Sondage : les Palestiniens veulent que le Hamas change
[même si les sondages sont parfois trompeurs (on l¹a vu lors des élections),
celui-ci vaut la peine d¹être pris en considération]
http://english.aljazeera.net/NR/exeres/92C2A0B5-793F-4409-9CEA-A4F7E4985850..
htm
Al Jazira, 30 janvier 2006
Sondage : les Palestiniens veulent que le Hamas change
D¹après un sondage (1) réalisé lundi par le Near East Consulting Institute
de Ramallah, près des trois quarts des Palestiniens veulent que le Hamas
abandonne son appel à la destruction d¹Israël.
D¹après ce sondage, 84% des personnes interrogées en Cisjordanie et dans la
bande de Gaza désirent un accord de paix avec Israël, et 86% veulent que
Mahmoud Abbas, le président modéré de l¹Autorité palestinienne, reste à son
poste.
Après sa victoire écrasante sur le Fatah laïque, le mouvement islamiste
Hamas, qui a été derrière la plupart des attentats contre Israël au cours
des cinq années de la révolte, est soumis à des pressions grandissantes pour
qu¹il abandonne l¹appel à la destruction d¹Israël qui figure dans sa charte..
Soutien à la paix
Alors qu¹à l¹étranger, le Hamas est connu pour sa campagne d¹attentats
contre Israël, sa popularité en Cisjordanie et à Gaza provient en partie du
fait qu¹il a fourni un filet de sécurité à quelques-uns des Palestiniens les
plus pauvres.
Plutôt qu¹un soutien à la tactique dure du Hamas, le sondage indique que 73%
des personnes interrogées pensent que le Hamas doit "changer" de position
sur l¹élimination de l¹Etat d¹Israël.
Non seulement 84% sont en faveur d¹un accord de paix avec Israël, mais 77%
des électeurs du Hamas veulent eux aussi un accord.
(1) échantillon : 1200 personnes. Marge d¹erreur : 3,5%.
Transmis par Balanced Middle East News
MidEastweb : http://www.mideastweb.org
celui-ci vaut la peine d¹être pris en considération]
http://english.aljazeera.net/NR/exeres/92C2A0B5-793F-4409-9CEA-A4F7E4985850..
htm
Al Jazira, 30 janvier 2006
Sondage : les Palestiniens veulent que le Hamas change
D¹après un sondage (1) réalisé lundi par le Near East Consulting Institute
de Ramallah, près des trois quarts des Palestiniens veulent que le Hamas
abandonne son appel à la destruction d¹Israël.
D¹après ce sondage, 84% des personnes interrogées en Cisjordanie et dans la
bande de Gaza désirent un accord de paix avec Israël, et 86% veulent que
Mahmoud Abbas, le président modéré de l¹Autorité palestinienne, reste à son
poste.
Après sa victoire écrasante sur le Fatah laïque, le mouvement islamiste
Hamas, qui a été derrière la plupart des attentats contre Israël au cours
des cinq années de la révolte, est soumis à des pressions grandissantes pour
qu¹il abandonne l¹appel à la destruction d¹Israël qui figure dans sa charte..
Soutien à la paix
Alors qu¹à l¹étranger, le Hamas est connu pour sa campagne d¹attentats
contre Israël, sa popularité en Cisjordanie et à Gaza provient en partie du
fait qu¹il a fourni un filet de sécurité à quelques-uns des Palestiniens les
plus pauvres.
Plutôt qu¹un soutien à la tactique dure du Hamas, le sondage indique que 73%
des personnes interrogées pensent que le Hamas doit "changer" de position
sur l¹élimination de l¹Etat d¹Israël.
Non seulement 84% sont en faveur d¹un accord de paix avec Israël, mais 77%
des électeurs du Hamas veulent eux aussi un accord.
(1) échantillon : 1200 personnes. Marge d¹erreur : 3,5%.
Transmis par Balanced Middle East News
MidEastweb : http://www.mideastweb.org
publié par David CASTEL dans: Peace in Middle East
[après la victoire du Hamas, l¹aide économique à l¹Autorité palestinienne
sera-t-elle suspendue? Doit-elle l¹être? Article à verser au débat qui
s¹amorce. L¹Europe, les Etats-Unis, et Israël pour des raisons différentes,
sont concernés]
http://www.haaretz.com/hasen/spages/675853.html
Ha¹aretz, 29 janvier 2006
Donnez-leur l¹argent
par Zvi Bar'el
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
L¹administration américaine a un excellent prétexte : il est interdit par la
loi de fournir une aide économique à un gouvernement qui comprend des
membres d¹une organisation terroriste, de sorte qu¹un gouvernement
palestinien qui comprendrait des membres du Hamas ne bénéficierait d¹aucune
aide américaine.
Il s¹agit d¹un prétexte, parce qu¹il est possible d¹aider un pareil
gouvernement de manière indirecte, si c¹est ce que veut le donateur.
L¹argent peut être transféré à des ONG qui se chargeraient de régler les
dettes de l¹Autorité palestinienne (AP) envers Israël en payant directement
des sociétés comme la Compagnie d¹Electricité. En bref, tout comme le
président Bush a décidé en 2003 de suspendre la loi qui interdisait un
transfert direct de fonds à l¹AP, il peut le faire de la même manière
aujourd¹hui.
Mais, après tout, le prétexte est politique, et la menace de mettre fin à
l¹aide était destinée à bloquer une victoire du Hamas. Alors, que faire,
maintenant que le Hamas est là?
La réponse est à trouver dans un rapport de décembre dernier de la Banque
mondiale qui analyse la situation économique et financière de l¹AP. Ainsi,
par exemple, l¹AP a un déficit mensuel de 57 millions de $, et compte tenu
des ajustements nécessaires dus à la hausse des salaires, ce déficit devrait
atteindre 900 millions de $ pour l¹année 2006. Les recettes couvrent à peine
le montant des salaires des fonctionnaires de l¹AP, et rien ne reste pour le
développement ou les infrastructures. Le taux de chômage est de 24%, mais
pour les 20-24 ans, il atteint les 44%, ce qui correspond au pourcentage de
la population qui se trouve sous le seuil de pauvreté. Ces données, dans
leur sécheresse, sont devenues l¹une des raisons qui expliquent la montée du
Hamas.
Et voilà le cercle vicieux : sans les Américains et d¹autres aides
étrangères, le Hamas ne fera que se renforcer, l¹espoir en une vie meilleure
sous un gouvernement démocratiquement élu s¹évanouira, et les
investissements consentis par le gouvernement américain (quelque 40 millions
de $) dans des projets de promotion de la démocratie seront passés par
pertes et profits. Avec l¹aide américaine, et aussi avec les 250 millions
d¹euros annuels de l¹Union européenne qui doivent doubler l¹année prochaine,
la nouvelle AP pourrait regagner la confiance de l¹opinion à l¹égard de ses
institutions et très certainement y instiller l¹idée que des processus
démocratiques, comme des élections, peuvent produire des changements dans
son niveau de vie.
