Comédie-champagne avec noeud-papillon
Comédie-champagne avec noeud-papillonde Ernst Lubitsch
avec Jeanette MacDonald, Maurice Chevalier
BAC Vidéo 2007 / 21.99 € - 144.03 ffr.
Durée film 75 mn.
Classification : Tous publics
Sortie Cinéma, Pays : 1932, Etats-Unis
Sortie DVD : Juillet 2007
Version : 1 DVD 9/Zone 2
Format vidéo : 4/3
Format image : 1.33 (noir & blanc)
Format audio : Anglais (Dolby Digital 2.0 mono)
Sous-titres : Français
Bonus :
- Galerie photos
- Bande annonce
Version remasterisée
L'auteur du compte rendu : Scénariste, cinéaste, Yannick Rolandeau est l’auteur de Le Cinéma de Woody Allen (Aléas) et collabore à la revue littéraire L'Atelier du roman (Flammarion-Boréal) où écrivent, entre autres, des personnalités comme Milan Kundera, Benoît Duteurtre et Arrabal.
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Voilà un film qui, sans jamais être explicite ou cru, ne parle que de sexe ou presque ! Les allusions sont pourtant nombreuses et audacieuses. Nous sommes au début du printemps et à Paris. Un commissaire s'insurge que les couples désertent les magasins pour envahir et prendre du bon temps dans les parcs et les jardins publics ! L'économie risque de s'effondrer, quoi ! C'est intolérable ! Et hop, voilà que des policiers débarquent dans un parc à la nuit tombée pour "faire le ménage" ! L'un d'eux tombe sur un couple, le docteur André Bertier (Maurice Chevalier) et Colette (Jeanette MacDonald) mais celui-ci assure qu'il est marié et bien marié. Comme on les force à partir, le couple conclut en se regardant amoureusement qu'il ne reste plus qu'à aller... au lit ! Et ce n'est pas fini !
Dans l'appartement, André et Colette ne cachent pas ce qu'ils vont faire et André n'hésite d'ailleurs pas à s'adresser à la caméra pour nous entretenir deux secondes de la chose... Et ce n'est pas encore fini ! Le lendemain, André dans un taxi fait la connaissance d'une jeune femme qui tente de le séduire. C'est assez clair là aussi. André refuse, prétextant qu'il est un homme respectable ! Sauf que cette jeune femme est Mitzi, l'amie de la femme d'André. Et Colette vient précisément d'inviter son amie Mitzi chez elle. Et qu'est-ce que trouve André en rentrant chez lui : Mitzi avec Colette en train de discuter ! Vous voyez où tout cela nous mène ? Saura-t-il résister à la tentation ? Les hommes sont-ils aussi faibles ? La chair l'est-elle réellement ? Du moins, c'est bien connu, la femme ou le mari de nos ami(e)s est si désirable... parce qu'on ne l'a précisément pas !
Décidément, les Français aux Etats-Unis ont une sacrée réputation ! Du moins en 1932, déjà, mais aujourd'hui encore si l'on se rappelle ce que fait dire Woody Allen dans Harry dans tous ses états à l'un de ses personnages dont la soeur lui reproche de n'être que nihilisme, cynisme, sarcasme et orgasme : "En France, je serais élu sur ce slogan !"
Les réalisateurs de cette comédie sont connus : Ernst Lubitsch (1892-1947) est comme on le sait l'auteur impérissable de Le Ciel peut attendre(1943), To be or not to be(1942), The Shop Around the Corner (1940), Ninotchka (1939), Haute pègre(1932). George Cukor (1899-1983) a quant à lui réalisé des films célèbres comme Une étoile est née (1954), Hantise(1944), Indiscrétions (1940) ou My Fair Lady(1964). Voir ces deux grands noms du cinéma à la réalisation suscite tout d'abord l'intérêt. En fait, Ernst Lubitsch devait seulement produire Une Heure près de toi dont la réalisation avait été confiée à George Cukor. Mais les tensions entre ce dernier et l’acteur principal, Maurice Chevalier, contraignirent Lubitsch à reprendre les rennes, créditant les deux hommes à la réalisation. Une autre version dit que, mécontent des premiers rushes, Lubitsch reprit finalement la direction du film, auquel il apporta son inégalable «Lubitsch touch».
Le film est un "remake" des Comédiennes (The Marriage Circle), tourné par Lubitsch en 1924, et il serait intéressant d'en faire la comparaison. Toutefois, cette comédie musicale sera nominée aux Oscars dans la catégorie Meilleur film en 1932. Elle est l'adaptation par Samson Raphaelson d'une pièce de Lothar Schmidt. En 75 minutes, le film tente de vous faire tourner la tête. Il y parvient, même si le rythme ralentit dans la seconde partie, reflet peut-être des problèmes de réalisation qui se sont posés pendant le tournage. Pour ce vaudeville chantant, où couplets chantés et dialogues musicaux sont lancés dans une valse de désirs et de quiproquos, Ernst Lubitsch (plutôt que George Cukor au vu du ton guilleret adopté) ruse avec la censure de l'époque en distillant, par des allusions malicieuses, sexe et adultère dans une vie de couple bien rangée. Vieux thème de la pérennité de l'amour dans le mariage face à la transgression et l'interdit que représente l'adultère, et qui trouvera son aboutissement cinématographique avec Sept ans de réflexion de Billy Wilder (1955) avec Marilyn Monroe (le titre original était plus suggestif concernant le sujet : The Seven Year Itch - la démangeaison de la septième année).
Dans cette comédie-champagne, la charmante Jeanette MacDonald est excellente, vive et pétillante à souhait. Elle tire remarquablement son épingle du jeu. Elle avait joué dans The Love Parade (1929) et Monte Carlo (1930) de Ernst Lubitsch, Let's Go Native de Leo Mc Carey (1930), Love Me Tonight (1932) de Rouben Mamoulian et jouera encore avec Maurice Chevalier dans La Veuve joyeuse de Ernst Lubitsch en 1934. Or le vrai problème de cette comédie est précisément Maurice Chevalier, acteur à la diction pénible, à l'accent exécrable et incapable d'interpréter quoi que ce soit de crédible tellement son débit est mécanique. Les apartés qu'il adresse à la caméra sont eux aussi trop explicatifs en plus de casser l'action et de briser le rythme intime de la narration. Ce choix est étonnant au niveau du scénario.
Le film possède malgré tout un grand charme, sorte de verre de champagne que les chansons jazzy comme One Hour with You écrite par Richard A. Whiting et Leo Robin ne font qu'accentuer. Chose que les cinéastes américains savaient réussir même avec quelques ratés. Détail amusant à l'époque, un homme qui a son noeud papillon défait à une soirée est un homme qui a fauté ou en passe de faire une grosse bêtise...
Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 20/07/2007 )
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