Y a-t-il des droits acquis historiques?
| Y a-t-il des droits acquis historiques? -- Vina BALLGOBIN Certains disent que « l’Etat doit cesser d’intervenir dans beaucoup de domaines où il n’a rien à faire ». Cette requête des capitalistes est-elle acceptable dans une République?
1. Liberté d’expression dans une République Il est possible de comprendre ceux qui sous-estiment la force démocratique de la République de Maurice et qui avancent de tels propos. A chaque époque, lors de la restructuration du système politique, économique et social et la refonte des institutions républicaines, il a existé ceux qui ont revendiqué des « droits historiques acquis ». Rien de nouveau sous le soleil ! Si l’on fait tant de tapage médiatique à Maurice, c’est uniquement parce que nous sommes encore dans une première phase de notre décolonisation ! Alors ceux qui bénéficient depuis des générations de « droits acquis » ont besoin de faire entendre leur voix. Ils ont même le droit de demander que tout continue comme avant. Mais, de leur côté, il faudra qu’ils acceptent d’avoir des adversaires qui sont contre leurs propositions. Il faudra qu’ils nous expliquent comment et pourquoi leur système est meilleur avec des preuves concrètes à l’appui !
2. Limites de la liberté économique dans une République Concrètement, faut-il laisser une partie du pouvoir décisionnel aux capitalistes ? Quelle seraient les limites de cette liberté économique et la marge de manœuvre des capitalistes? Tant que le débat restera au niveau des généralités et des accusations gratuites, le citoyen ordinaire sait que la « réforme juste » doit continuer. De plus, les citoyens ordinaires peuvent aussi s’inquiéter car ils connaissent bien ceux qui sont cachés dans l’ombre et attendent le bon moment pour mettre le grappin sur toutes les ressources naturelles et patrimoniales qui reviennent de droit à la population de Maurice, particulièrement aux « ti-dimounn ». Il y a ceux qui rêvent jour et nuit que la vallée de Ferney redevienne un domaine totalement privé… Et que la montagne du Morne Brabant devienne une propriété privée… Et il y a les nostalgiques de l’Afrique du Sud apartheid qui caressent le doux rêve de contrôler totalement le patrimoine naturel et culturel de la République de Maurice… Puis il y a ceux qui visionnent l’Histoire de l’esclavage à leur manière et qui voudraient modeler notre conception du monde…
Un peu d’histoire ! Revenons brièvement sur ce qui se passe en France lors du passage de la Première à la Troisième République. L’Etat est au service de la démocratie et elle lutte en permanence contre toutes les difficultés qui proviennent des différentes forces traditionnelles du pays : l’Eglise et la Monarchie veulent préserver des droits acquis historiques. Après plusieurs discussions, débats et révolutions populaires, les lois sont acceptées et votées jusqu’au point de mettre un terme à la tradition monarchique ! L’absolutisme est renversé au nom de la souveraineté du peuple. Et c’est la fin de la « noblesse historique » ! Cette époque connaît le combat pour l’égalité sociale et l’on vise bien entendu cette noblesse historique, bourrée de privilèges et qui ne veut toujours rien perdre de ce pouvoir d’antan. Il faut quelques révoltes du petit peuple des villes et des campagnes avec l’appui des bourgeois pour révolutionner le système. Dans le même temps, les Révolutionnaires s’attèlent à fonder l’unité territoriale, ils tendent à consolider l’unité de la nation, et ils apportent une nouvelle définition du patriotisme où il y a ni « droit historique » ni « privilège historique ». En 1848, la crise financière, économique, morale et sociale perturbe les citoyens. En même temps, il y a la naissance du suffrage universel, le droit de s’exprimer… Il faut encore la colère des ouvriers en milieu urbain pour dénoncer leurs conditions de travail alors que les capitalistes, ces riches industriels, s’inquiètent du climat social peu propice pour leurs affaires commerciales. (Entendez pour s’enrichir de manière égoïste. D’ailleurs, ils n’ont pas beaucoup changé depuis ce temps !) Une fois encore, les richissimes créatures sont affligées de la politique d’ouverture… C’est même inadmissible, disent-ils ! De 1852 à 1870, c’est Napoléon III qui décide de moderniser la France. Il agit pour que désormais l’Etat légifère et décide des nouvelles orientations pour moderniser la France. La « noblesse historique », elle, doit rester à la place qui lui est attribuée : son opinion ne compte plus. Elle n’est plus importante dans la République de tous les citoyens car sa voix est minoritaire.