La menace économique sur le système politique ne doit pas dépendre de
l¹identité des fonctionnaires de l¹AP. L¹administration américaine a déjà
manqué l¹occasion de provoquer un changement politique en Palestine par des
moyens économiques. Des sanctions économiques aujourd¹hui signifieraient une
nouvelle punition, ce ne serait pas une politique. Mais même si les
Américains veulent avoir recours à de pareilles sanctions, il est difficile
de comprendre pourquoi ils menacent le nouveau gouvernement de l¹AP et pas
le gouvernement libanais, qui compte des ministres du Hezbollah, lui aussi
défini comme organisation terroriste. Autres questions intéressantes : les
Etats-Unis vont-ils exiger du bloc européen qu¹il bloque son aide annuelle à
l¹AP? Vont-ils faire pression sur les Etats arabes, dont l¹aide ne constitue
que 18% de l¹aide totale aux Palestiniens, pour qu¹ils cessent leur aide,
alors que viennent d¹avoir lieu des élections démocratiques?
Aujourd¹hui, alors qu¹il devient clair que le Hamas formera le nouveau
gouvernement palestinien, il en est en Israël qui jouent avec l¹idée de
sanctions, non seulement pour empêcher une aide directe, mais aussi pour ne
pas verser à l¹AP l¹argent qui lui revient des droits de douane et de la TVA
(1). Quoi de plus logique que d¹empêcher ces sommes de parvenir à une
organisation terroriste, de punir les vainqueurs et avec eux les centaines
de milliers de Palestiniens qui ont voté pour eux? Imaginez la satisfaction
qui pourrait résulter d¹un pareil acte vindicatif : "si vous avez voté
Hamas, vous ne mangerez pas". Une réponse toute occidentale à ceux qui
professent une idéologie islamiste extrémiste. Mais cette organisation va
maintenant constituer le gouvernement palestinien, qui devra s¹occuper de
ses citoyens, leur trouver du travail, réparer les écoles et, de façon
générale, faire tout ce que l¹AP n¹a pas su faire, ce qui a amené le Hamas
au pouvoir. Il est très facile de ne se focaliser que sur l¹idéologie
extrémiste du Hamas et en faire l¹alpha et l¹oméga. Mais le Hamas a
aujourd¹hui un Etat et un conflit à gérer. Sans aide économique, il lui
restera le conflit, et cela, le passé l¹a prouvé : le Hamas sait faire.
(1) Le gouvernement israélien annoncé aujourd¹hui (29/1)qu¹il avait pris la
décision de suspendre le versement à l¹AP de la TVA du mois de janvier.
sera-t-elle suspendue? Doit-elle l¹être? Article à verser au débat qui
s¹amorce. L¹Europe, les Etats-Unis, et Israël pour des raisons différentes,
sont concernés]
http://www.haaretz.com/hasen/spages/675853.html
Ha¹aretz, 29 janvier 2006
Donnez-leur l¹argent
par Zvi Bar'el
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
L¹administration américaine a un excellent prétexte : il est interdit par la
loi de fournir une aide économique à un gouvernement qui comprend des
membres d¹une organisation terroriste, de sorte qu¹un gouvernement
palestinien qui comprendrait des membres du Hamas ne bénéficierait d¹aucune
aide américaine.
Il s¹agit d¹un prétexte, parce qu¹il est possible d¹aider un pareil
gouvernement de manière indirecte, si c¹est ce que veut le donateur.
L¹argent peut être transféré à des ONG qui se chargeraient de régler les
dettes de l¹Autorité palestinienne (AP) envers Israël en payant directement
des sociétés comme la Compagnie d¹Electricité. En bref, tout comme le
président Bush a décidé en 2003 de suspendre la loi qui interdisait un
transfert direct de fonds à l¹AP, il peut le faire de la même manière
aujourd¹hui.
Mais, après tout, le prétexte est politique, et la menace de mettre fin à
l¹aide était destinée à bloquer une victoire du Hamas. Alors, que faire,
maintenant que le Hamas est là?
La réponse est à trouver dans un rapport de décembre dernier de la Banque
mondiale qui analyse la situation économique et financière de l¹AP. Ainsi,
par exemple, l¹AP a un déficit mensuel de 57 millions de $, et compte tenu
des ajustements nécessaires dus à la hausse des salaires, ce déficit devrait
atteindre 900 millions de $ pour l¹année 2006. Les recettes couvrent à peine
le montant des salaires des fonctionnaires de l¹AP, et rien ne reste pour le
développement ou les infrastructures. Le taux de chômage est de 24%, mais
pour les 20-24 ans, il atteint les 44%, ce qui correspond au pourcentage de
la population qui se trouve sous le seuil de pauvreté. Ces données, dans
leur sécheresse, sont devenues l¹une des raisons qui expliquent la montée du
Hamas.
Et voilà le cercle vicieux : sans les Américains et d¹autres aides
étrangères, le Hamas ne fera que se renforcer, l¹espoir en une vie meilleure
sous un gouvernement démocratiquement élu s¹évanouira, et les
investissements consentis par le gouvernement américain (quelque 40 millions
de $) dans des projets de promotion de la démocratie seront passés par
pertes et profits. Avec l¹aide américaine, et aussi avec les 250 millions
d¹euros annuels de l¹Union européenne qui doivent doubler l¹année prochaine,
la nouvelle AP pourrait regagner la confiance de l¹opinion à l¹égard de ses
institutions et très certainement y instiller l¹idée que des processus
démocratiques, comme des élections, peuvent produire des changements dans
son niveau de vie.
La menace économique sur le système politique ne doit pas dépendre de
l¹identité des fonctionnaires de l¹AP. L¹administration américaine a déjà
manqué l¹occasion de provoquer un changement politique en Palestine par des
moyens économiques. Des sanctions économiques aujourd¹hui signifieraient une
nouvelle punition, ce ne serait pas une politique. Mais même si les
Américains veulent avoir recours à de pareilles sanctions, il est difficile
de comprendre pourquoi ils menacent le nouveau gouvernement de l¹AP et pas
le gouvernement libanais, qui compte des ministres du Hezbollah, lui aussi
défini comme organisation terroriste. Autres questions intéressantes : les
Etats-Unis vont-ils exiger du bloc européen qu¹il bloque son aide annuelle à
l¹AP? Vont-ils faire pression sur les Etats arabes, dont l¹aide ne constitue
que 18% de l¹aide totale aux Palestiniens, pour qu¹ils cessent leur aide,
alors que viennent d¹avoir lieu des élections démocratiques?
