Une Palestine de PlayStation

Publié le par david castel

[Oui, il y a des "bruissements de paix" : déclarations diverses et variées,
rencontre Abbas-Olmert lundi prochain, une conférence internationale (avec
les Saoudiens?) pour cet automne. Mais attention : un optimisme, même
raisonné comme celui d'Amos Oz dans son dernier article
(http://www.lapaixmaintenant.org/article1660), dans une situation par
ailleurs surréaliste où la "bonne" Palestine est largement fantasmée ("de
PlayStation"), pourrait être plus que néfaste. Aluf Benn propose un objectif
plus modeste, sans d'ailleurs beaucoup d'illusions : le "test du barrage
routier"]

Ha'aretz, 1er août 2007

http://www.haaretz.com/hasen/spages/888933.html

Une Palestine de PlayStation
Aluf Benn

Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant


Bonne nouvelle: quelque chose du processus de paix est en train de mijoter.
Pour la première fois depuis sept ans, un premier ministre israélien déclare
qu'il y a des Palestiniens à qui parler, à savoir le président Mahmoud Abbas
et le premier ministre Salam Fayyad. Le gouvernement israélien prend des
initiatives de paix. Ehoud Olmert a convaincu Amos Oz, le maître à penser de
la gauche sioniste, qu'il a l'intention de se retirer des territoires. Les
deux parties se rencontrent  et échangent des gestes de bonne volonté. Tony
Blair se promène dans la région. L'administration américaine annonce une
conférence de paix pour cet automne.

Mauvaise nouvelle : ces plans et initiatives se fondent sur une réalité
fantasmée, et sur la création d'un Etat palestinien imaginaire. Une
Palestine de Playstation.

L'hypothèse de base est qu'Abbas et Fayyad sont trop faibles et ne pourront
pas imposer l'ordre et la sécurité en Cisjordanie. Ou, comme un haut
représentant israélien le dit, ils sont agréables et modérés, mais ils
tiennent dans leurs mains des stylos et non des armes. La bande de Gaza est
tombée entre les mains du Hamas et on ne sait pas quand ni comment elle fera
partie de l'Etat-Fatah censé naître en Cisjordanie.

Pour Israël, le problème essentiel, ce sont les tirs de Qassam. Israël ne
pourra tolérer que sa population et son aéroport soient à portée des
roquettes palestiniennes. Récemment, le ministre de la défense Ehoud Barak a
dit lors d'une réunion qu'Israël ne pourrait pas renoncer à son contrôle
sécuritaire sur la Cisjordanie, au moins jusqu'à temps qu'il obtienne les
moyens d'intercepter les roquettes à courte portée.

Pareil projet pourrait prendre entre trois et cinq ans. Pour Barak, il n'y a
aucun doute : c'est la présence de l'armée sur les collines qui surplombent
l'aéroport Ben-Gourion qui empêche qu'on tire sur lui, et non une quelconque
retenue de la part d'organisations palestiniennes.

Regardons la réalité en face : en l'absence d'une force de sécurité
palestinienne efficace et d'un système israélien d'interception de
roquettes, il ne peut y avoir de retrait significatif de la Cisjordanie, ni
de remise de territoires à un Etat palestinien.

Tout retrait symbolique de colonies illégales ou isolées est également
improbable. L'armée arguera qu'elle est en pleine préparation en vue d'une
guerre possible au Nord, et qu'elle n'a pas de temps à perdre dans des
heurts avec les colons. L'état-major fera part de son inquiétude face aux
conséquences sur le moral, en particulier celui des officiers religieux,
très présents dans les unités-clés combattantes.

Les propositions d'évacuations [de colonies] avancées par le vice-premier
ministre Haïm Ramon, qui dirige la commission interministérielle chargée des
colonies illégales, seront bloquées par son rival Barak, qui y verra une
sorte de harcèlement politicien.

Dans ces circonstances, le fossé qui sépare le discours diplomatique de la
réalité s'élargit. Bien sûr, il vaut mieux parler de paix que s'écharper.
Mais cela pourrait susciter des espoirs exagérés du côté palestinien, qui
une fois brisés, pourraient de nouveau mener à la reprise du conflit. Olmert
comprend cela et tente de combler ce fossé par le moyen d'un accord de
principes ratifiable politiquement par les deux parties. Cela permettrait de
gagner du temps et d'espérer qu'entre-temps, les choses s'arrangent.

Mais il existe une autre manière de traduire les bonnes intentions en
changements réels : alléger les restrictions imposées aux Palestiniens de
Cisjordanie dans leur liberté de circulation. Il n'y a pas d'aspect plus
cruel et plus douloureux que celui-ci, et pas d'obstacle plus important pour
la reprise de l'économie palestinienne et l'amélioration de la vie
quotidienne. A quoi sert de proposer des rencontres entre hommes d'affaires
des deux côtés, comme l'a fait Blair, quand les routes de Cisjordanie sont
bloquées? Echanger des cartes de visite avec des collègues israéliens ne
servirait pas à grand-chose pour les commerçants et les entrepreneurs de
Naplouse et de Hebron, qui veulent surtout se rendre visite entre eux.

Le "test du barrage routier" est un bon indicateur du sérieux des intentions
israéliennes et de la capacité d'Olmert à modifier la situation existante.
Or, pour le moment, il a été mauvais : il y a plus d'un mois, Olmert avait
ordonné à l'armée de démanteler des barrages routiers. Sans résultat. Ses
instructions se sont perdues dans les arcanes de la bureaucratie militaire,
très occupée à son "travail d'état-major". L'armée et le Shin Bet
considèrent les barrages comme un outil indispensable pour lutter contre le
terrorisme, et ils n'y renonceront pas. Barak, lui, est pour faciliter la
vie des Palestiniens, mais il n'a pas encore trouvé le temps de se rendre
visite au commandement du front Centre pour étudier la chose en profondeur.

La sombre conclusion qui s'impose est que le partenaire israélien est
faible, lui aussi, et qu'en l'absence d'un leadership capable d'imposer sa
politique sur le terrain, le processus de paix continuera d'être mené comme
un exercice virtuel, dans des conférences diplomatiques et dans des dîners.

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