PORTRAIT DE JACQUES PREVERT (1900-1977)
Poète, scénariste, dialoguiste, parolier, dramaturge. Populaire et solidaire, curieux et insoumis, amoureux des femmes, des mots et de la contestation, Jacques Prévert, à travers son oeuvre, est allé au plus près de la réalité, tout en réalisant ses rêves. “Rouge de coeur”, le sien s’est arrêté il y a tout juste 30 ans…
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1900. Dans le vrombissement du premier métro parisien, alors que la belle Dame de fer défile sous ses plus beaux atours à l’Exposition universelle, Jacques André Marie Prévert ouvre ses yeux un jour de février. Auprès de son père, il entrevoit le monde du théâtre et du cinéma. Auprès de sa mère, il apprend à lire “avec un alphabet, bien sûr, mais surtout avec ‘L'Oiseau bleu’, avec ‘La Belle et la bête’ et ‘La Belle aux cheveux d'or’”.
Mais la misère se fait bientôt menaçante. Alors que son père est devenu membre de la brigade des inspecteurs de l’Office central des pauvres, Jacques l’accompagne dans ses visites des foyers miséreux où il rencontre tous les laissés-pour-compte, les “mauvaises gens”, dont il se fera plus tard le porte-parole. A l’école et à son tableau noir de malheur, il préfère le bonheur des chemins buissonniers, sur lesquels il peut flâner indéfiniment. De cette enfance, Jacques Prévert gardera son besoin absolu de vivre comme on rêve, de refuser les idées imposées, les oppositions simplistes. Il veut rêver la vie pour mieux la changer.
L’aventure de la rue du Château
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La naissance d’un écrivain
Jusqu’en 1929, compagnon plus que militant, Jacques Prévert pose son regard amusé sur ce bouillonnement créateur. Il assimile surtout ces techniques nouvelles que sont l’écriture automatique, le sommeil hypnotique, l’interrogation du “hasard objectif”. Il est lui-même l’inventeur des “cadavres exquis”. Autant de pratiques qui font voler en éclat les certitudes esthétiques traditionnelles. “De la modernité avant tout !”, dirait Apollinaire. L’agitation inconsciente prenant le pas sur l’inertie raisonnable.
Mais trop indépendant d’esprit, Jacques Prévert sera plus un homme de main du surréalisme qu’un de ses hommes de plume. Et lorsque le pape du surréalisme se montre trop inquisiteur, Prévert s’en va prendre l’air ailleurs. Tel l’oiseau, ami de toujours du poète, Jacques Prévert s’envole pour un autre arbre, avec sous son aile, ses paroles. Son texte ‘Mort d’un Monsieur’, écrit en 1930, une critique acerbe à l’égard d’André Breton, retentit comme un dernier coup de canon, avant de quitter le navire. Et de cette mort naît un écrivain.
La confusion des genres
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Un désordre cohérent
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D’allitérations en assonances, il progresse par association d’idées et enchaînement, qu’il soit phonique ou lexical. Par permutation : “Un vieillard en or avec une montre en deuil / Une reine de peine avec un homme d’Angleterre” (‘Cortège’). Par néologisme, avec des vieillards qui “se coagulent”, d’autres qui “tricolorent”. Le “café crème” devient “café crime” dans ‘La Grasse Matinée’. Prendre le mot au pied de la lettre, feindre des fautes de grammaire et d’orthographe font partie de ses autres tours de passe-passe. Mais ne nous méprenons pas : poète désordonné en apparence, Prévert fait preuve d’une grande cohérence. Par ce jeu sur le langage, il continue de perturber les habitudes, de heurter les yeux et les oreilles, de susciter le questionnement sur les mots et leurs sens. La réalité sort de son lit pour mieux se révéler. Et de ce qui pourrait passer pour de la folie se dégage une perception éclairée et engagée du monde.
Prévert prend la parole
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Les femmes et les enfants d’abord… et les animaux
Jacques Prévert sait aussi parler d’amour, de joies et de rires. Son apaisement, il le trouve auprès des enfants, curieux et purs de tout préjugé. Ses préférés sont les cancres, les tête-en-l’air, les p’tits voyous. Auprès des femmes, également. Forte, éprise de bonheur et d’amour, luttant pour sa liberté et son intégrité, la femme prévertienne refuse de porter la muselière que la société phallocratique lui impose. Ainsi, au “Sois belle et tais-toi !”, ‘La Femme acéphale’ répond-elle : “Je souriais, j’étais belle et j’étais moi.”
Dans son bestiaire, également, Prévert se montre affectueux. Surtout envers les oiseaux bien sûr, alliés du déserteur ou de l’écolier distrait, symboles du peuple libre. Libre d’agir et de parler. Au regard des souffrances qui leurs sont infligées, les animaux, dans l’oeuvre de Prévert, sont souvent bien plus humains que les humains eux-mêmes. Figures symboliques de l’opprimé, Prévert s’attache aussi à raconter l’histoire de ces bêtes, dans laquelle l’écrivain trouve un écho troublant à celle de l’homme.
Et quand Prévert ne prend pas la parole, d’autres le font pour lui…
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Théâtre, cinéma, chanson. Autant de supports pour la poésie de Prévert. Autant d’expressions artistiques par lesquelles elle pouvait et peut toujours s’envoler, se libérer, exister. Une poésie qu’il a su détourner de ses cadres institutionnels et par laquelle il s’est évertué à inciter le peuple, “l’homme à tête d’homme”, à se servir des mots, à réinventer l’art, à réinventer la vie pour en être créateur. Car “l’art est un mensonge qui permet d’approcher la vérité”…
Mathieu Menossi pour Evene.fr - Avril 2007
On n'enferme pas la poésie dans l'ascenseur, on prend l'escalier aléatoire... Attention à la marche !
La voix tangue et chavire sur les flux à cordes. Elle ricoche sur l'archet et s'enfuit. Loin. Elle revient en boomerang au ras des oreilles. Silence. Restent les mots, échoués comme les galets, des mots lourds à crever les poches, des mots simples comme "bonjour".
Avec les mots de : Guillaume Apollinaire, Robert Desnos, Jacques Prévert, Rainer-Maria Rilke, Paul Verlaine.
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