Aujourd¹hui, alors qu¹il devient clair que le Hamas formera le nouveau
gouvernement palestinien, il en est en Israël qui jouent avec l¹idée de
sanctions, non seulement pour empêcher une aide directe, mais aussi pour ne
pas verser à l¹AP l¹argent qui lui revient des droits de douane et de la TVA
(1). Quoi de plus logique que d¹empêcher ces sommes de parvenir à une
organisation terroriste, de punir les vainqueurs et avec eux les centaines
de milliers de Palestiniens qui ont voté pour eux? Imaginez la satisfaction
qui pourrait résulter d¹un pareil acte vindicatif : "si vous avez voté
Hamas, vous ne mangerez pas". Une réponse toute occidentale à ceux qui
professent une idéologie islamiste extrémiste. Mais cette organisation va
maintenant constituer le gouvernement palestinien, qui devra s¹occuper de
ses citoyens, leur trouver du travail, réparer les écoles et, de façon
générale, faire tout ce que l¹AP n¹a pas su faire, ce qui a amené le Hamas
au pouvoir. Il est très facile de ne se focaliser que sur l¹idéologie
extrémiste du Hamas et en faire l¹alpha et l¹oméga. Mais le Hamas a
aujourd¹hui un Etat et un conflit à gérer. Sans aide économique, il lui
restera le conflit, et cela, le passé l¹a prouvé : le Hamas sait faire.
(1) Le gouvernement israélien annoncé aujourd¹hui (29/1)qu¹il avait pris la
décision de suspendre le versement à l¹AP de la TVA du mois de janvier.
publié par David CASTEL dans: Peace in Middle East
http://www.haaretzdaily.com/hasen/spages/676051.html
Ha¹aretz, 29 janvier 2006
Dimanche après-midi, la Haute cour de Justice a rejeté l¹appel des colons
contre la démolition de neuf bâtiments dans l¹avant-poste illégal d¹Amona,
en Cisjordanie (1). Le juge Kheshkhin a durement critiqué les membres de la
coopérative d¹Amona pour avoir fait appel à la décision de la cour de
démolir, alors que simultanément, ils appelaient à une lutte violente sur
les lieux de l¹avant-poste. "Je suis allé sur le site web d¹Amona, et il
s¹avère que ces gens appellent à la résistance violente si leur appel est
rejeté. Ainsi, ils font appel : si nous gagnons, tout va bien, et si nous
perdons, nous sommes déjà en train de construire sur les lieux", a dit
Kheskhin.
"La cour n¹aide pas ceux qui se font justice eux-mêmes. Ces appels ne sont
pas lancés contre l¹occupant britannique, mais contre les autorités élues de
l¹Etat d¹Israël. La cour n¹est pas une épicerie, et les demandeurs doivent
se soumettre et accepter le verdict. Dire qu¹ils auront recours à la
violence si le verdict leur est contraire constitue un outrage à la cour", a
encore déclaré le juge Kheskhin.
La confrontation se prépare
Me Naftali Wartzburger, qui représente les colons, a déclaré en réaction :
"je ne peux cacher le fait, et j¹aimerais dire publiquement que les gens
appellent à la confrontation. Ils considèrent que la démolition d¹Amona est
un acte difficile et douloureux qui doit être combattu". Il a ajouté que la
décision de procéder à la démolition des bâtiments juste avant les élections
était une décision politicienne et contraire à la démocratie.
Plus tôt dans la journée de dimanche, la police a remis à 21 colons de
Cisjordanie des ordres leur interdisant l¹entrée dans l¹avant-poste illégal
d¹Amona et dans le marché de gros de Hébron, tous deux devant être évacués
mardi prochain. Ces ordres, signés du commandant militaire du Front centre,
s¹adressent à des militants d¹extrême droite qui sont soupçonnés de préparer
des actions contre les forces de sécurité ou contre des Palestiniens, pour
tenter de faire échec à l¹évacuation. A Itzhar, considéré comme un bastion
de l¹extrême droite, des colons ont jeté des pierres et semé des clous sur
les routes pour empêcher la police de remettre ces ordres en mains propres.
Quatre colons, dont trois masqués, ont été arrêtés.
Toujours dimanche, l¹armée a déclaré le quartier juif de Hébron zone
militaire fermée, et les Juifs non résidents ne seront pas autorisés à y
pénétrer. Les forces de sécurité s¹attendent à une résistance violente.
Shaul Mofaz, ministre de la Défense, a déclaré qu¹il emploierait une
politique de "tolérance zéro" contre les violences des colons, et des
officiers ont dit que, pour cette évacuation, ils "feraient preuve de
détermination, et pas de sentiments".
Les colons préparent pour mardi une grande réunion de solidarité contre les
évacuations, où l¹on attend la présence d¹hommes politiques, de rabbins et
d¹universitaires. Des représentants du mouvement Habad (Loubavitch) seront
également présents mardi à Hébron.
Ce week-end, cinq représentants de parti de droite et religieux ont adressé
une lettre à Ehud Olmert lui enjoignant de remettre l¹évacuation d¹Amona et
d¹Hébron au lendemain des élections, car, selon eux, des décisions non
urgentes ne doivent pas être prises avant une élection. Benjamin Netanyahou,
président du Likoud, a refusé de signer cette lettre.
(1) rappelons que cette décision fait suite à une action intentée par Shalom
Arshav (La Paix Maintenant). Pour voir nos autres articles sur le même
sujet, le mieux est de taper "Amona" dans notre moteur de recherche (page
d¹accueil de notre site http://www.lapaixmaintenant.org/ en bas à gauche.
Ha¹aretz, 29 janvier 2006
Dimanche après-midi, la Haute cour de Justice a rejeté l¹appel des colons
contre la démolition de neuf bâtiments dans l¹avant-poste illégal d¹Amona,
en Cisjordanie (1). Le juge Kheshkhin a durement critiqué les membres de la
coopérative d¹Amona pour avoir fait appel à la décision de la cour de
démolir, alors que simultanément, ils appelaient à une lutte violente sur
les lieux de l¹avant-poste. "Je suis allé sur le site web d¹Amona, et il
s¹avère que ces gens appellent à la résistance violente si leur appel est
rejeté. Ainsi, ils font appel : si nous gagnons, tout va bien, et si nous
perdons, nous sommes déjà en train de construire sur les lieux", a dit
Kheskhin.
"La cour n¹aide pas ceux qui se font justice eux-mêmes. Ces appels ne sont
pas lancés contre l¹occupant britannique, mais contre les autorités élues de
l¹Etat d¹Israël. La cour n¹est pas une épicerie, et les demandeurs doivent
se soumettre et accepter le verdict. Dire qu¹ils auront recours à la
violence si le verdict leur est contraire constitue un outrage à la cour", a
encore déclaré le juge Kheskhin.
La confrontation se prépare
Me Naftali Wartzburger, qui représente les colons, a déclaré en réaction :
"je ne peux cacher le fait, et j¹aimerais dire publiquement que les gens
appellent à la confrontation. Ils considèrent que la démolition d¹Amona est
un acte difficile et douloureux qui doit être combattu". Il a ajouté que la
décision de procéder à la démolition des bâtiments juste avant les élections
était une décision politicienne et contraire à la démocratie.
