Sindelar, le "Mozart du football"

Publié le par david castel

Sindelar, le "Mozart du football"

Comment parler de notre sport favori, le football, sans évoquer le nom de ce grand, de cet immense joueur qui enchanta les terrains de son art? Il se nomme Matthias Sindelar. Il est autrichien et est encore considéré aujourd’hui comme le plus grand autrichien de ce 20ème siècle. Il est né un 10 janvier 1903 à Kozlau (aujourd’hui situé en République Tchèque) et décédé peu après le début de la seconde guerre mondiale le 23 janvier 1939.

 

 

 

Ses débuts

 

Matthias est issu d’une famille modeste, c’est tout naturellement qu’il commence à taper dans le cuir dans les rues. Il débute sa carrière à l’âge de 15 ans dans le club du Hertha Vienne en 1918, pour rejoindre le prestigieux Austria de Vienne en 1924. Ces 6 premières années seront marquées par une lourde blessure au genou, qui l’obligera par la suite à porter des protections en permanence. Il tourna son jeu vers l’élégance, la technicité, et la beauté. Son physique quelque peu frêle lui vaudra le surnom de l’ «homme de papier». Doté d’une agilité déconcertante, durant chaque match il éliminai ses adversaires par ses coup de pattes magiques.

 

 

 

La consécration

 

Son arrivée en équipe première de l’Austria Vienne sonna comme le début d’une époque dorée pour le club et le joueur aussi d’ailleurs. S’imposant comme le leader naturel de l’équipe, il gagna son premier championnat en 1924 dès son arrivé. Deux ans plus tard il remportera une nouvelle fois cette compétition. Suivi d’une coupe nationale en 1936. L’Austria fut son deuxième et dernier club de sa carrière. Ses deux principaux titres fut les 2 coupes Mitropa remporter en 1933 et 1936. Il est à noter que cette compétition rassemblait les meilleures équipes de l’Europe centrale; elle fut la précurseur des compétitions européennes que l’on connaît de nos jours. Fort de ses succès, certains des meilleurs joueurs du club partiront à la conquête de l’Europe, on pourrait évoquer notamment le gardien Hiden partit faire les beaux jours du RC Paris, d’autres suivront. Ces nouvelles stars prendront, de surcroît, leur retraite internationale. Mais Sindelar restera fidèle à ses couleurs et à son mentor. Une équipe et un club affaiblit, qu’importe lorsque l’on a dans son effectif Sindelar et ses dribbles. En club il remporta 6 coupe d’Autriche ( 1924, 1925, 1926, 1933, 1935, 1936), 2 championnats (1924, 1926), 2 coupes Mitropa (1933, 1936).

 

 

 

Sa carrière internationale

 

La Wunderteam (l’ «équipe merveilleuse»), tel était le nom de l’équipe qui éblouit l’Europe et même le monde de son élégance, loin du jeu brute et virile développé par leur voisin allemand. Cette époque, chaque autrichien la conserve dans un coin de son coeur que l’on soit amateur du ballon rond ou non. Ses débuts sont impressionnants alors qu’ils affrontent la Tchécoslovaquie, "l’homme de papier" marque le but qui donnera la victoire à son équipe (2-1). Il récidiva peu après la débâcle concédée par la Suisse 7 à 1 où il inscriva la bagatelle de 2 buts. Elle était irrésistible: mal en à pris où les écossais décidèrent d’accepter d’affronter ces «amateurs». La Wunderteam, bien qu’elle n’avait pas encore son surnom, humilia les «géants» devant 60 000 supporters. Elle acquis définitivement sa réputation lors d’un match face à l’Allemagne à Berlin, Hugo Meisl et ses hommes, avec le statut d’outsider, Sindelar ouvrit la marque, lui et ses équipiers en inscriront 4 autres, fort de ce succès qui sera encensé par la presse, la Mannschaft demanda revanche et revanche il y eut, un nouveau 5 à 0 concédé cette fois-ci à Vienne dans l’antre des rouges et blancs. Irrémédiablement elle était la meilleure. Prémisse d’un règne annoncé, 4 longues et merveilleuses années de domination, 101 buts inscrit, 28 victoires pour seulement 3 défaites. Il fera parler de lui en 1934, en effet un évènement mondial se prépare: la coupe du monde en Italie. Ils échouèrent, hélas, avec le peu de participants à l’époque on joua directement les 8ème de final. Aux autrichiens de s’illustrer en éliminant la France 3-2, ce fut ensuite à la Hongrie de plier bagages 2-1. Le 3 juin, les rouge et blanc affronta la terrible équipe du Duce, l’Italie, menée par de pur talent tel Meazza, Ferrari, ou encore Orsi. Elle perdra par le plus petit des écarts 1-0. Cerise sur le gâteau lorsqu’elle ne parvint pas à accrocher la troisième place face aux allemands 3-2. 1936 se tiennent les Jeux Olympiques à Berlin, montrera le génie des autrichiens qui s’inclinèrent en final mais contribuera au bon classement de la nation (11ème). L’Italie mis une nouvelle fois à terre l’Autriche, comme si le destin devait se répéter. La mort de Hugo Meisl plonge le «Mozart» du football dans une profonde déprime.

