Les Enfants du siècle

Publié le par david castel


France / 1999 / Sortie France le 22 septembre 99
 
Les enfants du siècle se nomment George et Alfred. La Sand et de Musset, leurs effusions intellectuelle et leur fusion sentimentale. Ils portent déjà leur renommée, et leur réputation lorsque débvute leur passion, destructrice. Musset est le spleen incarné, le romantique que la vie ne satisfait jamais, que les excès consument. Un poète de génie.
Sand est féministe, indépendante, s'habille comme les hommes, choque et provoque. Elle est l'avant-garde du combat à venir pour les femmes. Une femme fragile qui veut se donner entière à l'amour et ne trouve du réconfort que dans l'écriture.
Leur pas de deux sera violent, tourmenté, créatif. Même si leur relation offense les mondains et les entourages. De Paris à Venise, ils ne sont pas simplement les auteurs du romantisme, mais bien les acteurs de leur propre tragédie mélancolique.
 
 
   George Sand (née Aurore Dupin) est née en 1804. Eduquée au couvent, elle apprend ses idéaux politiques en lisant Rousseau. Avec le Baron Dudevant, elle se marie à 18 ans et a deux enfants. 8 ans plus tard elle le quitte pour rejoindre son amant à Paris, Jules Sandeau. Sand devient la première "auteure" autonome financièrement avec le succès de son premier ouvrage, Indiana. Elle croise alors Delacroix, Litz, ses amants Chopin (leur liaison inspira une comédie musicale "Sand et les Romantiques" et un film), Musset, ou Flaubert... A travers ses livres, elle tente de faire naître un idéal socialiste. Elle se penche sur le petit peuple avec ses oeuvres les plus connues (La mare au diable, François le Champi ou La petite Fadette). sa vie activiste s'arrêtra avec les événements de 48 et la terrible déception qui en découle. Elle quitte Paris pour écrire et mourir, en 76.

Alfred de Musset est né quelques années plus tard, en 1810. Il est issu d'une famille aisée, érudite. Il étudie le droit et la médecine. Il est mondain, aimanté par la littérature. Il publie ses premiers poêmes dès l'âge de 18 ans. A 23 ans, il rencontre George Sand. Leur liaison durera 2 ans, et s'achèvera bancalement en Italie. Lui qui avait écrit une première pièce nommée La nuit vénitienne, un échec en 1830. C'est avec Lorenzaccio qu'il touche à l'universel en décrivant un héros romantique qui lui ressemble. Il dédiera à Sand des poésies de Nuits et son autobio qui donne le titre du films La confession d’un enfant du siècle. Il se brûle très vite, comme tous les génies précoces frottés aux axtrêmes de la vie. Académicien en 52, il meurt en 57.

Il faudrait avoir perdu tout esprit de rigueur pour essayer de définir le romantisme, selon Paul Valéry. C'est une gageure de vouloir illustrer ce mouvement à la fois politique et sociologique, littéraire et psychologique.
Diane Kurys s'y est attelée, accumulant les obstacles : une star française oscarisée et son futur amant, un casting de second rôles éblouissant, des costumes, des décors historiques... il s'agissait de l'une des plus importantes productions de l'année pour le cinéma français, un parfait produit d'exportation, labellisé art et essai haut de gamme "à la française".
Mais l'échec n'est pas inévitable. Seul Germinal et Cyrano, ainsi que les Pagnols, ont dépassé le seuil des 4 millions d'entrées. Même l'acclamé Ridicule n'a pas pu franchir la barre des 3 millions. Nombreux sont ceux qui finissent déficitaires. Et Kurys n'est pas une spécialiste du genre, même si son regard féminin sur Sand est un atout.
Les acteurs ne suffisent pas. D'ailleurs Binoche a subi un cruel revers avec son come-back avec Téchiné (Alice et Martin). L'exposition médiatique est prafois un boomerang pervers. Quant à Magimel, il n'est pas encore assez connu, même si la presse people risque de s'emparer du phénomène et si certains ne manqueront pas de rappeler ses débuts en Momo dans La vie ets un long fleuve tranquille.
Et puis le même jour, trois films historiques sortent en salle : Songe d'une nuit d'été (Shakespeare, Pfeiffer, Marceau), Le Violon Rouge, et La Lettre (Oliveira, Mastroianni, La Princesse de Clèves). 3 films pour la même cible.
Evincé à Venise (oùil aurait eu logiquement sa place), le Festival de Toronto l'a récupéré pour l'avant-première mondiale. Vu les malheurs des récentes productions historiques (Wargnier, Ruiz), et malgré les gros moyens , le romantisme ne sera peut-être pas tendance dans cette époque qui n'aspire qu'au bien-être.
 