Plus tôt dans la journée de dimanche, la police a remis à 21 colons de
Cisjordanie des ordres leur interdisant l¹entrée dans l¹avant-poste illégal
d¹Amona et dans le marché de gros de Hébron, tous deux devant être évacués
mardi prochain. Ces ordres, signés du commandant militaire du Front centre,
s¹adressent à des militants d¹extrême droite qui sont soupçonnés de préparer
des actions contre les forces de sécurité ou contre des Palestiniens, pour
tenter de faire échec à l¹évacuation. A Itzhar, considéré comme un bastion
de l¹extrême droite, des colons ont jeté des pierres et semé des clous sur
les routes pour empêcher la police de remettre ces ordres en mains propres.
Quatre colons, dont trois masqués, ont été arrêtés.
Toujours dimanche, l¹armée a déclaré le quartier juif de Hébron zone
militaire fermée, et les Juifs non résidents ne seront pas autorisés à y
pénétrer. Les forces de sécurité s¹attendent à une résistance violente.
Shaul Mofaz, ministre de la Défense, a déclaré qu¹il emploierait une
politique de "tolérance zéro" contre les violences des colons, et des
officiers ont dit que, pour cette évacuation, ils "feraient preuve de
détermination, et pas de sentiments".
Les colons préparent pour mardi une grande réunion de solidarité contre les
évacuations, où l¹on attend la présence d¹hommes politiques, de rabbins et
d¹universitaires. Des représentants du mouvement Habad (Loubavitch) seront
également présents mardi à Hébron.
Ce week-end, cinq représentants de parti de droite et religieux ont adressé
une lettre à Ehud Olmert lui enjoignant de remettre l¹évacuation d¹Amona et
d¹Hébron au lendemain des élections, car, selon eux, des décisions non
urgentes ne doivent pas être prises avant une élection. Benjamin Netanyahou,
président du Likoud, a refusé de signer cette lettre.
(1) rappelons que cette décision fait suite à une action intentée par Shalom
Arshav (La Paix Maintenant). Pour voir nos autres articles sur le même
sujet, le mieux est de taper "Amona" dans notre moteur de recherche (page
d¹accueil de notre site http://www.lapaixmaintenant.org/ en bas à gauche.
publié par David CASTEL dans: Peace in Middle East
[la victoire islamiste était totalement prévisible, dit l¹expert auprès des
services de renseignement Matti Steinberg, qui n¹a cessé d¹alerter ses
interlocuteurs sur cette éventualité. Israël va-t-il en tirer les leçons ?
Il craint que non]
http://www.haaretz.com/hasen/spages/675717.html
Ha¹aretz, 27 janvier 2006
Le Hamas, hélas
par Akiva Eldar
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Pour Matti Steinberg, la victoire du Hamas na pas été une surprise. Il est
seulement surpris que ceux qu¹il a alertés de cette éventualité soient
surpris. Steinberg, qui a été conseiller pour les affaires palestiniennes
auprès des deux récents chef du Shin Bet, Ami Ayalon et Avi Dichter, dit
qu¹il se sent comme le dissident chinois qui a fait graver sur sa tombe :
"ci-gît un homme qui a accompli des choses qui devaient être accomplies, et
dit certaines choses qui devaient être dites".
Pendant des années, comme Caton l¹Ancien, Steinberg n¹a cessé d¹alerter
ministres et généraux de la calamité qui risquait d¹arriver, et qui a fini
par arriver cette semaine dans les territoires. Hier matin (jeudi), quand il
s¹est avéré que sa prophétie apocalyptique s¹était réalisée, il disait qu¹il
ne ressentait pas la satisfaction de l¹homme des services de renseignement
prescient : "je ne peux pas dire : j¹ai sauvé mon âme. Il s¹agit de ma
famille. Je pense à l¹immense fardeau que nous imposons aux générations
futures, et j¹ai le sentiment d¹avoir échoué".
Avec quelques autres, dont Ephraïm Lavie, à l¹époque à la tête du secteur
palestinien au renseignement militaire, il a contesté publiquement la mode
du "il n¹y a pas de partenaire" (1). Depuis le début de l¹intifada, il a
tenté de convaincre les décisionnaires et l¹armée que s¹ils tournaient le
dos au camp pragmatique dans les territoires, le jour viendrait où ils
regretteraient Yasser Arafat. Depuis qu¹Ariel Sharon a conçu son plan de
retrait unilatéral, Steinberg a nagé contre le courant qui a lavé le cerveau
des Israéliens, à droite comme à gauche : "je suis très en colère contre les
niveaux les plus élevés de l¹Etat, qui n¹ont pas fait ce qu¹ils devaient
faire. Ils se conduisent comme un lapin pris dans les phares d¹une voiture
qui va les écraser et qui reste scotché sur place". Aujourd¹hui, il se bat
contre une autre mode, qui propose d¹habiller les fanatiques islamistes dans
de beaux costumes. Il s¹arrache les cheveux lorsqu¹il entend des menaces
comme celles qu¹a proférées Shimon Peres (frapper les Palestiniens au
porte-monnaie) pour les punir de soutenir le Hamas.
Q. : Pourquoi toujours nous accuser nous-mêmes ? Peut-être le Hamas a-t-il
gagné parce que l¹opinion palestinienne en avait assez de la corruption du
groupe d¹Oslo ?
Steinberg : "Il est vrai que la responsabilité est partagée entre nous et
l¹Autorité palestinienne (AP), mais, parce que nous sommes le côté le plus
fort, le gros de la responsabilité repose sur nous. La corruption endémique
au sein de l¹AP est une question essentielle quand l¹opinion perd l¹espoir
de voir se produire un progrès politique, quand elle arrête d¹espérer des
améliorations économiques et sociales. Un horizon politique est la seule
chose qui puisse neutraliser les critiques de corruption. Pendant les
périodes où des négociations ont eu lieu avec Israël, l¹opinion
palestinienne a soutenu l¹AP et le Fatah. Pourtant, à ce moment-là non plus,
ils n¹étaient pas connus pour leur incorruptibilité. Les Palestiniens savent
qui si le Hamas ne s¹est pas sali les mains, c¹est parce qu¹il n¹en a pas eu
l¹occasion : il n¹était pas au pouvoir. Les défauts du Fatah et de l¹AP
éclatent quand il n¹y a pas de résultats politiques".
Q. : Peut-être votre crainte du Hamas est-elle exagérée? Certains affirment
que leur grande victoire va les forcer à adopter une ligne plus pragmatique.
