Nicolas Sarkozy minimise les propos de Brice Hortefeux sur la proportionnelle
"Sans abandonner le scrutin majoritaire, pourquoi ne pas réfléchir à l'introduction, dans le mode de désignation des parlementaires, d'une dose de proportionnelle?" déclare-t-il en précisant que cela peut concerner le Sénat, ce qui déjà figure dans le projet du candidat de l'UMP à l'élection présidentielle, mais aussi, nouvel élément, "l'Assemblée nationale". Faut-il voir dans cette déclaration un énième signe en direction du Front national qui, dépourvue de représentation parlementaire alors que son représentant figurait au second tour de la présidentielle de 2002, a toujours demandé un mode de scrutin proportionnel pour les élections législatives? "Ce n'est pas le sujet" explique M. Hortefeux qui estime que "la question est de savoir si nous souhaitons ou pas que le Parlement soit un lieu moderne d'expression démocratique qui conjugue efficacité et représentativité".
"Une formation importante, dès lors qu'elle est légale, doit pouvoir y participer" insiste-t-il. Interrogé par Le Monde il a précisé vouloir "oxygéner la démocratie". "Si c'est un signal au FN, ça l'est tout autant en direction de l'UDF" dit-il en soulignant qu'il s'agit là "d'une demande de tous les partis politiques".
Il est vrai que ce changement de scrutin, s'il était effectif, favoriserait également d'autres partis, l'extrême gauche, mais aussi l'UDF de François Bayrou dont Nicolas Sarkozy cherche également à ménager les électeurs dans l'optique du second tour. Il n'a ainsi pas exclu dans un entretien au Figaro Magazine de samedi 21 avril d'inclure "des UDF" dans son équipe gouvernementale s'il était élu. Depuis le début de la campagne certains députés de l'UMP ne cachaient pas que cette question de mode de scrutin devrait être abordée avant le 6 mai. Elle était le plus souvent présentée comme une monnaie d'échange en cas de tractations entre les deux tours avec le président de l'UDF qui lui prévoit de porter le seuil de la proportionnelle à 50%.
"RÉFLEXION PERSONNELLE"
Reste à savoir quel est le statut de cet entretien. S'agit-il d'une position personnelle de M. Hortefeux ou d'un ballon d'essai? Les portes parole de Nicolas Sarkozy ont vendredi 13 au matin envoyé un communiqué pour préciser que la proposition de M. Hortefeux "n'exprime qu'une réflexion personnelle" et qu'elle "n'engage en aucune façon le candidat Nicolas Sarkozy". Le communiqué ne condamne toute fois pas la proposition elle-même., qui suscite "le désaccord total" de François Fillon. Dans son entretien au Figaro, M. Hortefeux dit : "Ce n'est pas une décision, mais une réflexion qui suppose de prendre du temps." "C'est un ballon d'essai (…) J'avance, je vois si on me tombe dessus et après on ajuste" a toutefois confié M. Hortefeux, jeudi 12 avril, à la journaliste du Monde qui l'accompagnait dans l'avion privé le conduisant à une réunion publique, à Limoges. Ce n'est pas la première fois lance ainsi des perches en direction du Front national. On se souvient qu'en novembre c'est déjà lui qui avait encouragé les élus de l'UMP à parrainer Jean-Marie Le Pen alors en mal de signatures. Quelques mois plus tard, il était suivi par Nicolas Sarkozy trouvant anormal que Jean-Marie Le Pen, mais aussi le représentant de la LCR, Olivier Besancenot, ne puissent se présenter en 2007.
Brice Hortefeux se fait très précis dans sa proposition de réforme de mode de scrutin. Il explique ainsi que la proportionnelle pourrait concerner "une soixantaine de députés, sur 577 au total" et que "si le système fonctionne, ce quota pourra être progressivement augmenté". De même envisage-t-il cette réforme "pour la fin de la prochaine législature, en 2012" et explique qu'elle "pourrait être couplée avec le redécoupage des circonscriptions électorales, qui n'ont pas été modifiées depuis 1986".
Invité de RTL vendredi matin, Jean-Marie Le Pen a ironisé "cela permettrait au FN d'avoir dix députés sur 577. Ce sont les miettes que l'on donne en fin de campagne électorale pour essayer de faire croire qu'on n'est pas ce qu'on est". François Bayrou a déclaré vendredi sur France 2 qu'"il est possible que se greffent des intentions mystérieuses ou de clins d'yeux dont toute la presse parle et que je n'ai pas à commenter davantage". Selon lui le plus important ce sont les "signes", les "affirmations qui montrent que Nicolas Sarkozy a décidé au premier tour de se rapprocher du FN".
