Un mode de scrutin très répandu en Europe, défendu par tous les partis sauf l'UMP
être ouverte : "Notre démocratie gagnerait à permettre à nos compatriotes qui votent en faveur des partis protestataires d'être représentés au Parlement", déclarait-il, en avril 2006, lors de la convention sur les institutions de son parti. Son projet se contente de mentionner "une dose de proportionnelle au Sénat".
Ségolène Royal, la candidate du PS, souhaite l'introduction d'une dose de proportionnelle aux élections législatives : 120 députés, selon le projet du PS, ou 80, avec un passage du nombre
total de députés à environ 600, selon les propositions de Jean-Pierre Bel, président du groupe socialiste au Sénat, et auteur d'un rapport remis à la candidate, en février.
François Bayrou plaide pour une nouvelle loi électorale aux élections législatives afin que 50% des députés soient élus au scrutin majoritaire et 50% à la proportionnelle, avec une barre à 5% des voix.
Les Verts proposent un système mixte, inspiré du système en vigueur en Allemagne. L'électeur disposerait de deux voix lors du premier tour : une pour voter en faveur d'un candidat sur sa circonscription, l'autre pour voter en faveur d'une liste nationale d'un parti. Les sénateurs seraient élus à la proportionnelle de liste, dans le cadre régional.
Le Front national, comme les petites formations, de la LCR au Parti communiste, en passant
par José Bové, réclame la proportionnelle intégrale à toutes les élections.
En Italie, les électeurs désignent leurs représentants à la proportionnelle, avec un système de prime au gagnant différent pour la chambre des députés et le sénat. Le seuil d'éligibilité est également différent pour les deux Assemblées. En Belgique, les électeurs votent pour un parti
tout en indiquant leurs candidats de préférence sur la liste qu'il présente. Ceux qui ont obtenu le plus de voix sont ainsi choisis en priorité. Dans les pays où la liste est "bloquée", les élus sont désignés conformément à leur ordre d'apparition dans la liste, le choix étant imposé par le parti.
En Allemagne, les sièges sont répartis entre les partis ayant obtenu plus de 5% des voix, à la proportionnnelle au niveau national. Techniquement, les électeurs disposent de deux voix, la première pour désigner leur candidat dans leur circonscription, la seconde pour désigner, à l'échelle nationale, leur parti favori. C'est cette deuxième voix qui définit l'équilibre final au Bundestag. En 2005, aucun parti n'ayant obtenu une majorité, les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates ont formé une coalition.
Au Royaume-Uni, le scrutin est majoritaire, uninominal et à un seul tour : c'est le candidat arrivé en tête au premier tour qui remporte la circonscription, ce qui rend quasiment nulle les chances d'un parti tiers et renforce évidemment le bipartisme.
Au Parlement européen, le scrutin relève aussi de la proportionnelle, mais sans qu'un modèle unique soit imposé. Le pourcentage de voix requis pour obtenir des sièges – qui est
généralement établi autour de 5% – peut varier d'un pays à l'autre.
Aujourd'hui, M. Hortefeux précise qu'il ne s'agit encore que d'une "réflexion". Les porte-parole officiels ont fait savoir que ladite réflexion "n'engage en aucune façon" le candidat Sarkozy. Mais le sujet "n'est plus un dogme intangible", selon M. Hortefeux. La France, plaide-t-il, est une "exception en Europe" avec son scrutin majoritaire à deux tours, ce qui n'est que partiellement vrai.
Le parti de M.Sarkozy serait le dernier à se ranger à une telle réforme, qui fait consensus dans les autres formations. Le Front national le réclame, comme les Verts. Ségolène Royal envisage de 80 à 120 élus selon ce mode de scrutin. François Bayrou va jusqu'à la moitié des députés.
La démocratie française ne peut exclure de la représentation nationale des partis dans lesquels se reconnaissent de nombreux Français, des écologistes à l'extrême droite. Les faire entrer au Parlement est une nécessité pour faire respirer la démocratie nationale. C'est aussi une manière saine de leur faire quitter leur attitude protestataire pour les engager sur la voie de la responsabilité.
Mais la logique devrait être poursuivie : il faudrait accompagner cette réforme des élections législatives de celle de l'élection présidentielle, dont le premier tour est perturbé par un nombre excessif de candidats. On le déplore aujourd'hui avec des personnalités anecdotiques, qui ne prétendent pas occuper le siège présidentiel, mais seulement témoigner. Si l'expression des petits partis est rendue possible au Parlement, il est alors légitime de renforcer les conditions d'accès à l'élection présidentielle. La démocratie en sera "oxygénée", comme dit M. Hortefeux.
Mais, nonobstant les démentis officiels, on ne peut que s'interroger sur le moment de cette déclaration et sur la stratégie du chef de l'UMP vis-à-vis du Front national. M. Sarkozy a souvent expliqué qu'il voulait intégrer "l'électorat" du FN, qu'il refuse d'ostraciser. Sans doute, sauf si cela conduit à épouser les idées du FN, tentation à laquelle le candidat n'est pas loin de succomber – sur l'identité nationale, par exemple. Mais, au-delà des électeurs, la proportionnelle peut être un premier appel du pied en direction du parti lui-même. Si tel devait être le cas, le tournant, pour l'UMP, serait annonciateur d'un revirement qu'il serait urgent de combattre