R. : "L¹effort principal du Hamas va être de consolider ses acquis. C¹est ce
qu¹il a fait avant les élections, et à partir du moment où les
responsabilités lui échoiront, il fera le maximum pour rester au pouvoir. En
même temps, le Hamas ne renoncera pas à ses objectifs, mais suspendra la
résistance (lutte armée). Il va fourbir ses armes et ne les rendra pas. La
résistance est un moyen parfois utilisé, et parfois remisé au placard
jusqu¹au moment opportun. Le danger essentiel du Hamas n¹est pas militaire,
mais politique : le processus de prise du pouvoir, ce qu¹ils appellent
Otamkim¹, par lequel l¹Islam accède au pouvoir dans le monde arabe. Sous nos
yeux, un Etat des Frères musulmans prend forme, en chair et en os. Cela est
en train de se produire à côté d¹Israël, et non loin de la Jordanie et de
l¹Egypte, deux pays où les Frères musulmans ont un certain poids. Les
gouvernements y ont limité les islamistes à un tiers du parlement. Le
gouvernement égyptien a opéré contre eux avec la plus grande fermeté quand
ils menaçaient de devenir un groupe charnière. Cela est bien plus dangereux
encore quand la ligne de front se trouve être le conflit israélo-arabe, qui
a une grande importance à la fois sur les plans stratégique et
théologico-religieux. Le Hamas considère le conflit sous un angle religieux,
et ses positions dérivent de la loi religieuse musulmane. Pour la première
fois dans l¹Histoire, nous sommes témoins d¹une transition entre un conflit
politico-national, où la dimension territoriale est d¹une extrême
importance, vers un conflit religieux dont la dimension territoriale est
induite à partir de fondements théologiques. En conséquence, sur le fond, il
n¹y a pas de compromis possible qui accorderait une légitimité à l¹autre
côté. La première phrase du programme électoral du Hamas, distribué à des
centaines de milliers d¹exemplaires, appelle à un Etat palestinien
indépendant sur tout le sol de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de
Jérusalem. Et il poursuit : Opas un pouce de la terre de la Palestine
historique ne sera cédé¹, en référence à Tel-Aviv et à Haïfa."
Q. : Mais nous avons entendu des leaders du Hamas dire qu¹ils étaient prêts
à négocier avec Israël.
R. : "Leur marge de man¦uvre est extrêmement limitée. Un accord définitif
est interdit aux musulmans, quels que soient le moment ou les conditions,
parce qu¹il impliquerait une légitimation de l¹abandon de terres musulmanes
et une renonciation totale au djihad en tant que moyen de les reconquérir.
Cela concerne les accords de règlement du conflit du type de ceux qu¹a
acceptés le Fatah, comme les paramètres de Clinton ou l¹Initiative de
Genève. Aux yeux du Hamas, cela reviendrait à délégitimer l¹islam lui-même.
Le Hamas, comme les Frères musulmans de manière générale, est prêt à un
compromis du type Ohudna¹ (trêve ou cessez-le-feu). Il s¹agit d¹un accord
provisoire, comme le traité de Khudaybiyya, où le prophète Mohamed a déclaré
un cessez-le-feu avec la tribu des Koreishites pour 10 ans. Il peut être
prolongé de 10 ans, à condition que la prolongation bénéficie aux musulmans.
L¹école Hanafi, qui prévaut aujourd¹hui, considère également qu¹il n¹y a
rien de répréhensible à des cessez-le-feu qui ne soient pas limités dans le
temps. Cela permet de conclure des accords provisoires, mais à condition
qu¹aucune concession ne soit faite vers l¹autre partie. L¹accord peut
également être violé s¹il est décidé que cela bénéficie aux musulmans.
Une lecture attentive du programme du Hamas montre que même si le mouvement
est prêt à entamer des négociations avec Israël, de façon directe ou
indirecte (à travers des représentants indépendants), il n¹y a aucune raison
de supposer qu¹il sera plus pragmatique que le Fatah. Ce sont des durs de
durs quant au problème du retour des réfugiés. Ils ne sont prêts à aucun
compromis sur Jérusalem, insistent sur le démantèlement de toutes les
colonies et ne veulent rien entendre des blocs de colonies. Il est étrange
que des gens en Israël qui pensent que le camp pragmatique palestinien n¹est
pas intéressé à rechercher le soutien de l¹opinion publique pour parvenir à
un accord se mettent soudain à croire que le Hamas, un mouvement religieux,
changera de religion."
Q. : Quelles sont les options dont dispose aujourd¹hui Mahmoud Abbas?
R. : "Il est clair que le Hamas contrôlera le parlement, et la question qui
reste en suspens est de savoir s¹il sera prêt à participer au gouvernement,
et si oui, s¹il préférera le faire de façon directe ou indirecte. Si oui,
nous aurons alors une situation où le président Abbas du Fatah aura face à
lui un parlement et à un gouvernement du Hamas. Le président dispose
d¹importantes prérogatives. C¹est lui qui choisit le Premier ministre et qui
le charge de former le gouvernement, et il a aussi le pouvoir de le
renvoyer, et même celui de l¹envoyer se faire interroger par la police. Le
président est également le commandant en chef des forces palestiniennes, et
à ce titre, il peut leur ordonner d¹agir contre le Premier ministre. Mais
s¹il recourt à ces prérogatives, il s¹aliénera l¹opinion publique qui a
amené le Hamas au pouvoir.
Il est possible qu¹Abbas démissionne, auquel cas il y aurait de nouvelles
élections présidentielles, mais il se peut qu¹il préfère rester en poste et
placer l¹opinion palestinienne, Israël et les Etats-Unis devant leurs
responsabilités pour l¹impasse et le chaos ainsi créés. Si la menace de
Shimon Peres concernant l¹arrêt de l¹aide se concrétise, nous allons
assister à une crise humanitaire. Mettre fin à l¹aide reviendrait à attiser
les flammes, et ces flammes toucheraient aussi Israël. Nous ne pourrions
plus nous désengager de ce chaos à nos frontières, et cela aura des
répercussions pour Israël et pour la Jordanie. L¹opinion publique mondiale
ne pourra pas rester les bras croisés quand la plupart des Palestiniens
souffriront de la faim.
On ne peut être une île tranquille au milieu d¹un océan déchaîné. Pour se
désengager de ce chaos, il se peut qu¹Israël agisse de façon unilatérale en
Cisjordanie. Si c¹est le cas, nous rapprocherons le jour où le Hamas aura
achevé sa victoire : le président sera lui aussi son homme, et nous
inviterons Al-Qaïda, passé maître dans l¹exploitation de situations
chaotiques, dans les territoires. Il faut que l¹aide soit conditionnée à une
suspension des violences, mais à ce stade, il est impossible d¹exiger qu¹ils
y renoncent totalement.
Q. : que conseilleriez-vous aujourd¹hui à Ehud Olmert de faire?
R. : " J¹arrêterais de faire des déclarations et allusions à des mesures
unilatérales. J¹inviterais Mahmoud Abbas afin de nouer un lien politique qui
donnerait aux pouvoirs "d¹en haut" un large soutien populaire. Aujourd¹hui
déjà, Abbas pense à la démission, nous devons lui présenter un accord
définitif sur la base des paramètres Clinton et renoncer à la Feuille de
route, qui nous promet une impasse. Il est important de le faire pour que le
Fatah ne soit pas tenté de former un gouvernement d¹unité nationale avec le
Hamas, car cela signifierait pour lui une défaite totale et l¹effacement des
différences entre deux visions du monde. Je lui ferais quelques concessions
pour lui montrer que le pragmatisme paie. Si nous agissons ainsi, il y a une
chance que le Hamas devienne prisonnier de l¹opinion publique palestinienne.
