La Môme kabyle
vendredi 9 février 2007
Edith Giovanna Gassion, son vrai nom, est née sur le trottoir du 72 rue de Belleville à Paris, plus précisément sur la pèlerine d’un policier, le 19 décembre 1915. La vie d’artiste, Edith l’a dans le sang : son père Louis, qui est à la guerre, est contorsionniste, et sa mère Annetta, d’origine italo-kabyle, est chanteuse de rue.Edith est confiée à sa grand-mère maternelle, avant que son père l’emmène chez sa mère qui tient un bordel dans l’Eure, à Bernay. Elle y grandit jusqu’au retour de son père qui, après la guerre, engagé dans un cirque itinérant, embarque sa fille avec lui. Trottoir, cirque, chanson, bordel, quelle singulière enfance ! Des débuts forcés : C’est pour aider son père au cirque que la jeune Edith commence à pousser la chansonnette. A 17 ans, elle rencontre Louis Dupont dont elle tombe enceinte. Mais Edith, née "dans la rue", voit commencer pour elle une longue vie de défaites amoureuses et de malheurs. Le premier de ses malheurs est le décès en 1935 de sa fille Cécelle (Marcelle) d’une méningite. Entre-temps, pour se guérir de sa séparation d’avec P’tit Louis, Edith, mauvaise mère, fréquente la racaille parisienne, truands et marlous. A 20 ans, la voilà seule, orpheline en quelque sorte, au bord de la déprime, de la pauvreté, de la drogue et de la prostitution. La lumière... et l’ombre revenue : Un soir de 1935, elle fait la connaissance de Louis Leplée, gérant du Gerny’s, un établissement de spectacle très en vogue à l’époque. Séduit par la jeune femme, il l’invite à chanter quelques titres chez lui. Le nom de Môme Moineau étant déjà pris, Leplée renomme Édith "la Môme Piaf " parce qu’elle est petite et chante "Comme un moineau" avec une voix remarquable. Son passage au Gerny’s est un succès : Chevalier lui-même, ainsi qu’un certain Jacques Canetti sont subjugués. Canetti lui fait passer sa première séance radio et lui fait enregistrer fin 1935 son premier disque, Les Mômes de la cloche. Mais malgré son succès naissant, la rue la rattrape. Avril 1936 : Leplée est assassiné, vraisemblablement par les "protecteurs" d’Edith (une bande de jeunes gens de Pigalle qu’elle fréquentait). Celle-ci passe de mauvais moments avec la police. Les journaux se régalent de ce fait divers. Le renouveau : Grâce à Raymond Asso, rencontré quelques temps plus tôt, Piaf sort de la galère. Il lui fait enregistrer en janvier 1937 le titre Mon légionnaire et devient son Pygmalion en plus de son amant. C’est lui qui lui apprend à travailler sa voix et qui la force à couper avec ses anciennes fréquentations. Plus question alors pour elle de vivre une vie de débauchée. Un seul mot : le travail. Et le travail paye. En mars 1937, le grand music-hall, l’ABC accueille la chanteuse sous son nouveau nom de scène : Edith Piaf. Elle côtoie les Mireille et les Trenet, tourne dans toute l’Europe. La guerre sépare Raymond et Edith, et celle-ci se jette dans les bras d’un débutant, Paul Meurisse, puis le quitte pour Michel Emer, qui lui écrit L’accordéoniste et Le disque usé. Piaf et la vie culturelle : Devenue une institution, elle rencontre le tout Paris : Breton, Cocteau (ils mourront le même jour !). Mais la guerre la fait fuir. Jusqu’à la fin 1942, elle tourne dans la zone libre. De tournées en amants, la guerre passe. Puis vient la libération. Piaf n’a jamais cessé de chanter, de Paris à Berlin. En 1944, elle fait chanter et devient l’amant d’un certain Yves Montand, alors inconnu. Puis en 1946, elle écrit l’un de ses titres qui feront le tour du monde : La vie en rose. Paris New York : Fin 1947, elle embarque pour New York. Elle y rencontre Marlene Dietrich, et surtout le boxeur Marcel Cerdan. Ils deviennent amants, les "meilleurs amants du monde". De Paris à New York, entre un concert d’Edith et un combat de Marcel, leur amour prend force. Mais le malheur rejoint encore Edith, qui perd son amant le 27 octobre 1949, dans un accident d’avion. Pour lui, elle écrit L’hymne à l’amour, mais la vie ne sera plus jamais comme avant. 