5 Août : De la période coloniale à l’indépendance

Publié le par david castel

vendredi 3 août 2007.
 
Jean-Baptiste Ouédraogo, Sangoulé Lamizana, Blaise Compaoré et Saye Zerbo
Jean-Baptiste Ouédraogo, Sangoulé Lamizana, Blaise Compaoré et Saye Zerbo
Le 5 août 1960 a été proclamée l’indépendance de la Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso. L’accession de notre pays à la souveraineté nationale est l’aboutissement d’un processus historique et politique qui remonte de la période coloniale jusqu’à la marche vers l’indépendance.

Le mois d’août évoque également un autre événement, l’avènement de la Révolution démocratique et populaire (RDP) le 4 août 1983 avec le Conseil national de la Révolution. Un aperçu historique à partir de sources documentaires.

L’histoire de la constitution de la colonie de Haute Volta, actuel Burkina Faso est indissociable de celle du fonctionnement du gouvernement général de l’Afrique occidentale française (AOF). En effet, à la création du gouvernement général de l’AOF en 1895, la majeure partie des peuples de l’actuel Burkina Faso gardait sa souveraineté. Le gouvernement général coordonna la conquête et l’organisation administrative. En 1904, le gouvernement général de l’AOF fut réorganisé et doté d’un budget autonome.

Une réorganisation territoriale fut opérée par la suite, qui aboutit à la création d’une vaste colonie appelée Haut-Sénégal et Niger, au sein de laquelle fut intégrée la zone de l’actuel Burkina Faso. Pendant la première guerre mondiale, de nombreuses révoltes éclatèrent ça et là, notamment autour de la Boucle du Mouhoun, (ancienne Volta Blanche). Les plus mémorables se déroulèrent en 1915 - 1916.

L’histoire coloniale de l’actuel Burkina Faso n’est pas dissociable de celle des pays qui ont subi la domination européenne du XIXè - XXè siècle, toutefois, on peut relever des spécificités qui donnent une certaine originalité à cette histoire.

Le cadre territorial constituant l’actuel Burkina Faso s’est tardivement fixé. Il a fallu attendre 1947 pour que les incertitudes prennent fin. Cela a eu des conséquences sur son évolution politique et économique. Sur le plan politique, l’évolution de la Haute-Volta resta liée aux grandes étapes de l’orientation de la politique coloniale française. L’émergence d’une élite politique dans un cadre organisé moderne se fit après la seconde guerre mondiale à propos des revendications visant la reconstitution du territoire. La vie politique fut très tumultueuse entre 1956 et 1958 où enfin le RDA s’impose en Haute-Volta.

Les grandes étapes chronologiques de l’histoire coloniale du Burkina Faso découlent du repérage des phénomènes et faits donnant une profondeur historique et une signification originale à l’évolution du territoire. Ce repérage tient compte à la fois de la naissance de nouvelles formes de relations avec l’extérieur : défi face à la conquête et à l’occupation ; la nouvelle organisation administrative et surtout territoriale conséquence lointaine de la formation d’une nouvelle nation en construction. Il n’en demeure pas moins que les survivances précoloniales restent fondamentales dans l’affirmation de l’identité nationale, et que pour donner un contenu culturel à la nation, l’héritage précolonial est incontournable.

Quatre grandes périodes ont rythmé l’évolution de la Haute-Volta coloniale : le choc colonial, conquêtes et résistances face à l’installation coloniale, (1895 - 1919). La constitution et le blocage, (1919 - 1932) La traversée du désert ou le démembrement, (1932 - 1947) La renaissance et la marche vers l’indépendance (1947 - 1960).

Le choc colonial : conquêtes, résistances et installation française.

Les explorations furent des signes avant-coureurs de la conquête. Dans une première phase, l’obtention des traités de protectorats se fit surtout par la voie diplomatique ou la ruse. Après la conférence de Berlin, les explorateurs suivants visitèrent la zone de l’actuelle Burkina : L’Allemand Krauss (1886), suivi du Français Binger en 1888.

Crozat traversa les pays de Haute-Volta en 1890 ; Monteil en 1891, l’anglais Fergusson en 1894. En 1895, les Français signèrent un traité avec le Yatenga ; Naba Wobgo de Ouagadougou refusa le traité proposé par Destenave en 1895.