Le noyau dur du Hamas ne se monte pas à plus de 15 à 20%. Les deux tiers de
ceux qui ont voté Hamas ne sont pas favorables à sa vision théologique du
monde. Ils sont allés au Hamas à cause de leur déception créée par l¹échec
de la voie politique. Et ils constituent une masse réversible. Ce large
public soutiendra la voie politique à condition qu¹elle soit concrète. Par
conséquent, notre cible principale est constituée des 80% des Palestiniens
qui soutiennent un accord définitif impliquant une solution à deux Etats.
Dans ce contexte, qui serait limité aux trois années qui restent à Abbas en
tant que président, il est possible de parvenir à un accord avec lui où le
droit au retour ne serait pas dominant".
Les expériences amères qu¹il a connues ne laissent à Steinberg aucune
illusion quant à la perspective que, cette fois, ses remarques seront
entendues : "je le regrette, mais je n¹ai pas cessé d¹alerter sur ce qui
allait se produire, avec l¹espoir que cela pourrait être empêché, et quand
cela se produit, on me demande encore une fois ce qu¹il faut faire. Jusqu¹à
la prochaine fois."
(1) Voir par exemple : "Conceptions erronées, mais populaires (et
réciproquement)" http://www.lapaixmaintenant.org/article788
services de renseignement Matti Steinberg, qui n¹a cessé d¹alerter ses
interlocuteurs sur cette éventualité. Israël va-t-il en tirer les leçons ?
Il craint que non]
http://www.haaretz.com/hasen/spages/675717.html
Ha¹aretz, 27 janvier 2006
Le Hamas, hélas
par Akiva Eldar
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Pour Matti Steinberg, la victoire du Hamas na pas été une surprise. Il est
seulement surpris que ceux qu¹il a alertés de cette éventualité soient
surpris. Steinberg, qui a été conseiller pour les affaires palestiniennes
auprès des deux récents chef du Shin Bet, Ami Ayalon et Avi Dichter, dit
qu¹il se sent comme le dissident chinois qui a fait graver sur sa tombe :
"ci-gît un homme qui a accompli des choses qui devaient être accomplies, et
dit certaines choses qui devaient être dites".
Pendant des années, comme Caton l¹Ancien, Steinberg n¹a cessé d¹alerter
ministres et généraux de la calamité qui risquait d¹arriver, et qui a fini
par arriver cette semaine dans les territoires. Hier matin (jeudi), quand il
s¹est avéré que sa prophétie apocalyptique s¹était réalisée, il disait qu¹il
ne ressentait pas la satisfaction de l¹homme des services de renseignement
prescient : "je ne peux pas dire : j¹ai sauvé mon âme. Il s¹agit de ma
famille. Je pense à l¹immense fardeau que nous imposons aux générations
futures, et j¹ai le sentiment d¹avoir échoué".
Avec quelques autres, dont Ephraïm Lavie, à l¹époque à la tête du secteur
palestinien au renseignement militaire, il a contesté publiquement la mode
du "il n¹y a pas de partenaire" (1). Depuis le début de l¹intifada, il a
tenté de convaincre les décisionnaires et l¹armée que s¹ils tournaient le
dos au camp pragmatique dans les territoires, le jour viendrait où ils
regretteraient Yasser Arafat. Depuis qu¹Ariel Sharon a conçu son plan de
retrait unilatéral, Steinberg a nagé contre le courant qui a lavé le cerveau
des Israéliens, à droite comme à gauche : "je suis très en colère contre les
niveaux les plus élevés de l¹Etat, qui n¹ont pas fait ce qu¹ils devaient
faire. Ils se conduisent comme un lapin pris dans les phares d¹une voiture
qui va les écraser et qui reste scotché sur place". Aujourd¹hui, il se bat
contre une autre mode, qui propose d¹habiller les fanatiques islamistes dans
de beaux costumes. Il s¹arrache les cheveux lorsqu¹il entend des menaces
comme celles qu¹a proférées Shimon Peres (frapper les Palestiniens au
porte-monnaie) pour les punir de soutenir le Hamas.
Q. : Pourquoi toujours nous accuser nous-mêmes ? Peut-être le Hamas a-t-il
gagné parce que l¹opinion palestinienne en avait assez de la corruption du
groupe d¹Oslo ?
Steinberg : "Il est vrai que la responsabilité est partagée entre nous et
l¹Autorité palestinienne (AP), mais, parce que nous sommes le côté le plus
fort, le gros de la responsabilité repose sur nous. La corruption endémique
au sein de l¹AP est une question essentielle quand l¹opinion perd l¹espoir
de voir se produire un progrès politique, quand elle arrête d¹espérer des
améliorations économiques et sociales. Un horizon politique est la seule
chose qui puisse neutraliser les critiques de corruption. Pendant les
périodes où des négociations ont eu lieu avec Israël, l¹opinion
palestinienne a soutenu l¹AP et le Fatah. Pourtant, à ce moment-là non plus,
ils n¹étaient pas connus pour leur incorruptibilité. Les Palestiniens savent
qui si le Hamas ne s¹est pas sali les mains, c¹est parce qu¹il n¹en a pas eu
l¹occasion : il n¹était pas au pouvoir. Les défauts du Fatah et de l¹AP
éclatent quand il n¹y a pas de résultats politiques".
Q. : Peut-être votre crainte du Hamas est-elle exagérée? Certains affirment
que leur grande victoire va les forcer à adopter une ligne plus pragmatique.
R. : "L¹effort principal du Hamas va être de consolider ses acquis. C¹est ce
qu¹il a fait avant les élections, et à partir du moment où les
responsabilités lui échoiront, il fera le maximum pour rester au pouvoir. En
même temps, le Hamas ne renoncera pas à ses objectifs, mais suspendra la
résistance (lutte armée). Il va fourbir ses armes et ne les rendra pas. La
résistance est un moyen parfois utilisé, et parfois remisé au placard
jusqu¹au moment opportun. Le danger essentiel du Hamas n¹est pas militaire,
mais politique : le processus de prise du pouvoir, ce qu¹ils appellent
Otamkim¹, par lequel l¹Islam accède au pouvoir dans le monde arabe. Sous nos
yeux, un Etat des Frères musulmans prend forme, en chair et en os. Cela est
en train de se produire à côté d¹Israël, et non loin de la Jordanie et de
l¹Egypte, deux pays où les Frères musulmans ont un certain poids. Les
gouvernements y ont limité les islamistes à un tiers du parlement. Le
gouvernement égyptien a opéré contre eux avec la plus grande fermeté quand
ils menaçaient de devenir un groupe charnière. Cela est bien plus dangereux
encore quand la ligne de front se trouve être le conflit israélo-arabe, qui
a une grande importance à la fois sur les plans stratégique et
théologico-religieux. Le Hamas considère le conflit sous un angle religieux,
et ses positions dérivent de la loi religieuse musulmane. Pour la première
fois dans l¹Histoire, nous sommes témoins d¹une transition entre un conflit
politico-national, où la dimension territoriale est d¹une extrême
importance, vers un conflit religieux dont la dimension territoriale est
induite à partir de fondements théologiques. En conséquence, sur le fond, il
n¹y a pas de compromis possible qui accorderait une légitimité à l¹autre
côté. La première phrase du programme électoral du Hamas, distribué à des
centaines de milliers d¹exemplaires, appelle à un Etat palestinien
indépendant sur tout le sol de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de
Jérusalem. Et il poursuit : Opas un pouce de la terre de la Palestine
historique ne sera cédé¹, en référence à Tel-Aviv et à Haïfa."
