Ces neuf hommes cravatés qui dirigent la Chine communiste

Publié le par david castel

Le nouveau leadership chinois présenté lundi à Pékin (Xinhua)

Rituel immuable au congrès du Parti communiste chinois (PCC) qui s'achève sur l'Internationale, drapeau rouge au vent. Et sur un nouveau leadership, présenté lundi, qui devra assurer le passage de témoin générationnel dans cinq ans. Revue de détail des neuf hommes en costume-cravate —où est passée la "moitié du ciel?— qui dirigent la nouvelle superpuissance émergente.

Dans l'ordre hiérarchique que fournit l'agence officielle Xinhua, mais qui est différent de l'ordre d'apparition sur cette photo de famille, les neuf hommes qui conduisent les affaires de la Chine sont: Hu Jintao, Wu Bangguo, Wen Jiabao, Jia Qinglin, Li Changchun, Xi Jinping, Li Keqiang, He Guoqiang et Zhou Yongkang.

C'est sans doute, après la Corée du nord, l'un des systèmes politiques les plus opaques au monde. Des mois durant, des discussions de coulisse au sein du premier cercle du pouvoir, y compris avec les grands anciens comme Jiang Zemin, pour doser les clans, vérifier les carrières, équilibrer les régions. Bref, la recette pour pérenniser le pouvoir du PCC dans une société et un monde qui changent.

Les sortant

Personne n'avait ainsi prévu le départ du vice-président Zeng Qinghong, l'un des hommes forts de l'équipe sortante, et qui disparait du Comité Central et a fortiori du Comité permanent du Bureau politique, le vrai coeur du pouvoir chinois. Il passe à la trappe de l'histoire avec deux autres membres du Comité permanent, dont le redoutable Luo Gan, chargé de la sécurité, et Wu Guangzhen. Autre dirigeant de poids qui disparait: Wu Yi, seule femme du Bureau Politique (mais pas de son comité permanent), qui a mené bon nombre de discussions commerciales difficiles ces dernières années, notamment avec les Américains. Elle a été atteinte par la limite d'age.

Le départ de Zeng Qinghong, fils d'un dirigeant révolutionnaire historique, est un mystère que les "pékinologues" tenteront d'éclaircir avec le temps. Il y a quelques mois encore, on lui prétait l'ambition de prendre la tête du Parti et de séparer ce poste de celui de président de la République populaire qui serait resté à Hu Jintao. Actuellement, le même homme occupe ces deux postes, ainsi que celui, tout aussi important, de Président de la Commission militaire centrale (CMC) du Parti. Y a-t-il eu bras de fer, perdu par Zeng? Nul ne le sait à ce stade.

Les entrant

Quatre nouveaux venus font leur entrée au Comité permanent, dont le probable successeur de Hu Jintao, 64 ans, qui ne pourra pas aller au-delà de son deuxième mandat. Il s'agit de Xi Jinping, de dix ans plus jeune, chef du Parti à Shanghaï, la métropole économique qui vient de subir un véritable coup de balai anticorruption après la découverte d'une gigantesque arnaque aux fonds de sécurité sociale. C'est le retour d'un "Shanghaïen" au premier plan, après une période moins faste succédant à celle du duo du président Jiang Zemin et du premier ministre Zhu Rongji, tous deux anciens maires de Shanghaï. C'est lui remplace de fait Zeng Qinghong dans la conduite des affaires du parti.

Si Xi Jinping apparait comme un homme de compromis entre tous les clans du Parti, le favori de Hu Jintao semblait être Li Keqiang (photo ci-contre), l'actuel chef du parti dans la province du Liaoning, un quinquagénaire proche du président. Il devrait accéder au poste de premier ministre dans quatre ans, lors du passage de témoin à la "cinquième génération" de dirigeants communistes. Un lot de consolation considérable pour celui qui avait toutes les raisons de se voir un jour "numéro un". On notera dans son parcours un passage comme gouverneur de la province du Henan à l'époque du scandale de la contamination de milliers de paysans dans la vente de leur sang, comme quoi, en Chine, une telle affaire ne bouleverse pas les carrières (il rejoint d'ailleurs au BP Li Changchun, dont les responsabilités dans cette affaire sont lourdees)...

Des deux autres nouveaux membres du leadership suprême —He Guoqiang et Zhou Yongkang—, on notera qu'il faut toujours un responsable de la sécurité: ce sera cette fois Zhou Yongkang, l'actuel ministre de la sécurité qui hérite du portefeuille de Luo Gan. A 63 ans, cet homme est donc un spécialiste, et c'est sur lui que repose largement le maintien de la sacrosainte "stabilité sociale" sur laquelle repose le pouvoir du PCC.

