Le débat sur la proportionnelle enflamme la campagne
CHARLES JAIGU.
Publié le 14 avril 2007
Actualisé le 14 avril 2007 : 21h00
Le PS et l'UDF accusent l'UMP de connivence avec le FN.
HIER, Brice Hortefeux a sorti son armure pour se protéger contre les flèches. Le ministre délégué aux Collectivités territoriales a en effet lancé l'idée, dans Le Figaro, d'instiller une « dose de proportionnelle » pour les législatives de 2012 ( nos éditions d'hier). L'idée n'a rien de neuf. Elle relève plutôt du serpent de mer. Mais c'est un sujet particulièrement sensible à l'UMP, où tous redoutent le procès en connivence avec le FN.Cela n'a pas manqué, en effet. Ségolène Royal a immédiatement accusé Nicolas Sarkozy de vouloir « négocier en douce avec le Front national ». Jack Lang, porte-parole de la candidate, s'est interrogé : « Hier, c'était l'appui apporté aux signatures ; aujourd'hui, c'est un clin d'oeil à propos de la proportionnelle », a-t-il noté. François Bayrou a dénoncé « les dérapages contrôlés et multipliés » de Nicolas Sarkozy pour « se rapprocher du Front national ». Dominique Voynet s'est elle aussi inquiétée des « connivences appuyées » entre le FN et l'UMP.
Des attaques de portée tactique car, sur le fond, la proposition de Brice Hortefeux ne peut guère choquer le PS, qui veut ouvrir le Parlement à 60, voire 80 députés élus à la proportionnelle. Ou François Bayrou, qui souhaite que 50 % des députés soient élus ainsi. Même chose pour les Verts ou l'ensemble des petites formations, qui réclament toutes la proportionnelle intégrale.
Un quota «pour les farfelus»
L'UMP est, en revanche, plus embarrassée. Le communiqué très sec des porte-parole de Nicolas Sarkozy, Xavier Bertrand et Rachida Dati, en dit long sur l'humeur du candidat qui ne veut surtout pas être la cible d'un procès en « arrangements électoraux ». Selon ce communiqué, la proposition de Brice Hortefeux « n'exprime qu'une réflexion personnelle. Elle n'engage en aucune façon le candidat Nicolas Sarkozy ». Tout aussi gêné, le député UMP Dominique Paillé qui se dit « contre toute déclaration qui pourrait laisser supposer que nous regardons du côté du FN ». Hortefeux se retrouve donc minoritaire à l'intérieur de son parti. Le député UMP Yves Jego est l'un de ceux qui le soutiennent, rappelant qu'il avait « déposé une proposition de loi sur ce sujet en 2005 ». « Une telle proposition démontre-t-elle que nous sommes en connivence avec le FN, ou avec l'UDF, et les Verts ? », s'étonne-t-il.
« La vraie question est celle de la dose de proportionnelle. Celle que propose Hortefeux est homéopathique. Tant que l'on a une majorité claire pour gouverner, cela me semble une bonne idée », explique le sénateur Gérard Longuet, conseiller politique de Nicolas Sarkozy. En proposant d'ouvrir l'Hémicycle du Palais Bourbon à 60 députés sur 577, soit moins de 8 % des députés, l'ami de Sarkozy est resté prudent. Une façon de réserver un quota « pour les farfelus » de la société politique française, sourit un autre élu UMP. Selon Gérard Longuet, « si Nicolas Sarkozy veut remettre le Parlement au coeur de la vie politique, il faut que l'ensemble des électeurs soient représentés ». Il juge même, contrairement à un certain nombre d'élus dans l'entourage de Nicolas Sarkozy, que c'est « une bonne chose d'en avoir parlé avant le premier tour, cela nous débarrasse des attaques entre les deux tours ».
Car, au QG de campagne de Sarkozy, certains se disaient prêts, en cas d'échec de Bayrou au premier tour, à offrir une « dose de proportionnelle » à l'UDF au soir du premier tour, pour négocier son soutien au candidat Sarkozy. C'est l'une des exigences prioritaires du parti centriste - bien plus d'ailleurs que du FN. Mais François Bayrou a déjà dit, hier, qu'il ne faudrait pas qu'une dose, mais une « présence importante », de la proportionnelle.
L'UDF Gilles de Robien, soutien récent de Sarkozy, connu pour ses combats contre le FN, est de ceux qui appuient l'initiative d'Hortefeux : « Je souhaite que la démocratie s'exprime dans sa pluralité, mais je préfère qu'elle se fasse dans le cadre des institutions plutôt que dans la rue », dit-il, en ajoutant qu'il souhaiterait, pour sa part, qu'entre 10% et 20 % des députés soient élus à la proportionnelle.