Q. : Mais nous avons entendu des leaders du Hamas dire qu¹ils étaient prêts
à négocier avec Israël.
R. : "Leur marge de man¦uvre est extrêmement limitée. Un accord définitif
est interdit aux musulmans, quels que soient le moment ou les conditions,
parce qu¹il impliquerait une légitimation de l¹abandon de terres musulmanes
et une renonciation totale au djihad en tant que moyen de les reconquérir.
Cela concerne les accords de règlement du conflit du type de ceux qu¹a
acceptés le Fatah, comme les paramètres de Clinton ou l¹Initiative de
Genève. Aux yeux du Hamas, cela reviendrait à délégitimer l¹islam lui-même.
Le Hamas, comme les Frères musulmans de manière générale, est prêt à un
compromis du type Ohudna¹ (trêve ou cessez-le-feu). Il s¹agit d¹un accord
provisoire, comme le traité de Khudaybiyya, où le prophète Mohamed a déclaré
un cessez-le-feu avec la tribu des Koreishites pour 10 ans. Il peut être
prolongé de 10 ans, à condition que la prolongation bénéficie aux musulmans.
L¹école Hanafi, qui prévaut aujourd¹hui, considère également qu¹il n¹y a
rien de répréhensible à des cessez-le-feu qui ne soient pas limités dans le
temps. Cela permet de conclure des accords provisoires, mais à condition
qu¹aucune concession ne soit faite vers l¹autre partie. L¹accord peut
également être violé s¹il est décidé que cela bénéficie aux musulmans.
Une lecture attentive du programme du Hamas montre que même si le mouvement
est prêt à entamer des négociations avec Israël, de façon directe ou
indirecte (à travers des représentants indépendants), il n¹y a aucune raison
de supposer qu¹il sera plus pragmatique que le Fatah. Ce sont des durs de
durs quant au problème du retour des réfugiés. Ils ne sont prêts à aucun
compromis sur Jérusalem, insistent sur le démantèlement de toutes les
colonies et ne veulent rien entendre des blocs de colonies. Il est étrange
que des gens en Israël qui pensent que le camp pragmatique palestinien n¹est
pas intéressé à rechercher le soutien de l¹opinion publique pour parvenir à
un accord se mettent soudain à croire que le Hamas, un mouvement religieux,
changera de religion."
Q. : Quelles sont les options dont dispose aujourd¹hui Mahmoud Abbas?
R. : "Il est clair que le Hamas contrôlera le parlement, et la question qui
reste en suspens est de savoir s¹il sera prêt à participer au gouvernement,
et si oui, s¹il préférera le faire de façon directe ou indirecte. Si oui,
nous aurons alors une situation où le président Abbas du Fatah aura face à
lui un parlement et à un gouvernement du Hamas. Le président dispose
d¹importantes prérogatives. C¹est lui qui choisit le Premier ministre et qui
le charge de former le gouvernement, et il a aussi le pouvoir de le
renvoyer, et même celui de l¹envoyer se faire interroger par la police. Le
président est également le commandant en chef des forces palestiniennes, et
à ce titre, il peut leur ordonner d¹agir contre le Premier ministre. Mais
s¹il recourt à ces prérogatives, il s¹aliénera l¹opinion publique qui a
amené le Hamas au pouvoir.
Il est possible qu¹Abbas démissionne, auquel cas il y aurait de nouvelles
élections présidentielles, mais il se peut qu¹il préfère rester en poste et
placer l¹opinion palestinienne, Israël et les Etats-Unis devant leurs
responsabilités pour l¹impasse et le chaos ainsi créés. Si la menace de
Shimon Peres concernant l¹arrêt de l¹aide se concrétise, nous allons
assister à une crise humanitaire. Mettre fin à l¹aide reviendrait à attiser
les flammes, et ces flammes toucheraient aussi Israël. Nous ne pourrions
plus nous désengager de ce chaos à nos frontières, et cela aura des
répercussions pour Israël et pour la Jordanie. L¹opinion publique mondiale
ne pourra pas rester les bras croisés quand la plupart des Palestiniens
souffriront de la faim.
On ne peut être une île tranquille au milieu d¹un océan déchaîné. Pour se
désengager de ce chaos, il se peut qu¹Israël agisse de façon unilatérale en
Cisjordanie. Si c¹est le cas, nous rapprocherons le jour où le Hamas aura
achevé sa victoire : le président sera lui aussi son homme, et nous
inviterons Al-Qaïda, passé maître dans l¹exploitation de situations
chaotiques, dans les territoires. Il faut que l¹aide soit conditionnée à une
suspension des violences, mais à ce stade, il est impossible d¹exiger qu¹ils
y renoncent totalement.
Q. : que conseilleriez-vous aujourd¹hui à Ehud Olmert de faire?
R. : " J¹arrêterais de faire des déclarations et allusions à des mesures
unilatérales. J¹inviterais Mahmoud Abbas afin de nouer un lien politique qui
donnerait aux pouvoirs "d¹en haut" un large soutien populaire. Aujourd¹hui
déjà, Abbas pense à la démission, nous devons lui présenter un accord
définitif sur la base des paramètres Clinton et renoncer à la Feuille de
route, qui nous promet une impasse. Il est important de le faire pour que le
Fatah ne soit pas tenté de former un gouvernement d¹unité nationale avec le
Hamas, car cela signifierait pour lui une défaite totale et l¹effacement des
différences entre deux visions du monde. Je lui ferais quelques concessions
pour lui montrer que le pragmatisme paie. Si nous agissons ainsi, il y a une
chance que le Hamas devienne prisonnier de l¹opinion publique palestinienne.
Le noyau dur du Hamas ne se monte pas à plus de 15 à 20%. Les deux tiers de
ceux qui ont voté Hamas ne sont pas favorables à sa vision théologique du
monde. Ils sont allés au Hamas à cause de leur déception créée par l¹échec
de la voie politique. Et ils constituent une masse réversible. Ce large
public soutiendra la voie politique à condition qu¹elle soit concrète. Par
conséquent, notre cible principale est constituée des 80% des Palestiniens
qui soutiennent un accord définitif impliquant une solution à deux Etats.
