Un sommet pour quoi faire?

Publié le par david castel

[Lundi prochain se tiendra à Jérusalem un sommet entre Ehoud Olmert, Mahmoud
Abbas et Condoleezza Rice. A priori, compte tenu des récentes déclarations
d'Olmert, il y a très peu à en attendre]

Ha'aretz, 14 février 2007

http://www.haaretz.com/hasen/spages/825646.html

éditorial de la rédaction

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Au lieu de se rendre la semaine prochaine au sommet tripartite avec Mahmoud
Abbas et Condoleezza Rice dans un état d'esprit positif, au lieu de réitérer
sa promesse de se retirer de la plupart des territoires de Cisjordanie en
échange d'un accord de paix, promesse faite il y a peu dans son discours de
Sdeh Boker, Ehoud Olmert a choisi de déclarer à l'avance qu'il n'en ferait
rien. Devant la commission parlementaire des affaires étrangères et de la
défense, Olmert a dit : "il n'y aura aucune discussion sur les questions
principales d'un accord définitif. Ni sur Jérusalem, ni sur les réfugiés, ni
sur un retrait sur les frontières de 1967". La raison qu'il a donnée à ces
trois "Non" a été le souhait de ne pas mettre à l'ordre du jour tout sujet
qui puisse conduire à une crise.

Le 19 juin 1967, au lendemain de la victoire israélienne sur les Etats
arabes et de l'occupation des territoires, le gouvernement israélien avait
annoncé qu'il était prêt à se retirer de ces territoires en échange de la
paix. Les Etats arabes avaient réagi par leurs célèbres trois "Non" au
sommet de Khartoum (non à l'existence d'Israël, non à la paix, non à la
négociation, ndt).

Depuis, les conditions pour parvenir à la paix n'ont pas changé, et tout le
monde sait qu'en échange de la paix, Israël devra se retirer près de la
ligne Verte, et que toutes modification de la frontière internationale devra
s'effectuer avec l'assentiment des deux parties. Ainsi, ces formules de
refus ne sont rien de plus que de simples ergotages. On pourrait évidemment
considérer ces déclarations comme d'habiles tactiques de négociateur et
continuer à prétendre que dans des négociations, les concessions se font à
la fin et non au début. Mais quand des négociations durent depuis 30 ans, il
est douteux que cette tactique soit très utile. La lassitude des
participants à des sommets qui ne mènent nulle part ne présage rien de bon.
Le faux calme qui règne sur le front palestinien, violé par des lancements
de Qassam et assuré par de fréquentes opérations du Shin Bet, ne doit
tromper personne. Les rencontres au sommet ne sont pas des fins en soi mais
des moyens. Si le gouvernement palestinien d'union nationale représente une
occasion de déboucher sur un processus diplomatique, alors il faut donner à
ce processus un contenu.

A partir du moment où Israël repousse aujourd'hui l'option du retrait
unilatéral et a décidé de retourner à la négociation d'un accord, à partir
du moment où , sur tout l'échiquier politique, on est parvenu à la
conclusion qu'un Etat palestinien à côté d'Israël était la seule option
possible (1), il ne reste rien d'autre à discuter que de la mise en oeuvre.
Les gouvernements naîtront puis tomberont, du côté israélien comme du côté
palestinien, mais la solution demeurera la même. La promesse d'Olmert de ne
pas se retirer sur les frontières de 1967 et de ne pas discuter de l'avenir
de Jérusalem pose la question : en quoi son gouvernement est-il différent
d'un gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahou?

Alors que les Palestiniens sont en train de discuter de la reprise des
négociations avec Israël qui sont censées commencer avec ce sommet à venir,
et que le président Mahmoud Abbas déclare que les questions relatives à un
accord définitif seront à l'ordre du jour, le gouvernement israélien ne
parle que de "pourparlers théoriques", et ses représentants expliquent
qu'ils utilisent la formule "horizon politique" pour ne pas susciter trop
d'attentes. Ce n'est pas un message d'espoir pour l'avenir, ni même une
promesse d'aller dans cette direction. Le chemin emprunté par Abbas est
censé prendre le pas sur celui du Hamas. Mais il est clair qu'il ne pourra
compter sur aucune aide de la part du gouvernement israélien.


(1) le rédacteur en chef d'Ha'aretz force un peu le trait. Le front du refus
israélien existe toujours, à commencer par le Likoud (donné grand gagnant en
cas d'élections anticipées), sans parler des partis d'extrême droite,
religieux ou non (ndt).
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