Cameroun: Chirac, Chef d'Etat Africain

Publié le par david castel



Le Messager
 

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Ambroise Ebonda

Chirac s'en va donc. Le 5e président de la Cinquième République ne sera pas le premier président de la Sixième République qui se prépare en France.

Peut-être même sera-t-il le tout dernier président de la Cinquième qu'il aura traversée de bout en bout, ministre ou Premier ministre de chacun des présidents de la Cinquième République, De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, avant d'occuper lui-même le château de l'Elysée. Dans " La tragédie du président ", un des nombreux livres qui accompagnent le crépuscule de l'ancien maire de Paris, le journaliste Franz-Olivier Giesbert explique que Jacques Chirac " restera un cas dans l'histoire de la France. Une incongruité et un record de longévité " : Deux fois Premier ministre (1974-1976 et 1986 - 1988), il aura gouverné la France pendant quatre ans avant d'être appelé à le présider pour douze.

De ces seize années de pouvoir, l'histoire retiendra peut-être son opposition remarquable et déterminée à la guerre américaine en Irak. Mais, il n'est pas sûr que les Français gardent de son ère, un souvenir impérissable, tant Jacques Chirac aura symbolisé à la fois le déclin français et l'impuissance des pouvoirs publics. Certains, comme son ennemi intime, Jean-Marie Le Pen, trouvent même qu'il aura été " le plus mauvais président de l'histoire de la France ". Il faut reconnaître qu'avant lui, il y eut plus grand, plus méthodique, plus brillant et plus habile : De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand. Incontestablement, De Gaulle et Mitterrand furent les plus grands. De Gaulle osa partir de l'histoire pour entrer en politique. Mitterrand avait su rester en politique pour entrer dans l'histoire. Peut-on imaginer une comparaison entre Chirac et De Gaulle ? Peut-on même oser le comparer à son prédécesseur ? Dans " L'homme qui ne s'aimait pas ", le journaliste Eric Zemmour écrit que Mitterrand avait un rapport au temps quand Chirac n'avait qu'en emploi de temps : courir après une ambition personnelle, être président. Cette sorte de fin en soi.

Dans sa relation avec le pouvoir politique, Jacques Chirac avait une démarche, une attitude de président africain. Il avait la même ivresse du pouvoir. Depuis son entrée au gouvernement en 1967, il n'a plus quitté les lambris des palais officiels. Il a survécu à toutes les guerres de succession et enjambé toutes les alternances. Une belle incongruité en Occident. Et pour durer autant, le bourreau de Chaban-Delmas et Giscard a beaucoup menti, trompé, trahi et "tué". Sa dissolution de l'Assemblée nationale en 1997 ; se servir de la constitution pour des convenances personnelles, avait aussi quelque chose d'africain. Parfum d'Afrique également, ces scandales et ces affaires de corruption où l'on lui reproche de n'avoir pas su faire la différence entre les caisses publiques et les fonds privés. Et pour couronner le tout, Jacques Chirac vivra sa retraite avec la même angoisse qu'un ancien chef d'Etat africain. La peur d'avoir à répondre de sa gestion devant un juge et d'être jeté en prison. Peut-être même, s'exilera-t-il sous les tropiques pour échapper à pareille humiliation.

On peut comprendre pourquoi Jacques Chirac affectionna tant les sommets France - Afrique. Des fois qu'il aurait aimé être Biya, Sassou ou Bongo.

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Publié dans Biographies

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