Adolf Hitler pourrait perdre sa citoyenneté allemande
MONDE - Polémique
Ville hôte du G8, Bad Doberan avait fait d’Adolf Hitler un citoyen d’honneur. La distinction ne lui a jamais été retirée. Embarrassant à quelques mois du Sommet.
Berlin/Michel Verrier
Publié le 15 mars 2007
L'ombre de Hitler ne cesse de hanter l'Allemagne. On la retrouve à Bad Doberan, petite ville balnéaire de la côte Baltique, dans l'ex RDA, où se retrouveront en juin les dirigeants des Etats membres du G8.
![]() Adolf Hitler © TG |
Le Führer avait été fait citoyen d'honneur de la ville en 1932. Or il semble bien qu'il le soit resté. Cette lacune n'a pas échappé aux adversaires locaux du G8, qui ont également bénéficié de l'appui de journaux britanniques, toujours disposés à rappeler le passé nazi de l'Allemagne.
La Municipalité assurait jusqu'ici que la dignité de citoyen d'honneur s'éteint automatiquement à la mort du «dignitaire». Cette version étant battue en brèche par des juristes, on épluche avec une ardeur nouvelle des archives restées longtemps inexploitées et dispersées. Le maire social-démocrate, Harmut Polzin, espère bien y retrouver un document est-allemand qui attesterait l'annulation de la citoyenneté d'honneur d'Adolf Hitler.
Le temps presse et le personnel affecté au dépouillement est restreint. Problème: le G8 risque de se tenir avant que l'on ait découvert la pièce recherchée. Aussi le Conseil municipal devrait-il adopter le 2 avril une résolution ouvrant la procédure d'annulation de la distinction maudite. «Un signal clair», assure le député chrétien-démocrate de la circonscription, Henning von Storch. Plutôt une mesure de dernière minute.
Effacer le passé
A Brauschweig, près d'Hanovre, c'est la naturalisation d'Adolf Hitler qu'Isolde Saalman, une députée sociale-démocrate au parlement régional de Basse-Saxe, voudrait faire abroger.
Autrichien, Hitler avait acquis la nationalité allemande le 25 février 1932, dans la ville où il travaillait comme conseiller du gouvernement régional. La distinction lui avait été retirée en 1946. La députée exige davantage. Elle estime que le Land de Basse- Saxe devrait écarter toute continuité juridique avec l'ancien, et donc «dénaturaliser» Hitler.
La mesure contribuerait à effacer le «complexe de Braunschweig». Mais elle s'annonce difficile: la loi interdit de retirer la nationalité d'une personne qui devient alors apatride. Hitler, en ayant renoncé à sa nationalité autrichienne, se retrouverait dans ce cas.
Quid des honneurs lausannois de Mussolini?
Pas de bourgeoisie d'honneur accordée à Adolf Hitler ou Joseph Staline en Suisse. Mais un doctorat honoris causa, aussi célèbre que controversé, décerné à Benito Mussolini par l'Université de Lausanne (UNIL). C'était en 1937, à l'occasion du 400e anniversaire de l'alma mater vaudoise. Le Duce, dont les armées venaient de «triompher» en Abyssinie, fascinait encore une bonne partie de l'Europe. Les élites vaudoises voyaient en lui un chantre de l'ordre. Elles oubliaient que l'homme, alors jeune «gauchiste» exalté, avait vécu à Lausanne entre 1902 et 1903, milité à la section locale du Parti socialiste italien, étudié à l'Université… et dormi sous le Grand-Pont avant d'être expulsé.
Si en 1937 l'honneur fait au dictateur transalpin ne souleva presque aucune opposition, il en fut tout autrement cinquante ans plus tard. A l'occasion du 450e anniversaire de l'Université, cette fois, une vaste polémique se fit jour dans les années 1986-1987, certains milieux exigeant que l'on retire son titre au Duce.
Une pétition fut même adressée au Grand Conseil demandant que le pouvoir politique fasse pression sur l'Université. Il n'en fut rien, le parlement cantonal assura qu'une intervention politique serait contraire au principe de la liberté académique.
De son côté, et comme le rappelle aujourd'hui l'attachée de presse de l'UNIL, Nadine Richon Salzmann, l'Université refusa d'entrer en matière. Il aurait été absurde de retirer son titre au Duce, «car l'histoire ne peut se réécrire: nous devons assumer la décision prise par nos prédécesseurs et seulement tenter de la comprendre et de l'expliquer», écrira le vice-recteur de l'époque, le professeur Pierre Ducrey. «L'Université n'a pas changé de ligne depuis», conclut Nadine Richon Salzmann. A Lausanne, le Duce est toujours docteur honoris causa pour son «œuvre de rénovation sociale» en Italie.
