Un champion dans la tourmente nazie

Publié le par david castel

Le cycliste de l'entre-deux-guerres Albert Richter victime de la Gestapo


ARTE

Stéphanie Camine


[06 juillet 2005]

 

Paris ? Londres ? Madrid ? Moscou ? New York ? Alors que l'on attend la désignation de la capitale qui accueillera les Jeux olympiques de 2012, ce documentaire apporte un triste éclairage sur la récupération du sport par les nazis dans l'entre-deux-guerres. Tout en brossant le portrait du champion cycliste allemand Albert Richter, le réalisateur Michel Viotte décrit la montée du régime hitlérien avec de nombreuses images d'archives.


La vie d'Albert Richter aurait pu prendre des allures de conte de fées : né en 1912 à Cologne, il quitte l'école à quinze ans pour travailler dans la fabrique de son père. Le soir, en secret, il s'entraîne dans un club et se fait rapidement remarquer pour ses pointes de vitesse impressionnantes. En 1932, il est repéré par l'entraîneur juif Ernst Berliner, avec lequel il se lie d'amitié. Le sportif remporte alors les championnats du monde de vitesse de Rome, victoire qui lui ouvre les portes des circuits professionnels.


Mais l'histoire ne tarde pas à le rattraper. Hitler est nommé chancelier du Reich en 1933, la nazification est en marche. C'est dans ce contexte qu'Albert Richter manifeste publiquement son opposition au parti : lors des championnats d'Allemagne, alors que la foule salue sa victoire le bras tendu, il garde ostensiblement la main sur la cuisse. Doris Markus explique : «Il faut vraiment avoir vécu à cette époque pour comprendre la portée de son acte.» De même, lors des championnats du monde à Leipzig, il est le seul cycliste à garder l'aigle impérial sur son maillot, alors que les autres arborent désormais la croix gammée.


Richter a pourtant des raisons évidentes d'agir plus prudemment. Hitler, qui ambitionne de former une armée, instrumentalise le sport pour y parvenir. Les images d'époque parlent d'elles-mêmes : de jeunes Allemands pratiquer la gymnastique sur des parcours qui ressemblent davantage à des camps d'entraînement qu'à des cours de récréation. Et les Jeux olympiques de 1936 sont une mise en scène à la gloire du parti.


En 1939, le champion fuit en Suisse pour ne pas devenir soldat. Son train est arrêté, les douaniers découvrent l'argent qu'il apporte à un ami juif réfugié à l'étranger. Trois jours plus tard, la Gestapo annonce son «suicide par pendaison».Persuadé que Richter a été trahi, Berliner est revenu enquêter après la guerre. En vain. La mort de son indéfectible ami reste entourée de mystère.


«ALBERT RICHTER, LE CHAMPION QUI A DIT NON», ARTE, 20 h 40

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Publié dans Biographies

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