"C'est un ballon d'essai (...) J'avance, je vois si on me tombe dessus et après on ajuste", expliquait au Monde, Brice Hortefeux, jeudi. Un test qui n'a pas visiblement pas convaincu Marine Le Pen : "C'est extrêmement méprisant à l'égard des millions d'électeurs du FN" de leur dire "on va vous donner quelques sièges de députés", a déclaré vendredi à l'AFP la directrice stratégique de la campagne de Jean-Marie Le Pen."Ils ne vont pas amadouer les électeurs du FN en leur accordant une demi-douzaine" de sièges à l'Assemblée, a-t-elle ajouté.
Dans une atmosphère silencieuse et tendue, le candidat de l'UMP a fait feu sur ce fidèle qui se voyait déjà dans les habits d'un ministre de l'intérieur : "C'est intolérable ! Il ne se rend pas compte de ce qu'il fait. Il y aura de grosses déceptions à l'arrivée." Plus cassant, il lance : "Je l'ai trop gavé, maintenant, il fait n'importe quoi ! Ce n'est pas lui qui est candidat, c'est moi !" Auparavant, raconte un témoin, il avait exigé un démenti "très dur" à la proposition du ministre délégué aux collectivités locales. Un premier jet, rédigé par un conseiller technique a été jugé trop alambiqué. Finalement Claude Guéant, son directeur de cabinet, a été personnellement chargé de mettre au point la version définitive.
Pour le candidat, les propos de son ami tombent mal. Ils interviennent au moment où M. Sarkozy pensait, en durcissant son discours, avoir fait le maximum pour s'attirer les bonnes grâces des électeurs du Front national. Débattue en août 2006, la question des modes de scrutin avait été tranchée à l'automne en faveur d'une dose de proportionnelle au Sénat. Mais des aménagements pouvaient encore survenir en cas de négociations avec l'UDF. "Les électeurs du Front s'en tapent de la proportionnelle, enrage un député. Ce qui pouvait être un moyen d'amadouer les centristes se transforme en combine pour acheter le FN." Une cartouche tirée pour rien.
Dans l'entourage de M. Sarkozy, où les rivalités sont exacerbées, la mauvaise fortune de M. Hortefeux a aussitôt été relayée. Ses concurrents dénigrent à loisir sa propension à "vouloir parler au nom du candidat" et "son envie d'exister". Déjà, la décision de M. Sarkozy de fondre les réunions de députés, dont M. Hortefeux était chargé au début de la campagne, en une seule instance confiée à François Fillon, avait été interprétée comme un signe de disgrâce. "Brice est un gros jaloux", avait lâché le candidat de l'UMP quand on lui avait rapporté les états d'âme de son conseiller.
"CHERCHER LES ÉLECTEURS UN PAR UN"
Mais vendredi soir, en visite à Meaux (Seine-et-Marne), M. Sarkozy n'a pas condamné officiellement son conseiller. "Chacun a le droit de dire ce qu'il veut, a-t-il admis. Ce n'est pas aux autres de donner des leçons. C'est le PS qui a fait entrer le FN à l'Assemblée et l'UDF qui propose un scrutin proportionnel à 50 %."Lors de son meeting, il s'est appliqué à durcir le ton vis-à-vis du président du FN : "Je ne veux pas de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour", a-t-il lancé. Mais il n'a pas renoncé à séduire ses électeurs : "Si quelqu'un qui a voté Le Pen, on ne peut pas le convaincre, il n'y a qu'à lui interdire de voter. Si un présentateur de télévision a le droit de parler à tout le monde, si un journal a le droit de s'adresser à tous ses lecteurs, pourquoi moi, je n'aurais pas le droit de parler à des gens qui étaient nos électeurs. J'irai chercher les électeurs un par un. Leur voix, elle ne sert à rien si elle se porte sur Le Pen."
Le candidat de l'UMP revient en banlieue pour débattre
"Kärcher", "racailles", "moutons égorgés dans la baignoire", "discrimination positive" : Nicolas Sarkozy a dialogué pendant une heure, vendredi 13 avril, avec plus d'une centaine d'habitants d'une cité de Meaux, dans un climat parfois tendu. Le candidat a évoqué son projet de "plan Marshall II" pour les banlieues - un plan de formation rémunérée et en alternance pour 250 000 jeunes des quelque 750 quartiers les plus défavorisés de France. Il a promis une première application le 1er janvier 2008. - (AFP.)