1950. Si elle retourne à New York, c’est pour y chanter. Elle s’accompagne d’Eddie Constantine, son nouvel amant, et d’un secrétaire, un certain Charles Aznavour (qui, lui, ne sera jamais son amant). La P’tite Lili : De retour à Paris en 1951, Piaf travaille à imposer une comédie musicale La p’tite Lili, avec Eddie Constantine et Robert Lamoureux. La pièce a un certain succès. Mais de maladies en accidents, Edith tombe dans la drogue (la morphine tue la douleur). Peu à peu, sa vie s’enfonce dans la déchéance. Côté scène, elle obtient toujours le succès, que ce soit avec Jézebel (écrit par Aznavour), ou Je t’ai dans la peau (de Pills et Bécaud). Pills, auteur célèbre outre-Manche, deviendra, entre deux amants et par défi, le mari d’Edith en l’épousant le 29 juillet 1952. Ils s’installent au boulevard Lannes à Paris, appartement que la chanteuse gardera jusqu’à sa mort. La complicité du couple est aussi professionnelle : ils chantent et jouent ensemble Toxico Piaf : Mais Cerdan a détruit, par son absence, la vie d’Edith. Elle suit en 1953 une première cure de désintoxication. S’en suivent des tournées, New York, Mexico, Rio, Paris, et de longs voyages pour oublier. Si elle est une star internationale, sa vie reste une succession d’échecs. Ainsi divorce-t-elle de Pills en 1956. Comme à son habitude, Edith se plaît à "élever" les hommes, à les prendre en main et à en faire des stars. Un certain Jo, Georges Moustaki, n’échappe pas à la règle. Il devient son amant et débute dans la chanson. Ensemble, ils ont un grave accident de voiture en 1958, accident qui ne fait qu’empirer l’état de santé de Piaf et sa dépendance aux produits illicites. Ensemble aussi, ils écriront Milord, un autre grand succès d’Edith. La chute : Début 1959, alors qu’elle triomphe une fois de plus à New York, elle s’effondre sur scène. Les opérations se suivent. Piaf n’est plus qu’une femme en sursis. Elle rentre à Paris en piteux état, sans Moustaki qui l’a quittée entre-temps. Malgré son état de santé, elle triomphe en 1961 à l’Olympia, devant le tout Paris. La fin de sa vie est difficile. Les hommes de talent se succèdent pour lui écrire des chansons (Francis Lai, Charles Dumont, etc.) et elle tombe amoureuse de Théo Sarapo, de 20 ans son cadet, qu’elle épouse le 9 octobre 1962 à Paris. Épuisée, malade et droguée, Édith Piaf déclarera qu’elle a parfois l’impression que son jeune époux est en fait "un fils qui veille sa vieille mère malade". Ils chanteront ensemble le duo À quoi ça sert l’amour.
En convalescence près de Grasse, elle y meurt le 10 octobre 1963, et est ramenée en douce à Paris où sa mort est officialisée le 11 octobre, le même jour que le décès de Cocteau, son ami. Elle n’a que 47 ans et en paraît 70 ans. Elle est enterrée au Père Lachaise devant une foule immense. Aujourd’hui, sa tombe reste l’une des plus visitées par les touristes du monde entier. Personnalité hors du commun, elle reste la chanteuse française la plus renommée dans le monde et aura lancé de nombreux hommes dans le succès et la chanson.
Source : Mumuland