 
ON NE BADINE PAS AVEC L'AMOUR

Le couple Georges Sand-Alfred de Musset, romantiques nés, écrivains de leur temps, est l'une des unions les plus fascinantes de la littérature.
Passionnés, généreux, fous, voyageurs, bravant les tabous et survolant les interdits, provocateurs et auteurs sans concessions, ils formaient sans aucun doute un duo digne d'être transposé au cinéma (après une carrière en comédie musicale sous l'archet de Catherine Lara).
Las, Les Enfants du siècle n'emballent pas. Un comble pour une épopée romantique. Cette fresque sombre prend plus ses origines dans le tourmenté film de Chéreau (La Reine Margot) que dans le léger et poétique film de Rappeneau (Cyrano). A cause d'un scénario trop superficiel, un montage trop haché (dans les deux cas, on se demande si une version plus longue n'aurait pas été plus souhaitable), le film manque de fougue, de chair, et de profondeur.
On regrette qu'un film sur deux auteurs si connus, si respectés parlent si peu de leurs oeuvres, montrent si peu leur génie, leur travail, leur collaboration professionnelle (unique si l'on considère qu'il se donnait leurs oeuvres). Il est clair qu'on attendait plus d'un film typiquement "label Qualité Française" réalisé par Diane Kurys, observatrice experte des peines de coeur. Mais il semblerait que les costumes, les décors, la pesanteur d'une telle production (qui plaira à coups sûrs aux anglo-saxons) ont bridé la sensibilité de la cinéaste. L'oeuvre manque de sentiments.
Artistiquement, il n'y a rien à redire : la musique est somptueuse, les "petites mains" ont fait un travail précis et fidèle dans la restitution. Le principal écueil s'appelle Juliette Binoche. Grande actrice (elle est capable de tout jouer....), elle n'offre hélas aucune nouveauté à son répertoire. On a demandé à Juliette de jouer du Binoche. A la manière d'Adjani répétant ses rôles de névrosées prêts pour l'Asile, cette George Sand ressemble trop aux personnages incarnés par l'Oscarisée frenchy. Pire que cela, on peut dire que chacun des seconds-rôles est gâché par la concision de leurs apparitions, le peu de dialogues et d'émotions à dévoiler... hélas pour Renucci, Carré, Viard, et autres grandes figures du cinéma français.
Heureusement, Benoît Magimel en de Musset nous touche et nous permet d'être happé par cette histoire d'amour qui glisse vers la folie et les déraisons. Une révélation optimiste depuis le temps qu'un jeune acteur n'avait pas eu le haut de l'affiche dans une production chère du cinéma français. Répliquant sans gêne à Binoche et aux autres, Magimel promet d'être un enfant du siècle... prochain.
Le reste n'est que histoire, passé, et fait penser à ces films des années 50, un peu kitsch et trop pastels, qui se démoderont vite. Une gageure pour de tels artistes, censés avoir inspiré Kurys.

- Vincy   

 

Les Enfants du Siècles, Sand et Musset par Benoit Dayrat.