L’année 1938, voit s’affronter l’Autriche face à l’Allemagne nazi, une victoire comme un symbole, une des dernières de la grande époque, alors que les nazis leurs avaient interdit de marquer. Le 13 mars 1938, sonna la fin de la Wunderteam, disparu tout comme l’Autriche lors de l’Anschluss, l’annexion de la nation approuvé par référendum truquée par 99% des autrichiens. Hitler prend le pouvoir. Les meilleurs autrichiens, sauf un Homme, rejoignirent l’équipe d’Allemagne. Avec ses origines juives, il fut considéré comme dangereux par la gestapo et politiquement incorrect, Résistant sportif dans un contexte politique difficile, il ne participa pas à la coupe du monde 1938 prétextant de multiples blessures. L’Autriche n’existait plus, sa sélection non plus. Cette sélection qui avait, pendant ce temps, été l’une des meilleures nations du monde, malgré ses exploits en coupe du monde, ses victoires incroyables, et ce match en1932, en Angleterre, où ces derniers connaîtront probablement leur plus grosse frayeur avec un score de 4-3. Il marque 27 buts en 44 sélections. Son palmarès international fut marqué par la demi-final de la coupe du monde 1934 (4ème) ainsi qu’une Coupe Internationale en 1932 (précurseur du Championnat d’Europe des Nations) devant l’Italie.

 

 

 

Son décès

 

Sindelar mis fin à ses jours dans un hôtel avec sa compagne le 23 janvier (ou 22 selon d’autres sources), on parla de suicide (officiellement) au monoxyde de carbone mais aussi de meurtre à la vue de ses positions anti-nazi et ses origines. Complot, suicide, meurtre, qu’importe un pays tout entier qui après subit l’annexion pleurait son héros. Le «Mozart du Football» s’est éteint. A seulement 36 ans. Pas moins de 15 000 à 20 000 personnes seront présentes pour saluer une dernière fois la légende. Un autre génie, poète celui-la, accompagnera également son compatriote dans sa dernière demeure. Ecrivant un poème Auf den Tod eines Fußballers (À propos de la mort d’un footballeur), Friedrich Torberg créditait la thèse du meurtre. L’homme de papier connu une fin tragique. Aujourd’hui encore, chaque année, comme un rituel, footballeurs anciens et actuels viennent rendre un hommage à celui qui fut l’un des précurseurs du beau jeu.

 

Voilà l’histoire d’une légende, un joueur hors pair, un palmarès pourtant indigne de l’homme. Quelqu’un tombé à la mauvaise époque, un talent reconnu qui aurait pu, s’il avait joué 30 à 40 plus tard jouer, obtenir beaucoup plus de reconnaissance.

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Publié dans Biographies

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