Dans ce contexte, qui serait limité aux trois années qui restent à Abbas en
tant que président, il est possible de parvenir à un accord avec lui où le
droit au retour ne serait pas dominant".
Les expériences amères qu¹il a connues ne laissent à Steinberg aucune
illusion quant à la perspective que, cette fois, ses remarques seront
entendues : "je le regrette, mais je n¹ai pas cessé d¹alerter sur ce qui
allait se produire, avec l¹espoir que cela pourrait être empêché, et quand
cela se produit, on me demande encore une fois ce qu¹il faut faire. Jusqu¹à
la prochaine fois."
(1) Voir par exemple : "Conceptions erronées, mais populaires (et
réciproquement)" http://www.lapaixmaintenant.org/article788
publié par David CASTEL dans: Peace in Middle East
financières à prévoir pour l¹Autorité palestinienne. En Israël, tous
courants confondus, le Hamas n¹est pas un partenaire]
http://www.haaretzdaily.com/hasen/spages/675205.html
Ha¹aretz, 27 janvier 2006
Le Hamas devra accepter l¹initiative de Beyrouth, qui appelle à une
reconnaissance pleine et entière d¹Israël, et ce malgré ses positions
déclarées sur la question, a dit vendredi Amr Moussa, secrétaire général de
la Ligue Arabe, après la victoire du Hamas aux élections législatives
palestiniennes. Amr Moussa a ajouté que le processus diplomatique au
Moyen-Orient devait suivre les principes de Beyrouth, qui comprennent un
retrait total d¹Israël des territoires, en conformité avec les résolutions
242 et 338 des Nations Unies. Cette initiative, approuvée par la Ligue arabe
en 2002, a été rejetée par Ariel Sharon, alors Premier ministre (1). Amr
Moussa s¹exprimait dans le cadre d¹une conférence sur les élections
palestiniennes qui s¹est tenue à l¹occasion du Forum économique mondial de
Davos.
Lord de la même conférence, Yossi Bachar, directeur général du ministère
israélien des Finances, a déclaré qu¹Israël devait arrêter les transferts de
fonds aux Palestiniens, compte tenu de la victoire du Hamas. "Nous allons
devoir nous confronter à des problèmes pratiques et répondre à la question :
comment traiter avec des gens qui appellent à la destruction d¹Israël", a
dit Bachar. "S¹ils veulent continuer à travailler avec nous, ils devront
trouver une solution. Sinon, je ne vois pas comment ils vont récupérer
l¹argent", a-t-il ajouté. Bachar a dit aussi que les recettes du budget
palestinien étaient fondées sur les douanes et sur la TVA que collecte
Israël et qu¹il reverse aux Palestiniens, ainsi que sur l¹aide de l¹Arabie
Saoudite.
James Wolfensohn, émissaire spécial de la Banque mondiale, qui coordonne les
contacts entre l¹Autorité palestinienne et les pays donateurs a affirmé que,
selon lui, les pays pourraient mettre fin à leur aide après la victoire du
Hamas, "compte tenu des incertitudes et de l¹absence de perspectives". Il a
dit que le problème allait se poser de façon aiguë dès la semaine prochaine,
quand l¹Autorité palestinienne n¹aurait pas d¹argent pour payer les salaires
de ses fonctionnaires.
Mohammed Mustafa, conseiller économique du président palestinien Mahmoud
Abbas, a déclaré vendredi que " le Hamas devra adapter sa politique au
programme économique et diplomatique de Mahmoud Abbas".
Réactions en Israël
Le Premier ministre par intérim Ehud Olmert a dit jeudi qu¹une Autorité
palestinienne dirigée par le Hamas n¹était "pas un partenaire" pour la paix.
"Si un gouvernement dirigé par le Hamas, ou auquel le Hamas participe, est
constitué, l¹Autorité palestinienne deviendra une autorité qui soutient le
terrorisme. Israël et le monde avec lui n¹en tiendront pas compte", a encore
dit Olmert, qui a ajouté : "Israël est prêt à aider les Palestiniens et
Abbas de manière conséquente, mais à la condition qu¹ils s¹en prennent aux
groupes terroristes". Lors d¹une réunion consacrée aux conséquences
attendues de la victoire du Hamas, les services de renseignement ont suggéré
l¹hypothèse qu¹à court terme, il y aurait une période d¹accalmie. Certains
ont fait part de leur crainte que différentes factions du Fatah, déçues par
les résultats, expriment leur frustration en commettant des attentats
terroristes.
La victoire du Hamas a suscité des réactions violentes dans le monde
politique israélien. A droite, Benjamin Netanyahou a déclaré : "le Hamastan
a été créé sous nos yeux : un satellite de l¹Iran à l¹image des Talibans. Il
a été créé très près de Jérusalem, de Tel-Aviv et de l¹aéroport Ben Gourion.
Il nous faut faire notre examen de conscience, car tout cela était écrit sur
le mur. Une politique de retrait unilatéral a constitué une récompense au
terrorisme du Hamas". "Le Hamas devrait envoyer un gros bouquet de fleurs à
Ehud Olmert, qui a renoncé à faire la guerre au terrorisme ", a pour sa part
déclaré Effie Eitam (Union nationale).
A gauche, Amir Peretz (président du Parti travailliste) a déclaré jeudi que
la victoire du Hamas pourrait conduire Israël à procéder à des mesures
unilatérales supplémentaires. Il a dit qu¹il ne mènerait aucune négociation
avec le Hamas : "nous ne négocierons pas avec une organisation qui ne
reconnaît pas le droit d¹Israël à exister et cherche à le détruire. Si nous
le jugeons bon, nous agirons unilatéralement. Nous n¹accepterons pas une
impasse diplomatique, et nous ne serons pas les otages des changements au
sein de l¹Autorité palestinienne". Pour Amir Peretz, le Hamas n¹est pas un
partenaire et il menace la stabilité du Moyen-Orient. Il a ajouté que face à
cette situation nouvelle, les Américains et les Européens devront clarifier
leurs positions. Benjamin Ben Eliezer (député travailliste) a déclaré : "il
n¹y a rien de quoi nous pourrions parler avec le Hamas. Mais si le Hamas
reconnaît notre droit à exister, nous réexaminerons la question".
Yossi Beilin, président du Meretz (gauche) a déclaré jeudi que les
résultats des élections donnaient encore une chance de conclure un accord
avec les Palestiniens modérés. Il a appelé Olmert à entamer immédiatement
des pourparlers avec le président Mahmoud Abbas. Pour Beilin, Israël est
responsable du renforcement du Hamas : "Israël a joué un grand rôle dans
l¹affaiblissement de l¹Autorité palestinienne et dans le renforcement du
Hamas. Le retrait unilatéral de la bande de Gaza, sans accord avec Abbas, a
grandement renforcé le Hamas", a-t-il dut.
(1) sur la déclaration de Beyrouth, ainsi que sur l¹"initiative saoudienne"
dont elle est l¹émanation, voir par exemple :
http://www.lapaixmaintenant.org/article649
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