Les officiers Voulet et Chanoine réalisèrent les plus grandes conquêtes dans les pays de Haute-Volta. Ils s’emparèrent de Ouagadougou en 1896 après une résistance de Naba Wobgo, obligé de s’enfuir en Gold Coast, le Ghana actuel. Auparavant, la prise sanglante de Boussé en 1895 marquait la phase de réalisation des conquêtes. Les réajustements territoriaux, qui furent opérés par l’administration, suggèrent deux subdivisions pendant cette période : 1896 - 1904 : les temps forts de la conquête de laquelle résulta la création d’une région militaire à partir de Ouagadougou. La région de Bobo-Dioulasso est prise en 1898.

Les résistances furent plus difficiles à circonscrire dans les pays où l’organisation politique n’était pas hiérarchisée : Samo, Bwaba, Lobi etc.. Par contre, les groupes hiérarchisés en proie à des querelles de succession offrirent une faible résistance. 1904 - 1919 : les pays de Haute-Volta furent intégrés dans un vaste ensemble Soudano-Sahélien appelé Haut-Sénégal et Niger englobant, l’actuel Soudan, et l’actuel Burkina Faso.

L’installation coloniale ne se fit pas sans heurts car sporadiquement l’administration eut maille à partir avec les populations qui se révoltaient ça et là. Les plus importantes se déroulèrent autour de la Boucle du Mouhoun (ancienne Volta-Noire) entre 1915 et 1916. Le 1er mars 1919 la colonie du Haut - Sénégal et Niger fut alors disloquée, et la Haute-Volta fut créée en tant que colonie autonome pour faciliter l’administration de la région marquée par une forte densité de la population au centre et des velléités de révoltes à l’Ouest et au Sud-Ouest. La capitale de l’ancien royaume de Wogdogo (Ouagadougou), fut choisie comme chef-lieu de la nouvelle colonie.

La Constitution et le blocage (1919 - 1932)

Cette période constitue un repère fondamental. 1919 correspond à la constitution de la Haute-Volta en une entité spécifique, à la tête de laquelle se trouvait un gouverneur. Le premier gouverneur de la Haute-Volta fut Frédéric Charles Edouard Alexis Hesling (1869-1934). Il exercera de mai 1919 à décembre 1927. Son œuvre fut marquée par la consolidation de l’ossature administrative et la mise en valeur coloniale de façon volontariste.

La colonie de Haute-Volta regroupait les cercles suivant : Bobo-Dioulasso, Gaoua, Dédougou, Dori, Fada N’Gourma, Say (rattaché au Niger en 1927) et Ouagadougou. A une période où la mécanisation était peu développée, la concentration humaine en Haute-Volta (3 millions d’habitants) constituait un atout pour l’exploitation des potentialités encore très peu connues.

Ce fut une période marquée par l’intensification du travail forcé pour la réalisation des différents équipements et infrastructures : construction des bâtiments administratifs, écoles, formations sanitaires. Le réseau routier passa de 3 000 à 6 000 km .Il visait l’évacuation des produits agricoles.

L’accent fut mis sur la culture du coton par l’institution de champs collectifs obligatoires dans les villages. Par arrêté du 4 décembre 1926 deux villes furent érigées en commune Bobo-Dioulasso et Ouagadougou. Toutefois, cette politique volontariste eut des conséquences difficiles pour les populations : forte imposition, recrudescence du travail forcé desquelles résultèrent une forte migration vers la Gold Coast et une paupérisation de la population.

Les germes d’un proto-nationalisme centré sur le cadre territorial actuel puisent, en partie, ses racines de cette période. Car le combat pacifique qui fut mené plus tard, outre les références à l’héritage précolonial, s’appuie sur l’héritage de cette période : négation du martyre subi et des résultats obtenus. En effet, le 5 septembre 1932, un décret fut pris supprimant la colonie de Haute-Volta et la partageant entre la Côte-d’Ivoire, le Soudan et le Niger.

La traversée du désert 1932 - 1947

Cette période comporte deux subdivisions : de 1932 à 1937, la véritable traversée du désert 1937 - 1947, vers la reconstitution. La première période fut caractérisée par le démantèlement des structures administratives et sociales, le chef-lieu de la colonie perdit de nombreuses prérogatives, dont son statut de commune en 1936. Certains équipements publics furent démantelés : Imprimerie, Ecole Régionale de Ouagadougou, Trésorerie, etc... Le travail forcé fut poursuivi, en dehors même de la zone de l’ancienne Haute-Volta.

Le 13 juillet 1937 un décret fut pris portant création à partir du 1er janvier 1938 d’une région administrative de Haute-Côte d’Ivoire. Elle regroupe les cercles de l’ancienne Haute-Volta rattachée à la Côte d’Ivoire ; Il s’agit des cercles suivants : Ouagadougou, Kaya, Tenkodogo, Koudougou, Gaoua, et Bobo-Dioulasso. Cet événement est favorisé par l’arrivée au pouvoir du Front populaire en France qui se donnait pour objectif d’humaniser la politique coloniale.