POLÉMIQUE Ville hôte du G8, Bad Doberan avait fait d’Adolf Hitler un citoyen d’honneur.
La distinction ne lui a jamais été retirée.
MICHEL VERRIER / BERLIN
Publié le 15 mars 2007
![]() |
Le «Führer» avait été fait citoyen d'honneur de la ville en 1932. Or il semble bien qu'il le soit resté. Cette lacune n'a pas échappé aux adversaires locaux du G8, qui ont également bénéficié de l'appui de journaux britanniques, toujours disposés à rappeler le passé nazi de l'Allemagne.
La Municipalité assurait jusqu'ici que le titre de citoyen d'honneur s'éteint automatiquement à la mort du «dignitaire». Cette version étant battue en brèche par des juristes, on épluche avec une ardeur nouvelle des archives restées longtemps inexploitées et dispersées. Le maire social-démocrate, Harmut Polzin, espère bien y retrouver un document est-allemand qui attesterait l'annulation de la citoyenneté d'honneur d'Adolf Hitler.
Le temps presse et le personnel affecté au dépouillement est restreint. Problème: le G8 risque de se tenir avant que l'on ait découvert la pièce recherchée. Aussi le Conseil municipal devrait-il adopter le 2 avril une résolution ouvrant la procédure d'annulation de la distinction maudite. «Un signal clair», assure le député chrétien-démocrate de la circonscription, Henning von Storch. Plutôt une mesure de dernière minute.
Effacer le passé
A Brauschweig, près d'Hanovre, c'est la naturalisation d'Adolf Hitler qu'Isolde Saalman, une députée sociale-démocrate au Parlement régional de Basse-Saxe, voudrait faire abroger.
Autrichien, Hitler avait acquis la nationalité allemande le 25 février 1932, dans la ville où il travaillait comme conseiller du gouvernement régional. La distinction lui avait été retirée en 1946. La députée exige davantage. Elle estime que le Land de Basse-Saxe devrait écarter toute continuité juridique avec l'ancien, et donc «dénaturaliser» Hitler.
La mesure contribuerait à effacer le «complexe de Braunschweig». Mais elle s'annonce difficile: la loi interdit de retirer la nationalité d'une personne qui devient alors apatride. Hitler, en ayant renoncé à sa nationalité autrichienne, se retrouverait dans ce cas.
Au Japon des personnes ayant souffert du raid effectué par l’aviation américaine sur Tokyo le 10 mars 1945 - ce bombardement avait fait 100.000 victimes - réclament de leur gouvernement qu’il leur verse des indemnités. Les plaignants estiment que le gouvernement actuel doit répondre des fautes commises par le régime qui en 1941 avait déclenché la guerre du Pacifique et qui en 1944 avait refusé d’y mettre fin alors que la défaite du Japon était évidente pour tous.
Au mois de janvier dernier Isabel Peron, troisième épouse de l’ex-président argentin Juan Peron et vice-présidente ayant dirigé le pays en 1974-1976, a été arrêtée en Espagne. Le mandat d’arrêt avait été délivré par les autorités argentines dans le cadre d’une enquête sur l’activité des "escadrons de la mort" qui liquidaient physiquement les adversaires du régime.
Les nouveaux textes réglementant la "lustration" (purification) entreront en vigueur au mois de mars. D’après l’Institut de la Mémoire nationale, de 400 à 700.000 personnes devront se soumettre à des vérifications concernant une collaboration éventuelle avec les services de sécurité communistes de la République populaire de Pologne.
A quoi bon abolir symboliquement une décision parlementaire prise il y a 60 ans ? L’action en justice intentée par ces Japonais contre le gouvernement relève presque de l’anecdote, quant à la loi polonaise sur la lustration elle peut tout simplement s’avérer nocive puisque des innocents risquent de voir leur réputation entachée.
Pour quelle raison donc le passé turlupine toujours les vivants ? Peut-être parce que de nombreuses sociétés souhaitent symboliquement régler de vieux comptes, se positionner par rapport aux pages "litigieuses" de l’histoire et faire en sorte qu’elles cessent de l’être.
En Russie, au contraire, les terme "litigieux" et "ambigu" à l’égard du passé sont très en vogue. Même Staline est un "personnage ambigu". Selon un sondage réalisé par l’agence "Bachkirova & partnery", 46% des Russes jugent négatif le rôle de Staline dans l’histoire et 38,4% sont d’un avis contraire. Une enquête de la fondation Opinion publique donne des résultats opposés : 29% contre 47%. Et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un autre sondage de "Bachkirova & partnery" révèle que 41,8% des personnes estiment qu’un nouveau culte de la personnalité est possible en Russie et que 44,8% pensent que cette chose est impossible. Les indécis sont 13,4%.
RIA Novosti décline toute responsabilité quant au contenu des articles tirés de la presse.