Demain soir, lorsque Sarkozy réunira une partie de ses conseillers pour parler de « l'après », le sujet sera sur la table.
Proportionnelle: petits jeux à l'UMP
Sarkozy qualifie de «personnelles» les propositions d'Hortefeux, son bras droit.
Par Antoine GUIRAL
QUOTIDIEN : samedi 14 avril 2007
A dix jours du premier tour d'une élection présidentielle, rien n'est innocent. Surtout avec des politiques aussi chevronnés que les compères Sarkozy-Hortefeux et leurs quelque 35 années d'amitié au compteur. Reprenons les faits : vendredi, dans un entretien au Figaro , le ministre aux Collectivités territoriales et bras droit du patron de l'UMP, Brice Hortefeux, propose de «réfléchir» à l'instauration d'une dose de proportionnelle aux élections législatives à l'horizon 2012 ( Libération d'hier). Et vendredi soir, Nicolas Sarkozy corrige son fidèle lieutenant en déclarant, lors d'une réunion à Meaux (Seine-et-Marne) qu'il ne se sent «absolument pas engagé» par ces déclarations.
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Le problème est que la proportionnelle est une vieille revendication du Front national, qui n'a aucun élu à l'Assemblée nationale ou au Sénat. On ne saurait donc mieux poser un jalon pour tenter d'amadouer le moment venu les électeurs, voire l'appareil du parti frontiste... A peine déclenchée, l'opération Hortefeux a provoqué un déluge de réactions hostiles.
Pourtant, hormis l'UMP, les principaux candidats (Royal et Bayrou en tête) proposent tous dans leur programme l'instillation d'une dose de proportionnelle aux législatives. Ironie de l'histoire, c'est au FN coeur de cible de cette annonce que la sortie d'Hortefeux a été la plus contre-productive (lire ci dessous).
«Ami de toujours». Dans un mélange d'humour et de cynisme, même le QG de campagne de Nicolas Sarkozy avait cru bon dans la journée de se fendre d'un communiqué pour assurer que la déclaration de Brice Hortefeux «n'exprime qu'une réflexion personnelle». Reste que la question de la proportionnelle divise l'UMP. Alain Juppé ne rejette pas totalement la proposition d'Hortefeux. «S'il s'agit d'une petite dose de proportionnelle, touchant par exemple une soixantaine de sièges, pourquoi pas, affirme-t-il dans le Figaro. Mais ce sujet mérite une réflexion apaisée. Je ne suis pas certain que la période actuelle s'y prête.»
Dans l'équipe de Sarkozy, certains estiment qu'il était nécessaire d'envoyer un signal d'ouverture à toutes les formations politiques, de l'extrême droite à l'extrême gauche, mais aussi à l'UDF, avant le premier tour. D'autres ne veulent pas en entendre parler et jugeaient vendredi, comme ce très proche de Nicolas Sarkozy, qu' «Hortefeux a fait ça pour se remettre dans le jeu et montrer qu'il n'est pas en disgrâce». Au QG, certains assurent que «l'ami de toujours» vivrait assez mal l'ascension des «convertis de la dernière heure» au sarkozysme qui, tel François Fillon, jouent les premiers rôles auprès du boss.
«Dérapages». Pour se défendre, Brice Hortefeux rappelle qu'il a déjà signé une tribune en 2002 pour qu'une dose de proportionnelle soit instaurée. «La campagne doit servir à débattre, se justifiait-il vendredi sans démentir que son coup de sonde est destiné à tester les réactions. C'est mieux de le dire avant le premier tour qu'entre les deux tours, non ?» Et d'assurer que son rôle est de «prendre les coups» à la place de Nicolas Sarkozy.
Dans ce domaine, il a été servi à la hauteur de ses espérances. Vendredi, depuis Belfort, Ségolène Royal a accusé l'UMP de «commencer à négocier en douce avec le Front national». François Bayrou a, lui, souligné «les dérapages contrôlés et multipliés de Nicolas Sarkozy» en direction du FN. Il a fait état «d'énormément de signes, énormément d'affirmations qui montrent qu'il a décidé d'aller au premier tour se rapprocher du FN». Dernier élément à charge en date selon le centriste : que le candidat UMP ait «le besoin de dire» qu'il ne nommera pas de ministres FN «prouve qu'il y a des arrière-pensées» . Mises bout à bout, toutes ces «coïncidences assez troublantes» relevées par la candidate des Verts, Dominique Voynet, commencent surtout à ressembler à une tactique de diversion.
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