Et à Maurice ? Pour l’instant, une chose est sûre : il n’y a rien à comparer entre la Première République de Maurice sous le PM et la Cinquième République du nouveau Président Sarkozy ! De grâce, arrêtons ces comparaisons gratuites et vides de sens ! Il ne s’agit pas non plus d’imiter la façon de faire des Français et de leurs dirigeants. Aujourd’hui, nous n’avons pas besoin non plus de suivre aveuglément le diktat du FMI et de la Banque mondiale, ces institutions pro-capitalistes par excellence ! La vérité, c’est que nous, les Mauriciens, avons assez d’intelligence académique et sociale pour enclencher une réforme juste. Toutefois, la modernisation de la République de Maurice ne peut pas avoir lieu dans un climat de tabous, de silences, de non-dits…et encore moins de contre-vérités, de vérités virtuelles, d’une construction erronée de notre Histoire, dans la stricte volonté de perversion des valeurs républicaines. Ce n’est pas ça la démocratie ! Notre pays est de petite dimension et aujourd’hui, la société civile sait presque tout de ce qu’elle doit savoir. Le PM n’a surpris personne quand il a parlé du « tablissement offert à son père » Les citoyens en savent bien plus que cela et nous avons assez d’informations pour évaluer la moralité, l’efficience et la productivité de chaque partie : le secteur public et le secteur privé. Les citoyens ordinaires retiennent bien les stratégies utilisées par certains pour que notre pays reste corrompu en permanence. Nous avons entendu parler de bien des conciliabules entre les deux parties … Il n’est plus question de rester une République de pacotille, avec ces idées et ces stratégies vieilles du 18e siècle! Le temps de la décolonisation des esprits et des mentalités est déjà arrivé. Par conséquent, ceux qui ont une vision pour la Deuxième République ont le devoir de maintenir la machinerie de la réforme socio-économique en marche. Que tous ceux qui sont pour le maintien des « privilèges historiques » viennent de l’avant avec leurs idées fondées sur des faits et des chiffres ! Expliquez-nous pourquoi certains citoyens de la République de Maurice au 21e siècle doivent avoir plus de droits que les autres si ce n’est pas au nom de privilèges datant de l’époque coloniale! Bref, chacun devrait pouvoir se positionner dans ce débat de la plus haute importance avec sérieux et dignité. Ouvrons le débat d’idées pour savoir si la classe populaire doit s’enrichir ou si les capitalistes doivent s’appauvrir. Arrêtons donc de faire des souhaits virtuels pour un débat d’idées localement et entamons cette « réforme juste » le plus rapidement possible.
Où en est-on avec la Deuxième République ? En France, Sarkozy n’a pas hérité de la Première République mais de la Cinquième République. Beaucoup d’encre a coulé avant que ce pays ne devienne ce modèle de grande démocratie où le débat Sarkozy-Royal était attendu et suivi dans le monde entier. N’oublions pas qu’un des points discutés concernait le passage de la Cinquième à la Sixième République. Ce pays en est arrivé là, parce que cela fait longtemps que la France a accepté la fin des « droits acquis historiques », qu’elle a réformé ses institutions plusieurs fois en tenant compte des attentes et des revendications de la majorité de la population française! Cela fait longtemps que la France ne classe plus sa population en « gens intelligents » d’un côté et les « intellectuellement limités » de l’autre. La France ne divise pas sa population en fonction du taux de mélanine dans le corps de chacun… Quant aux Mauriciens, nous sommes encore à notre Première République. Et nous demandons que le système soit revu de fond en comble selon des paramètres modernes dans lesquels fonctionnent les grandes démocraties. C’est le droit le plus absolu des citoyens mauriciens. Quant au PM mauricien, lui, il a été élu essentiellement sur la base d’une réforme du système socio-économique. Vina BALLGOBIN |
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