Devoir de mémoire sur les crimes communistes

Publié le par david castel

Devoir de mémoire sur les crimes communistes
Publié par Iris Canderson le 3/8/2007 (19 lus)
Lu Alain Blum (directeur d'études à l'EHSS) qui, d'un point de vue principalement démographique, révèle des choses intéressantes sur la famine en Ukraine et sur les grandes exécutions de masse des années 30. Alain Blum est la bête noire d'une Lacroix-Riz, (Xavier Collet en a parlé ici), qui se sert des courants antisémites ayant sévi naguère pour faire croire que tous les Ukrainiens en étaient... afin de remettre en cause l'origine politique de la famine en Ukraine.

Alain Blum, lui, constate que selon les archives il y a bel et bien eu famine (in Naître, vivre et mourir en URSS,
(1994, Plon) petite bibliothèque Payot, Paris, 2004, p.99 et suivantes). Mais cela fut rigoureusement nié.
Blum (nous lirons ensuite ce qu'il dit sur les exécutions de masse) cite Alexandra Kollontaï, ancienne figure de proue de l'Opposition à Staline, (et idole toujours actuelle de l'extrême gauche française), elle avait accepté dès les années 1923 de devenir la vitrine du léninisme, du soviétisme, et ici fait du Lacroix-Rix avant la lettre :

" Alexandra Kollontai, alors ambassadeur de l'URSS en Norvège, déclare :


" En ce qui concerne la famine, je vous ferai remarquer tout d'abord qu'il est curieux de constater que toutes ces nouvelles viennent soit de Riga, soit de Berlin. On comprend quelle est leur valeur. " (...) Cette année, en 1933, la moisson était plus abondante que depuis bien des années. Et les paysans qui, l'année dernière, se livraient au sabotage ont, cette année, loyalement rempli leur devoir. (...). De sorte que, cette année, il n'est plus question de famine."

Les Occidentaux eux-mêmes doutent de la réalité de ce fléau. En 1933, Edouard Herriot, président du Conseil, voyage en Ukraine. Il décrit, dans son ouvrage Orient, ce qu'il voit : " Un maggnifique bétail, de la race rouge allemande, paît le pré sec. (...) ". L'ambassadeur de France à Moscou, qui accompaggnait Edouard Herriot dans ses pérégrinations en Union soviétique, relate ses impressions : " (...) Nous avons traversé de part en part, dans les deux sens, en chemin de fer, cet immense champ de céréales aux cultures ininterrompues à perte de vue, à l'humus noir épais où l'engrais est inutile. Nous avons, à 60 et 70 kilomètres des villes, visité des kolkhozes et un sovkhoze, et nous en revenons avec l'impression très nette de la fausseté des nouvelles répandues dans la presse et la conviction que j'esquissais dans ma correspondance d'une campagne inspirée par l'Allemagne et les Russes blancs désireux de s'opposer au rapprochement franco-soviétique (...)".

Le contraste est donc grand avec la famine de 1921, qui avait, au contraire, provoqué une grande campagne internationale de soutien. (...). Comment expliquer qu'en Occident la famine qui frappe l'URSS ne soit pas prise au sérieux par une partie de l'opinion et des responsables gouvernementaux ? Cela tient d'abord à la méfiance qu'on accorde aux informateurs. Les nouvelles sur la famine proviennent surtout de l'Allemagne et des mouvements ukrainiens, suspectés d'être proches de l'extrême droite, et donc prêts à utiliser n'importe quel argument contre les soviets. En outre, existe la crainte, toute diplomatique, de mettre en péril le processus de rapporchement engagé avec l'Union soviétique, au profit d'une Allemagne de plus en plus menaçante (...).

Quoi qu'il en soit, l'aveuglement de certains Occidentaux reste surprenant tant les faits sont tragiques. Car l'ampleur des pertes est considérable. En 1933, six millions de décès sont imputables à la famine (...). Et encore cette terrible mortalité est-elle ici quelque peu minimisée, car ces chiffres concernent l'ensemble du pays.
Selon un schéma déjà repéré pendant les années 1921-1922, la famine a été beaucoup plus forte dans certaines régions, en particulier en Ukraine, dans les régions des basse et moyenne Volga, dans le nord du Caucase et dans le Kazakhstan (...). Les archives, incomplètes, ne permettent pas de présenter un panorama géographique précis. (...) L'ampleur de la chute de l'espérance de vie, que ce soit en Ukraine ou en Russie, est considérable. Elle débute dès 1932, mais est d'une violence exceptionnelle en 1933, atteignant des niveaux nulle part ailleurs observés. La chute est extrême en Ukraine. Cela montre à quel point la mortalité a touché non seulement des millions de personnes, mais aussi des individus de tous âges. (...).

Est-on alors en droit d'affirmer que l'Union soviétique connaît durant l'entre-deux-guerres,des crises caractéristiques d'ancien régime, qui, en quelque sorte, refléteraient ses derniers traits d'archaïsme et une économie traditionnelle soumise aux famines? Rien n'est moins vrai. Car cette terrible crise de 1933 est atypique et anormale (...)".

Blum
en avait esquissé une explication quelques pages auparavant (p.98) :

" Le 5 janvier 1930, une résolution est adoptée (...) qui décide la collectivisation totale des principales régions productrices de grain, Volga moyenne et centrale, nord du Caucase. Un article de la Pravda, le 11 janvier 1930, titre alors : " La liquidation des koulaks en tant que classe est à l'ordre du jour."

Les attaques contre les koulaks conduisent à l'exil ou à la déportation de plusieurs centaines de milliers d'entre eux, que des membres de leur famille. (...).

Ces prétendus koulaks balayés par la répression ne recouvraient pas seulement des paysans riches, mais aussi des paysans moyens. Plus d'un million et demi de paysans, avec les membres de leur famille, sont expulsés dans des régions lointaines. (...).

La désorganisation des campagnes qui s'ensuit et la politique très violente de réquisition des blés débouchent sur la tragique famine de 1932-1933. (...)"

Plus loin, (p. 111), Blum précise :" A partir de 1934 et jusqu'en 1941 se succèdent les répressions massives, qui culminent en 1937-1938 (...).

Deux ordonnances du NKVD marquent l'apogée de la répression frappant ces éléments " socialement étrangers" ; la première visent les anciens koulaks, en fait tous ceux qui sont perçus comme ne s'intégrant pas à la société socialiste.

Il s'agit de l'ordre opérationnel du NKVD n°00447, en date du 30 juillet 1937, qui provoque l'arrestation de plus de 750 000 personnes et l'exécution de près de 390 000 d'entre elles.

Cet ordre visait " les ex-koulaks, criminels et autres éléments antisoviétiques". Il fixait, dès le début, le nombre de personnes qui seraient exécutées, et celles qui seraient envoyées en camp. Le nombre fixé sera cependant largement dépassé.

L'ordre opérationnel n°00485 en date du 11 août 1937 est l'un de ceux qui frappent les groupes nationaux (...) Les élites administratives, centrales et régionales, furent aussi durement touchées. (...).

Au total en deux ans, plus de 1,5 million de personnes furent arrêtées par le NKVD, 1,3 million condamnées par une juridiction d'exception, et près de 700 000 exécutées. (...)"


à suivre...
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Publié dans Politique Politicienne

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