Car sur le fond, rien de changé à l'issue de ce XVII° congrès du PCC, qui renforce apparemment Hu Jintao sans pour autant lui donner les pleins pouvoirs. La ligne reste identique, c'est-à-dire poursuite d'un capitalisme économique débridé qui ne dit pas son nom, accompagné d'une tentative de rétablir l'équilibre social mis à mal par ces deux décennies d'enrichissement à marche forcée, et, surtout, un immobilisme politique qui ne surprendra finalement personne. Le mot démocratie est apparu de très nombreuses fois dans le discours du Secrétaire général du Parti, mais c'est sans doute le signe, dans le langage codé de la "pékinologie", qu'elle n'est pas pour tout de suite.

Hu Jintao réélu pour cinq ans à la tête du Parti communiste chinois
LE MONDE | 22.10.07 | 15h10  •  Mis à jour le 22.10.07 | 15h11
PÉKIN CORRESPONDANT



Forte de 9 membres, la nouvelle direction restreinte du Parti communiste chinois a été présentée lundi 22 octobre. | REUTERS/DAVID GRAY

REUTERS/DAVID GRAY
Forte de 9 membres, la nouvelle direction restreinte du Parti communiste chinois a été présentée lundi 22 octobre.

 

Le chef du Parti communiste chinois, Hu Jintao, est parvenu à renforcer son emprise sur l'appareil durant le 17e congrès du PCC, qui s'est achevé dimanche 21 octobre, mais la distribution des rôles au sein du cénacle recomposé de l'instance suprême du pouvoir - le comité permanent du bureau politique -, annoncée lundi matin, semble démontrer que le numéro un n'a pas été pleinement en mesure d'y imposer ses choix. M. Hu qui, à 64 ans, est également président de la République, a été réélu par ses pairs à la tête du parti pour un nouveau mandat de cinq ans. Il dispose de plus d'alliés que jamais au sein du comité central, composé de 204 membres à plein temps. Ces cinq premières années, le numéro un chinois les a passées à se démarquer de son prédécesseur, Jiang Zemin, forgeant peu à peu son slogan de l'"harmonie sociale" qui consiste à vouloir rééquilibrer, au profit de l'individu, les excès de la croissance d'une Chine emportée dans le tourbillon de sa réussite économique. Ce second quinquennat est, en théorie, destiné à lui permettre de mettre en oeuvre cette philosophie qui a été inscrite dans la Constitution aux côtés des "pensées" de ses aînés, marquant l'empreinte de M. Hu dans l'histoire du PCC.

Mais le numéro un doit désormais diriger dans un contexte où compromis et négociations sont la règle avec les représentants des clans en concurrence. La nouvelle composition du comité permanent du bureau politique, où tout se décide, tendrait à le prouver.

D'abord, M. Hu n'est pas parvenu à réduire cette instance de 9 à 7 personnes, pour limiter la concurrence. Ensuite, à part le premier ministre Wen Jiabao, son allié, M. Hu n'a réussi à imposer, comme nouveau membre, qu'un seul de ses proches, celui qu'il a choisi comme dauphin : Li Keqiang, 52 ans, chef du parti dans la province septentrionale du Liaoning. Et Xi Jinping, secrétaire du parti de Shanghaï, 54 ans, fait une entrée remarquée au sein du même comité. La percée de ces deux poids lourds de la "cinquième génération" est spectaculaire - ils n'étaient même pas membres du bureau politique -, mais celle de M. Xi l'est encore plus : il n'est en poste à Shanghaï que depuis le mois de mars. Et l'on dit qu'il est soutenu par le clan de l'ex-président Jiang Zemin, le vieux rival de Hu Jintao. Selon l'expression chinoise, il y a désormais "deux tigres dans la même montagne". Les deux benjamins du comité pourraient être concurrents pour remplacer M. Hu dans cinq ans.

Quand le secrétaire général a présenté, lundi, ses collègues, deux nouvelles têtes ont attiré l'attention des observateurs : Zhou Yongkang, chef des appareils sécuritaires, et He Guoqiang, responsable de l'organisation du parti, ont été promus pour s'occuper, respectivement, des questions de sécurité et de lutte anticorruption. A noter le départ du vice-président Zheng Qinghong, et celui de la "dame de fer" Wu Yi, vice-premier ministre, qui n'était pas au comité permanent.

Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 23.10.07.

 

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Publié dans Biographies

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