n'avaient même pas de couteaux. Ils coupaient leur beurre avec le doigt après l'avoir fait chauffer». Kapuscinski connaît l'occupation soviétique. Son père, fonctionnaire polonais, risque d'être tué. La famille fuit dans la partie occupée par les Allemands. Faim, menaces, clandestinité, sentiment d'être humilié : «Je considère que la connaissance de cette expérience, transmise par mes ancêtres et constamment vivante dans notre conscience nationale, dit-il au Nouvel Observateur, m'a aidé à mieux comprendre les souffrances des Africains.»
Après des études d'histoire, il veut devenir poète et entre dans un quotidien. Les horaires durs lui permettent d'abandonner la poésie. Ses premiers voyages en Inde et en Chine, où il entre à pied à l'occasion du mouvement des Cent Fleurs (1957), lui font comprendre que l'Asie n'est pas son genre. Il rejoint l'anonyme Agence polonaise de presse (PAP). On l'envoie en Afrique (de 1962 à 1966), puis en Amérique latine (de 1967 à 1972). Dans ces pays qui, pour la Pologne, n'existent pas, il a du temps et écrit ce qu'il veut. Les grands reporters naissent souvent quand leurs rédactions et leurs pays leur fichent la paix. Il ne cessera plus de voyager, pour ses livres. Imperium, en 1994, raconte à travers des souvenirs personnels, des rencontres, sa microhistoire en mouvement, le destin de l'URSS, «un pays où l'on marche sans cesse sur les ossements des morts».
«Européen». De l'Europe de l'Ouest, un monde finalement sans histoire, il connaissait peu de chose. Il se sentait européen, mais à l'échelle d'un monde qu'il avait vu changer : «Naguère, écrit-il en 2003 dans la Republicca, on me posait des questions sur l'Europe ; maintenant, on ne m'en pose plus. Je suis encore un Européen, mais un Européen détrôné.» Hors du trône, on se sent libre.
(1) Plon, coll. «Feux croisés».
Décès du journaliste et écrivain Ryszard Kapuscinski
publié le mercredi 24 janvier 2007
Ryszard Kapuscinski, journaliste et écrivain polonais connu internationalement pour ses livres sur les guerres de décolonisation en Afrique et les conflits du Moyen-Orient, est mort mardi à Varsovie à l’âge de 74 ans. L’auteur d’"Ebène" est décédé à l’hôpital Banacha de la capitale polonaise après une opération du coeur, a annoncé le directeur de sa maison d’édition, Marek Zakowski. "Il n’y a personne pour prendre la place qu’il laisse. Il était toujours curieux d’en apprendre davantage sur le monde, il était curieux des gens."
Né le 4 mars 1932 à Pinsk, ville située aujourd’hui au Belarus, Ryszard Kapuscinski débute sa carrière de journaliste à la fin des années 1950 et devient l’unique correspondant en Afrique de l’agence de presse polonaise (PAP). Il couvre alors la décolonisation du continent noir. Un de ses ouvrages les plus connus, "Le Négus", décrit la chute du régime de l’empereur éthiopien Haïlé Sélassié. Publié en 1978, le livre se veut une "réflexion sur les dictatures en général" et a été vu comme un critique du régime communiste polonais.
Globe-trotteur curieux de tous les continents, Kapuscinsky expliquait sur son site Internet qu’il "voulait décrire les gens, leur mentalité, leur manière de voir le monde". "L’expérience m’a appris que selon le point de la planète, on voit le monde différemment. Si on n’essaie pas de comprendre ses différences de vue, de perception et de description, on ne comprend rien de ce monde." Plusieurs de ses livres ont été traduits en français comme "Le Négus", "La Guerre du football" sur l’Amérique latine ou "Le Shah ou la démesure du pouvoir", sur l’Iran.
| LITTERATURE – Fin du voyage pour le grand reporter Ryszard Kapuscinski | | |
Le monde de la littérature polonaise est en deuil. Grand reporter et écrivain, le journaliste Ryszard Kapuściński est décédé mardi des suites d’une longue maladie à l’hôpital Banacha de Varsovie. Il était âgé de 74 ans
Il était le maître incontesté du reportage, écrivain de l’immédiat. Né à Pinsk (actuellement en Biélorussie) en 1932, il a débuté sa carrière journalistique dans un quotidien de la jeunesse communiste L’Etendard des Jeunes où il a écrit son premier reportage primé. Il a quitté le journal après le limogeage de la rédaction par les autorités communistes pour le soutien apporté à l’hebdomadaire contestataire Po prostu.
De 1958 à 1962 il a écrit pour le magazine Polityka. En 1962, il est devenu correspondant de l’Agence de Presse Polonaise (PAP) en Afrique, où il a relaté entre autres la chute du régime d’Haïlé Sélassié Empereur d’Ethiopie. 4 ans plus tard il récidive avec "Le Shah ou la démesure du pouvoir" le livre sur le Shah d’Iran et la prise du pouvoir par les ayatollahs.
En 1981 il a été l’un des premiers journalistes à rallier la cause de Solidarność. Après la chute du communisme, il a effectué des reportages en Russie, dans les anciennes républiques soviétiques. De ce parcours de 60 mille kilomètres est né "Imperium", l’histoire de la chute de l’Union Soviétique.
Il a couvert 27 guerres et révolutions dans le monde entier
En tant que grand reporter, il a sillonné le monde entier couvrant au passage 27 guerres et révolutions tout en mettant au point son style incomparable, mêlant enquête et récit et détaillant minutieusement les processus du déclin des régimes totalitaires. Il a écrit 24 livres traduits en 30 langues et a reçu d’innombrables récompenses dont, en France le prix de l’Astrolabe (1995), le prix de la rédaction de Lire (2000) et le prix Tropiques (2002). Il a été également cité pour le Prix Nobel de littérature en 2006. Salman Rushdie, dans la préface de l’édition anglaise de l’un de ses livres a écrit: "Un Kapuściński vaut mille scribouillards qui gémissent et qui affabulent".
J.R. (www.lepetitjournal.com) - Varsovie 25 janvier 2007
Les ouvrages de Ryszard Kapuciński traduits et publiés en français
D’une guerre à l’autre (Jeszcze dzień życia) (1976)
La guerre du foot (Wojna futbolowa) (1978)
Le Négus (Cesarz) (1978)
Le Shah (Szachinszach) (1982)
Imperium (Imperium) (1993)
Ébène (Heban) (1998)
Mes voyages avec Hérodote (Podróże z Herodotem) (2004)
Lire aussi
Le Monde diplomatique janvier 2006