A la tête de cette région, fut nommé un représentant du gouverneur avec pour résidence Ouagadougou. Cet acte visait à atténuer la suppression de la Haute-Volta. L’effort de guerre, l’idée de la dette de sang, servirent de fondement aux revendications des partisans de la reconstitution qui critiquèrent la balkanisation et le délaissement de la Haute-Volta, notamment sa capitale historique : Ouagadougou.

Au moment où germèrent les mouvements d’émancipations organisés dans les cadres territoriaux, la Haute-Volta n’existait pas. Ce qui exacerba les frustrations, créant une solidarité entre les ressortissants de l’ancienne Haute-Volta. Il y eut alors une conjonction de points de vue entre les chefs traditionnels, notamment le Moogho-Naaba, et l’élite.

La renaissance et la marche vers l’indépendance (1947-1960)

L’après guerre constitua un tournant dans la vie politique et administrative du monde colonial. Les Africains devinrent des acteurs plus volontaires dans l’histoire de leur territoire. Cette situation s’accompagna d’une émergence du sentiment national dans le cadre des limites territoriales coloniales.

La conférence de Brazzaville jeta les bases d’une participation, des Africains à l’exercice du pouvoir politique. Les frustrations des Voltaïques n’étaient pas seulement d’ordre politique. La spécialisation imposée par le système colonial faisait des Voltaïques des sujets de secondes zones. Le sentiment d’être asservi (dans le système colonial) créa un élan de solidarité dans le milieu voltaïque.

Les premières protestations officielles vinrent du Moogho-Naaba Koom II. Il s’agissait des protestations d’un souverain traditionnel pour maintenir l’existence de l’entité territoriale dans le concert du monde colonial. Alliant la tradition et les formes d’organisation moderne, les partisans de la reconstitution formèrent un parti : Union pour la défense des intérêts voltaïques, dont le cheval de bataille était la reconstitution de la Haute-Volta.

Le contexte politique de l’époque favorisa la reconstitution : avancée du RDA, crainte d’un irrédentisme moaga et alliance avec l’élite politique. Le 04 septembre 1947, fut voté la loi rétablissant la Haute-Volta dans ses frontières de 1932. 1947 marque un tournant important dans l’évolution des cercles de Haute-Volta jadis rattachés aux territoires voisins.

La reconstitution de la Haute-Volta, en 1947 stabilise les frontières administratives du groupe de l’AOF ; La Haute-Volta évolua dans le cadre de l’Union française en 1948, elle élit ses conseillers généraux (sorte de parlement local), puis ses députés à l’Assemblée nationale française. La liste de l’Union voltaïque comprenant Henri Guissou, Mamadou Ouédraogo , Boni Nazi prit le dessus sur la liste du RDA.

Le 23 juin 1956 fut voté la loi cadre, politiquement la Haute-Volta pouvait, pour la première fois, disposer d’un conseil de gouvernement élu par son Assemblée territorial. Les membres de ce conseil allaient avoir rang de ministre. La gestion des affaires territoriales incombait à ce conseil qui devait choisir un vice-président parmi ces membres ; le président était directement nommé par la métropole.

Le RDA remportera par une courte majorité, les élections du 31 mars 1957. Le 17 mai 1957, Ouezzin Coulibaly forma le premier conseil de gouvernement ; M. Yvon Bourges en fut de facto, le président.

Mais une crise politique éclata le 17 décembre 1957, une motion fut votée par le Groupe de Solidarité voltaïque contre le gouvernement de Ouezzin Coulibaly. Le MDV de Maurice Yaméogo rallia la majorité, ce qui permit à Maurice Yaméogo d’accéder au gouvernement. Le 06 septembre 1958, Ouézzin Coulibaly meurt à Paris, et Maurice Yaméogo, ministre de l’intérieur assurant l’intérim accéda à la plus haute fonction de gouvernement. Les réformes françaises marquent le retour du Général de Gaulle au pouvoir et surtout l’avènement de la Vè République. La Haute-Volta adhère à la communauté le 28 septembre 1958.

Le transfert de pouvoir s’accéléra, le gouverneur n’était plus Président du Conseil du gouvernement, mais la tutelle du gouvernement français demeurait, car son président était à la tête de la communauté. Le 11 décembre 1958, la Haute-Volta obtint le statut de République autonome membre de la communauté.

