Quand on veut on peut
| Posté le Dimanche 18 février 2007 @ 20:00:27 |

Félix Lévitan, ancien co-directeur du Tour de France est mort ce dimanche à 95 ans. Retour sur la carrière de celui qui fut l'homme fort du cyclisme avant sa chute brutale en 1987.
Par Dominique Turgis
LA VOIX DU MAITRE
Félix Lévitan, c'est d'abord une voix. Sa voix, inimitable. Grave, un peu nasillarde à force de passer sur Radio-Tour. Cette voix ferme, presque autoritaire qui a dicté sa loi dans les réunions de l'UCI, la FICP ou de l'AIOCC (association des organisateurs). Cette voix qui annonça la mort de Tom Simpson, un jour de juillet 1967. Cette voix qui accusait ses anciens confrères, les journalistes, d'avoir "les yeux usés" devant le spectacle absent, selon eux, du Tour 1968. Cette voix qui disait "Mon ami Jacques Goddet" sans le penser véritablement. Cette voix qui dit "Non!" un jour à Henri Desgrange quitte à être répudié de l'Auto. Cette voix qui avait travaillé à la radio avant guerre puis, plus tard, sur RTL.
Il débute dans la presse écrite. Son premier article "Quand on veut on peut" paru dans le journal "La Pédale" date de 1928. Il a 16 ans. Il aurait pu appliquer ce titre à lui-même. Ce n'est pas un fils à papa qui a hérité d'une situation, comme Jacques Goddet par exemple (ce qui n'enlève rien à son talent). Il prend la roue de son frère, licencié au Sporting Club du 9ème arrondissement de Paris. Il commence au bas de l'échelle du journalisme en téléphonant les articles des autres au Vel d'Hiv'. Après La Pédale, Félix Lévitan roule sa bosse : L'Echo des Sports, L'Auto, Match L'Intran'. Il est le premier journaliste français à suivre de bout en bout le Giro, en 1932.
OBLIGÉ DE SE CACHER
Arrive la guerre et sa peste brune. Il doit se cacher. René Le Grévès, le talentueux routier sprinter, est l'un des seuls à connaître sa "planque" et à l'aider.
Enfin, la Libération ! Félix Lévitan rentre au Parisien Libéré d'Emilien Amaury. Il devient l'ami de Marcel Cerdan. Le Parisien, c'est la porte d'entrée vers l'organisation du Tour de France. En 1962, il devient co-directeur de l'épreuve, avec Jacques Goddet. Les comptes de la Grande Boucle sont régulièrement dans le rouge. En 1973, il s'attelle à la gestion du Tour, quatre ans plus tard, l'organisation devient bénéficiaire.
UN CRÉATEUR RÉALISATEUR GESTIONNAIRE
Félix Lévitan a toujours créé et réalisé ses idées.
Le maillot à pois, c'est lui, en souvenir du pistard Henri Lemoine. Le Tour féminin en 1984, c'est lui. Le rendez-vous à l'Alpe d'Huez, c'est lui. Le Tour ouvert aux amateurs en 1983, c'est lui. Déjà en 1966, il avait tenté d'ouvrir le Tour aux amateurs et en novembre 1965, il avait eu la tentation d'inscrire le Tour au calendrier amateur. Le final aux Champs-Elysées à partir de 1975, c'est lui sur une idée soufflée par Yves Mourousi, le journaliste. L'émission "Face au Tour", c'est encore lui. Il l'a même présentée un moment. Cela ne l'a pas empêché en 1983 d'interdire aux coureurs d'y aller quand TF1 refusait la présence de panneaux publicitaires sur le plateau. L'Union Syndicale des Journalistes Sportifs de France, l'Association Internationale de la Presse Sportive et le Prix Martini, c'est toujours lui.
UN VISIONNAIRE
Les étapes "Aspro", "Merlin Plage" ou "Hewlett Packard", les longs transferts pour rejoindre une ville étape généreuse, c'est lui aussi mais l'équilibre financier du Tour était sans doute à ce prix. Ces longs transferts ont généré une grève des coureurs en 1978. Ils ont aussi donné de belles images qui ont fait la renommée du Tour à l'étranger comme le passage en Grande Bretagne en 1974 et le départ de Berlin Ouest en 1987.
Lui qui déclarait dès 1966 que le Tour ne sera universel que quand il sera "gagné par un champion soviétique, polonais ou américain du nord ou du sud", a dirigé son dernier Tour de France en 1986, année de la victoire de Greg Lemond.
Par contre, il n'a pas pu profiter du départ au pied du Mur de Berlin. Un jour de mars 1987, un vigile lui fait barrage devant la porte de son bureau.
Félix Lévitan qui a choisi la mauvaise roue dans le clan Amaury est mis à la porte comme un malpropre. Il clame son honnêteté et sera réhabilité en 1998.
bibliographie : "Ces Messieurs du Tour de France", par Christophe Penot, éditions Cristel, Miroir des Sports du 24 août 1966 et "Vélo magazine" mars 1987, article de Jean Marie Leblanc.