Si vous ne l'avez pas déjà fait, allez voir Les Enfants du Siècle, le film de Diane Kurys qui raconte la liaison entre Alfred de Musset et George Sand. Déjà, parce qu'il est globalement juste et très bien interprété, et ensuite parce que les amis de la poésie ne peuvent manquer de voir un film où apparaît Alfred de Musset - je vous demande de me pardonner cette injonction. Je veux simplement ici faire quelques commentaires concernant, d'une part, les deux personnages, tels qu'a voulu nous les montrer la réalisatrice, et d'autre part, les approximations et omissions volontaires qui ont hélas simplifié la réalité des choses. Un film n'est cependant pas un documentaire me direz-vous, ce dont je conviens volontiers, mais dans le cas présent les choses ont été autrement plus étonnantes et riches que ce que nous laisse croire Diane Kurys. Dans mon esprit, les lignes qui suivent ne constituent pas une critique négative de ce film qui m'a emporté de la première minute à la dernière. Je comprends d'ailleurs que des exigences liées au scénario puissent m'échapper. Cependant, je voudrais saisir le prétexte qui se présente pour écrire quelques lignes sur ce qui est effectivement une des histoires amoureuses et poétiques les plus étincelantes. Je voudrais écrire ici quelques lignes du scénario d'un documentaire imaginaire qui permettront peut-être, à ceux qui ont vu le film, de mieux en comprendre les non-dits et les allusions, et à ceux qui ne l'ont pas encore vu, d'aller le voir avec un regard "averti". Commençons par la rencontre. George Sand et Alfred de Musset ne se voient pas pour la première fois dans un vague cocktail mais autour d'une table, au cours d'un repas organisé par Buloz, le directeur de la Revue des deux Mondes - personnage d'ailleurs très justement rendu dans le film. Détail symbolique et émouvant, Sand et Musset sont voisins parce que Sand est la seule femme de l'assemblée et parce que Musset, alors âgé de 22 ans, est le plus jeune. Si, par hasard, vous passez un 17 juin au 104 de la rue Richelieu, pensez à eux. C'était l'année 1833, celle de la rencontre entre Juliette Drouet et son "Toto adoré", mais les années ne m'intéressent pas. Leur liaison naît au milieu d'une fête populaire, dans les tous derniers jours du mois de juillet, pour le troisième anniversaire de la Révolution de Juillet. J'ai regretté de ne pas voir quelques feux d'artifices et de ne pas entendre ces vers que Musset écrit à Georges Sand le jeudi 2 août, au soir : "Te voilà revenu dans mes nuits étoilées, Bel ange aux yeux d'azur, aux paupières voilées, Amour, mon bien suprême, et que j'avais perdu..." C'est effectivement à Fontainebleau, début août, que les deux amants cèlent plus fermement leur union. Le décor de grands rochers gréseux - avec coucher de soleil - ainsi que les promenades à cheval y font subtilement allusion. Deux choses manquent cependant ici. Deux choses qui auraient sans doute montré George Sand plus proche de la réalité : d'une part, elle doit annuler une première escapade avec un italien de ses amants pour partir une semaine avec Musset, et d'autre part, elle est tantôt amazone tantôt homme au cours de ce séjour. Si George Sand est indéniablement amoureuse de Musset, elle dévore quantité d'hommes partout où elle passe : avant, pendant, après Musset, elle a des amants nombreux. Diane Kurys nous présente Musset quittant la chaleur d'une maison close pour aller se recueillir aussitôt dans les bras de George Sand quand ses " hésitations " à elles sont fâcheusement oubliées. Or, George Sand n'est à aucun moment la victime de Musset, que ce soit à Paris ou à Venise. George Sand est certes sensible et douce mais elle est une femme de caractère. Elle est forte maîtresse. Quant à l'ambiguité sexuelle de George Sand, qui est un élement essentiel de sa vie, l'est également dans sa relation avec Musset : ne la nomme-t-il pas, dans la plupart de ses lettres : "Mon George"... Le départ pour Venise est très justement rendu, notamment l'entrevue qui réunit George Sand et la mère de Musset. Il est exact que George Sand promet à cette femme de s'occuper de son fils et de le protéger. D'ailleurs, elle rappelle souvent à Musset qu'elle l'aime comme son enfant ; quant à lui, par une heureuse réciprocité, il lui dit fréquemment qu'il l'aime comme une mère. Si d'aventure vous passez un 12 décembre devant le 59 de la rue de Grenelle, pensez à eux. La dernière lettre de Verlaine à Rimbaud est datée d'un 12 décembre - 1875, mais les années ne m'intéressent pas ; c'est également un 12 décembre que Jean Cassou est mis au secret - en 1941, mais les années... Ne cherchez pas forcément de points communs entre ces évènements car il ne semble pas y en avoir. Seul notre bon vieux Max, grand connaisseur