Sage accrochage pour grandes figures de l'art
Abonnez-vous au Monde.fr : 6€ par mois + 30 jours offerts
| | près près de deux ans de chantier, les deux étages du Centre Pompidou dévolus aux collections de Musée national d'art moderne vont rouvrir. L'un, consacré à l'art moderne, dès jeudi 1er février. L'autre, à partir du 4 avril. Le temps de démonter "Le Mouvement des images", qui après "Big Bang" utilisait les espaces disponibles pour montrer les oeuvres dans des accrochages thématiques. "Une lecture très inhabituelle et très stimulante", confiait alors au Monde (21 juin 2005) Alfred Pacquement, le directeur des lieux. "Mais, ajoutait-il, il sera quand même nécessaire de retrouver un musée où les grandes figures de l'histoire de l'art seront montrées en bonne et due forme." Voilà qui est fait, ce que d'aucuns regrettent : le nouvel accrochage est sage, et chronologique. Enfin, à peu près : il débute, dès l'entrée, avec des oeuvres de Kandinsky, remarquables, mais bien postérieures au fauvisme et au cubisme qui constituent les débuts historiques de la collection. Avant d'aller arpenter la grande allée qui forme l'axe majeur du nouvel accrochage, le visiteur aura intérêt à se retourner : de part et d'autre de l'entrée, icônes, esquisses, rares, "fixées sous verre" et objets d'art populaire russe provenant de l'atelier de Kandinsky, donnent un aperçu du contexte dans lequel il travaillait. Contexte semble être d'ailleurs un des maîtres mots de l'accrochage concocté par Isabelle Monod-Fontaine et Agnès de La Beaumelle : des rapprochements parfois inédits, des ensembles monographiques d'artistes, mais aussi d'autres regroupant autour d'un écrivain (André Breton ou Jean Paulhan), d'un galeriste (Aimé Maeght ou Jean Fournier), d'un mouvement (le Bauhaus) ou d'un événement (l'exposition de 1937) des oeuvres qui retrouvent ainsi au musée les compagnes de leur jeunesse. Elles sont abritées dans la succession de salles parallèles au grand couloir, de manière à former un parcours linéaire, mais aussi intime et propice à fixer l'attention. Avec quelques coups de clairon : une salle associant Miro et Calder, par exemple, ou une autre montrant des oeuvres inachevées de Rouault, léguées par le peintre au musée, et jamais vues ensemble depuis 1964. QUELQUE CINQ CENTS REVUES Une densité qui confine parfois à l'accumulation, même si le plaisir ou la surprise de revoir toutes ces oeuvres compensent l'impression d'entassement. Et qui oblige à quelques raccourcis audacieux. Ainsi, bonne nouvelle, le monde n'a pas connu de guerre mondiale : on passe directement de l'exposition de 1937 aux années 1950... Une sérénité trompeuse heureusement corrigée par les quelque cinq cents revues, venues de la bibliothèque du musée, récemment enrichie de l'achat de la bibliothèque de Paul Destribats, ce qui en fait sans doute le plus important fonds documentaire du monde. De Ma, publiée en Hongrie par Kassak, aux revues futuristes qui compensent - un peu - le manque criant d'oeuvres italiennes dans la collection, c'est un feu d'artifice. Avec des trouvailles, comme cet article du grand historien d'art Elie Faure, publié en 1931, qui débute ainsi : "La condamnation par le moraliste du "matérialisme" américain n'exprime que la sénilité des peuples impuissants à s'arracher au ralentissement qui les a atteints..." A méditer devant les trop rares oeuvres de l'école de New York, que les Français méprisèrent lors de leur création, dont un bien beau Rothko, qui vient d'entrer dans la collection grâce à une dation : à défaut d'acheter à temps, nos musées savent hériter à bon escient. Centre Pompidou, niveau 5. Tous les jours sauf mardi, de 11 heures à 22 heures. Tél. : Harry Bellet Article paru dans l'édition du 01.02.07. |
près près de deux ans de chantier, les deux étages du Centre Pompidou dévolus aux collections de Musée national d'art moderne vont rouvrir. L'un, consacré à l'art moderne, dès jeudi 1er février. L'autre, à partir du 4 avril. Le temps de démonter "Le Mouvement des images", qui après "Big Bang" utilisait les espaces disponibles pour montrer les oeuvres dans des accrochages thématiques. "Une lecture très inhabituelle et très stimulante", confiait alors au Monde (21 juin 2005) Alfred Pacquement, le directeur des lieux. "Mais, ajoutait-il, il sera quand même nécessaire de retrouver un musée où les grandes figures de l'histoire de l'art seront montrées en bonne et due forme." 
