La déclaration (imaginaire) du gouvernement israélien

Publié le par david castel

[un peu de politique-fiction : l'initiative de paix israélienne ­ pour
sauver Israël]

Jerusalem Post, 19 mars 2007

La déclaration (imaginaire) du gouvernement israélien
Gershon Baskin

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Déclaration du gouvernement israélien concernant le sommet arabe de Riyad
(1), 25 mars 2007 :

Le gouvernement d'Israël (GI) s'est réuni ce matin en session ordinaire. Le
premier ministre a présenté aux membres du gouvernement une nouvelle
initiative de paix : "Le Plan en 10 points"."

Le gouvernement, après en avoir débattu, a voté à une majorité écrasante en
sa faveur. Seul le parti Israel Beitenou a voté contre. Le ministre Avigdor
Lieberman a remis sa démission, qui prendra effet sous 48 heures.

1. Le GI appelle à des négociations en face-à-face avec les gouvernements de
l'Autorité palestinienne, de la Syrie et du Liban, afin de mettre un terme
au conflit israélo-arabe.

2. Le GI affirme qu'un accord de paix total comprenant des relations
diplomatiques normales entre tous les Etats de la région constitue
l'objectif final de l'initiative de paix israélienne.

3. Israël reconnaît que l'organisation de négociations directes et
bilatérales constitue une reconnaissance explicite du droit d'Israël à
exister dans des frontières sûres et reconnues. Israël appelle l'Autorité
palestinienne à entreprendre tous les efforts possibles pour s'assurer que
tous les actes d'agression cesseront une fois que les négociations auront
commencé. Pour sa part, Israël continuera à respecter le cessez-le-feu à
Gaza et l'étendra à la Cisjordanie.

4. Le GI reconnaît le droit du peuple palestinien à un Etat indépendant et
souverain, qui vivra à côté d'Israël en paix et dans la sécurité mutuelle.

5. Tout en reconnaissant la nécessité de modifications mutuellement agréées
des frontières entre Israël et le futur Etat palestinien, Israël reconnaît
également que la base des négociations sur les frontières est la ligne Verte
des accords d'armistice de 1949.

6. Tout en s'opposant à la réinstallation des réfugiés palestiniens dans le
territoire de l'Etat d'Israël, le GI reconnaît que la question des réfugiés
est l'une des plus importantes et des plus sensibles pour les deux côtés. Il
s'engage à négocier de bonne foi avec les dirigeants palestiniens pour
trouver la solution la pus juste possible, mutuellement agréée, qui mettra
un terme aux souffrances des réfugiés palestiniens, où qu'ils se trouvent.
7. Le GI s'engage à résoudre toutes les questions en suspens concernant un
accord définitif avec les Palestiniens, dont l'avenir de Jérusalem, les
frontières, l'eau, les questions économiques et les arrangements de
sécurités réciproques.

8. Le GI est prêt à reprendre les négociations sur tous les fronts sur la
base des accords officieux obtenus lors des négociations précédentes.

9. Israël n'a aucun conflit avec les autres peuples et Etats de la région.
Il appelle tous les dirigeants de ces Etats à collaborer au processus qui
permettra de parvenir à des accords de paix véritables dans la région, y
compris en soutenant les idées et mesures constructives concernant les
questions sensibles de Jérusalem et des réfugiés.

10. Le GI salue l'aide du Quartet et d'autres qui contribuent à la rapidité
et à la réussite des négociations. Il reconnaît qu'une aide financière
importante sera nécessaire pour faire régner le calme et la stabilité dans
la région, et appelle la communauté internationale à s'engager activement
dans le processus de reconstruction de l'économie palestinienne et des
infrastructures de Cisjordanie et de Gaza.


Le texte ci-dessus n'est pas forcément farfelu. Tout ce qui est écrit est
acceptable par la quasi totalité des ministres du gouvernement israélien.
Israel Beitenou quitterait probablement le gouvernement, mais Ehoud Olmert
serait assuré du soutien de Meretz et des partis arabes, même sans qu'ils
entrent dans la coalition. La popularité d'Olmert monterait en flèche. Mais
ce n'est pas la raison pour laquelle il devrait adopter ce plan en 10
points.

Tous les premiers ministres promettent à leur peuple de faire le maximum
pour assurer stabilité et sécurité. Comme la plupart de ses prédécesseurs,
Olmert n'a rien fait pour tenir ces promesses. D'après toutes les prévisions
et toutes les analyses, il ne lui reste que peu de temps, ne serait-ce que
pour essayer.

Mais l'urgence à laquelle Olmert est confronté ne tient pas seulement à la
politique intérieure. La viabilité même de la solution à deux Etats est en
jeu. Et il faut comprendre par là que le temps qui passe rend de plus en
plus improbable la viabilité du projet sioniste. Car, sans une solution à
deux Etats, il n'y aura plus d'Etat d'Israël juif.

L'horloge qui tourne n'est pas simplement due aux faits accomplis sur le
terrain dans les territoires occupés, qui font obstacle à la création d'un
Etat palestinien. Le facteur principal qui accélère l'horloge est le fait
que les intellectuels palestiniens se détournent rapidement de l'idée d'un
Etat palestinien séparé en Cisjordanie et à Gaza. Ce furent les
intellectuels palestiniens qui, depuis les années 70, ont conduit leur
mouvement de libération nationale à soutenir cette solution, et ce sont les
intellectuels palestiniens qui constituent aujourd'hui le moteur qui pousse
à l'adoption d'un modèle sud-africain pour la Palestine.

Si les masses palestiniennes rejettent la solution à deux Etats en faveur
d'un Etat démocratique du Jourdain à la Méditerranée, le soutien de la
communauté internationale ne sera qu'une question de temps, et la fin du
rêve sioniste sera en vue. Si les masses palestiniennes adoptent la solution
d'un seul Etat, Israël ne pourra pas gagner cette bataille. Et, bien qu'une
quantité inimaginable de sang sera versée, au final, Israël ne sera plus
l'Etat du peuple juif.

Ces Israéliens nationalistes et leurs partisans à l'étranger, juifs ou non,
qui s'opposent à la paix avec nos voisins, ne sont rien d'autre que des
kamikazes visant à détruire Israël. Cela peut paraître une grossière
exagération, mais il n'en est rien. Ceux qui s'opposent aux risques qu'il y
a à faire la paix garantissent la disparition d'Israël par leur aveuglement,
sans comprendre que le temps ne joue pas pour nous.

Les arguties sur la reconnaissance ou non du nouveau gouvernement
palestinien sont une perte de temps. Et aujourd'hui, perdre du temps est
criminel. C'est le moment, maintenant, d'une initiative de paix israélienne.

Olmert, kadima, en avant (2)! Ton temps est compté.


(1) "Fin mars, les 22 leaders arabes se réuniront lors d¹un sommet destiné à
relancer l¹initiative de paix du roi Abdallah. L¹équation diplomatique est
simple : le monde arabe, qui a déjà approuvé ce plan à Beyrouth en 2002,
offre à Israël une paix totale et une normalisation des relations (qui
seront testées "sur le terrain", comme c¹est le cas pour l¹accord de La
Mecque) en échange d¹un engagement de la part d¹Israël de se retirer sur les
frontières de 1967". Extrait de l'article "Sommet de La Mecque : l¹influence
saoudienne" http://www.lapaixmaintenant.org/article1528

(2) Kadima est, faut-il le préciser, le nom du parti d'Ehoud Olmert.
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