et magicien des dates, aurait su découvrir d'éventuels rapprochements. Mais Max n'est plus, tout comme George, Alfred et les autres. Pensez à eux. Arrivés à Lyon, les deux amants descendent le Rhône en compagnie de Stendhal. Diane Kurys s'en passe et elle a bien raison car il n'a pas d'importance. L'arrivée à Venise est juste mais le reste du séjour l'est déjà moins, notamment cette surprenante prise d'opium. Musset touche certainement çà et là à l'opium, mais à Venise, sa crise de délire et de fièvre a une cause bien différente : tout au long de sa vie, il est effectivement la victime de crises de démences dûes semble-t-il à une syphillis contractée précocément, à l'adolescence. Car ce film nous le fait bien comprendre, Musset est un grand amateur de maisons closes, dans lesquelles il va d'ailleurs toujours "en équipe", avec le critique et néanmoins attentionné Sainte-Beuve par exemple, qu'il a initié lui-même à ces plaisirs un 2 janvier. Ces crises ont une place capitale dans la vie de Musset. Il en souffre beaucoup. Dans ce contexte, la venue de l'opium me semble bien inexplicable. Cet artifice mis de côté, la veille de George auprès de Musset est émouvante et juste. Rien à dire sur le docteur Pagello : il est docteur et italien ! Cependant, je reste rêveur lorsque Diane Kurys nous présente innocemment George Sand être la victime de Pagello - après qu'elle a d'ailleurs été la victime du léger Musset. D'une part, Musset n'est pas responsable de sa crise de démence, et d'autre part, George Sand obtient le docteur Pagello parce qu'elle le veut. Quant au départ de Musset pour Paris, la réalisatrice nous en offre une version à mon sens un peu trop tendre. Elle oublie les injures : " Tu es bon à enfermer dans un asile ", dit George à Musset qui répond par " sale putain ". Elle oublie également les poursuites - poignard à la main - dans le cimetière juif de l'îlot Saint-Blaise. Diane Kurys les veut toujours tendres et doux. Ils sont parfois violents. En attendant le retour de George, au printemps 1834, Musset écrit " On ne badine pas avec l'amour " qui est publié en juillet suivant. Lisez et relisez ce chef d'œuvre, et pensez à eux. George rentre le 14 août. Ils se revoient le 17. C'est là que vient un détail essentiel qui a hélas été évité par la réalisatrice : le 19, Musset demande à George de la rencontrer au Père-Lachaise, sur la tombe de son père. Tel est par moment le romantisme de Musset, passionnément macabre. Les cendres de feu son père échappent cependant à leur visite. Viennent ensuite des retrouvailles et des séparations sans fin : ils se séparent le 23 août, se revoient le 20 octobre, rompent le 9 novembre - grande date que ce 9 novembre ! C'est à ce moment précis que viennent les cheveux coupés : dans le film, ils prennent tout au plus la forme d'une anecdote dont on ne comprend pas bien le sens, alors qu'ils ont en réalité la dimension d'une des plus grandes légendes romantiques. Ils sont les cheveux coupés que l'histoire du romantisme devrait retenir, comme elle retient Jakob Michael Lenz tombant à genoux et pleurant d'extase sur les bords du Rhin. George fait plus que se couper les cheveux : elle se les tond puis les envoie, protégés dans la cage cervicale d'un crâne humain, à son amant. Tel est le romantisme de George qui émeut d'ailleurs fugitivement Musset : ils se raccomodent trois jours puis se séparent à nouveau. Ils se retrouvent le 2 janvier suivant (" je ne t'aime plus mais je t'adore toujours " lui écrit-elle alors) et assistent à une représentation de Chatterton à la Comédie française, le 14 février. Musset ressort un poignard le 22 février - jour de l'arrestation de notre bon vieux Max, mais cela est sans aucun rapport - puis ils se voient pour la dernière fois le 6 mars - c'est à dire le jour où Ronsard est tonsuré mais cela n'a encore aucun rapport. Les derniers mots de la dernière lettre de George à Musset sont " Adieu mon enfant, que Dieu soit avec toi ". A l'avenir, toutes sortes de gens, de plaisirs et d'abus entoureront Musset, et peut-être même Dieu, un Dieu de passage alors, mais plus jamais George Sand. Il ne se reverront plus. La fin du film est d'une consistance étrange. Leur amour y est faussement romancé. Lorsque Musset décède, plus de vingt ans après, au 6 de la rue du Mont Thabor, un 2 mai - de l'année 1857, mais vous n'ignorez plus que les années m'indiffèrent - George Sand est loin de lui, et même très loin. George Sand ne fait pas partie des trente ombres du cortège. Pensez à eux. Pensez à elle. Pensez à lui. Il faut croire qu'on ne se coupe les cheveux qu'une seule fois dans sa vie.

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Publié dans Biographies

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