A l’approche des indépendances, la Haute-Volta, prit d’abord position pour un système fédéral ; et adhéra à la Fédération du Mali le 28 janvier 1959 qui comprenait : le Soudan, le Sénégal, le Dahomey. Plus tard, elle se retire pour former, avec la Côte-d’Ivoire, le Niger, et le Dahomey, le Conseil de l’Entente. C’est dans ce cadre que la Haute-Volta signa les accords de transfert de compétence avec la France. Dans l’application du calendrier de la proclamation des indépendances, elle accédait à la souveraineté internationale le 05 août 1960.

La proclamation de l’indépendance

L’année 1960 marque une étape décisive dans l’histoire de la Haute-volta, aujourd’hui Burkina Faso, de même que celle de la plupart des anciennes possessions françaises d’Afrique. L’accession de ces pays à la souveraineté nationale est l’aboutissement d’un processus politique amorcé une dizaine d’années plus tôt et institué par la Constitution de 1958 qui les fait passer du statut de colonies à celui d’Etats membres de la Communauté franco -africaine.

Le transfert de compétences de l’Etat français à l’Etat voltaïque a lieu le 11 juillet 1960, en concertation avec les autres membres du Conseil de l’Entente. Maurice Yaméogo préside alors aux destinées de la Haute-Volta. Le 5 août 1960, l’indépendance de la Haute-Volta est proclamée et dès le 20 septembre, le jeune Etat est admis aux Nations unies.

L’indépendance ne constitue pas une rupture brutale avec l’ancienne puissance coloniale. Elle est accompagnée par des accords de coopérations signés le 24 avril 1961 dont la particularité réside dans le fait que, sur le plan militaire, la Haute-Volta refuse l’installation de bases françaises sur son territoire. Pour le jeune Etat, cette période est marquée par la recherche d’un équilibre sur le plan diplomatique, économique et politique. En janvier 1962, la Haute-Volta adhère au groupe de Monrovia qui rassemble les pays modérés, mais maintient des relations avec le groupe panafricaniste. Elle avait même décidé, en juin 1961, de supprimer ses barrières douanières avec le Ghana.

En 1962, la Haute-Volta prend part à la constitution de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) et le 26 mai 1963 elle participe à Addis-Abéba, en Ethiopie, à la création de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA). Sur le plan intérieur, la politique administrative est confrontée à l’épineuse question de conciliation entre le pouvoir traditionnel et le pouvoir moderne. Finalement, la première République va ôter aux chefs traditionnels les nombreuses prérogatives qui leur ont été accordées pendant la période coloniale.

Par ailleurs, le pouvoir personnel du chef de l’Etat, favorisé par l’instauration du système du parti unique avec l’Union démocratique voltaïque, section locale du Rassemblement démocratique africain (UDV-RDA), ne laisse aucun espace de liberté aux opposants, souvent emprisonnés. Une loi du 24 avril limite même les libertés syndicales et le droit de grève. C’est dans ce climat que le président, candidat unique aux scrutins du 3 octobre 1965, est élu avec 99,98 % des suffrages exprimés.

Sur le plan financier, l’euphorie de l’indépendance a fait perdre de vue les mises en garde sur la politique d’autorité prônée dès 1959, d’autant plus que les mauvais rapports avec la France ont eu pour conséquence une réduction de ses subventions. Confronté à la pénurie des caisses publiques, due pour l’essentiel à la gabegie du chef de l’Etat, le gouvernement décide d’appliquer un train de mesures drastiques dont le clou est la réduction de 20% de la masse salariale. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Le ler janvier 1966, les syndicalistes décident de déclencher une grève qui mènera à la révolte. L’état d’urgence est décrété, mais l’agitation se poursuit et culmine par une marche populaire le 3 janvier. Le président est contraint de démissionner et, à la demande des manifestants, "le militaire le plus ancien dans le grade plus élevé" prend le pouvoir : il s’agit du commandant Sangoulé Lamizana.

(Sources : site du Premier ministère)


Fête de l’Indépendance : Lundi 6 août déclaré chômé et payé

A l’occasion de la célébration de la fête de l’Indépendance le 5 août 2007, le ministre du Travail et de la Securité sociale et le ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat rappellent aux travailleurs et aux employers des secteurs publics et privés que le lundi 6 Août 2007 est déclaré chômé et payé sur toute l’étendue du territoire national.

Pour le ministre et P/D
Le Secrétaire général,
Youssouf OUATTARA
Chévalier de l’Ordre National

Pour le ministre et P/D
La Secrétaire générale,
Léontine Marie Florence ZOMBRE
Chévalier de l’Ordre National

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Publié dans Biographies

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