André Malraux revisité 30 ans après sa mort
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Le Potentiel (Kinshasa)
27 Janvier 2007
Publié sur le web le 26 Janvier 2007
Professeur Alphonse Mbuyamba Kankolongo, Université de Kinshasa
Kinshasa
« Servi par une mémoire prodigieuse et par l'intelligence la plus vive, comblé de dons par toutes les fées, Malraux est l'homme de trois dieux, aimés inégalement : l'art, la révolution et le général de Gaulle ».
C'est en ces termes que s'exprime Jean d'Ormesson à l'endroit d'André Malraux, une des figures littéraires et politiques de la France contemporaine. Epris du général de Gaulle, il est présent dans la mémoire collective de la littérature avec son roman « La condition humaine ».
Né à Paris en 1901, il abandonna ses études très tôt pour se lancer dans le commerce des livres rares, tout en continuant à se former. Il publie peu de temps après ses premiers articles et côtoie le milieu littéraire et artistique parisien. Sur le plan politique, il fait une rencontre décisive en 1945, celle du général Charles de Gaulle. De 1959 à 1969 - pendant dix ans - il est son ministre chargé des affaires culturelles.
Mais ici, c'est le Malraux écrivain qui nous intéresse. Grand travailleur et servi par une mémoire prodigieuse et une intelligence la plus vive, il publie coup sur coup ses premiers romans : La tentation d e l'Occident (1926), Les conquérants (1928), La voie royale (1930, Prix interallié), La condition humaine (1933) qui lui vaut le Prix Goncourt la même année. Ce roman fait de lui une célébrité et connaît un grand succès.
Cette oeuvre engagée s'apparente à une vaste réflexion sur la possibilité d'échapper à la condition humaine. Ainsi, deux thèmes de prédilection sous-tendent son écriture, à savoir la fraternité et l'humanisme. En cela, précisément, la critique littéraire le considère encore comme un écrivain du présent.
Son goût de l'action, et ses convictions anti-fascistes poussent Malraux à participer à la guerre espagnole aux côtés des républicains en 1936. Ces événements lui inspireront un grand roman L'espoir (1937) et un film Sierra de Terruel (1939).
Malraux publiera encore La voix du silence (1951), La métamorphose des dieux (1957-1976), Antimémoires (1967). En 1970, il publie Les chênes que l'on abat, un dernier hommage au général de Gaulle disparu, et dont il était resté le plus proche des compagnons. Son livre posthume, un essai, s'intitule L'homme précaire et la littérature.
Défenseur de l'art d'hier et d'aujourd'hui, pour lui, l'oeuvre d'art est hors du temps, donc a-temporelle, a-historique. Prônant la dialectisation de la littérature et de la politique, il exploite dans son oeuvre les thèmes relatifs à l'idéal de liberté, de justice et de fraternité.
IL DETESTAIT SON ENFANCE
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Pour beaucoup d'écrivains, l'enfance fait l'objet d'une introspection nostalgique ou émerveillée. Malraux, lui, a mis toute son énergie à l'oublier : « Presque tous les écrivains que je connais adorent leur enfance, je déteste la mienne », écrira-t-il dans ses Antimémoires en 1967. Il n'aimait guère plus que l'on fouille ce « cas de petits secrets » qu'est la vie d'un homme Aussi s'emploiera-t-il à brouiller les pistes concernant sa propre existence.
Rien ne prédestinait ce jeune banlieusard sans une formation scolaire très poussée, sans fortune, à devenir quelques années plus tard l'un des géants français du vingtième siècle. Il l'est devenu pour s'être imposé une discipline de fer dans sa vie : il quitte rarement son bureau. Chaque soir, il dactylographie lui-même ses textes, ce qu'il a écrit dans la journée. De plus, il a fait de l'esthétique une règle de vie. Parfois, dans ses discours, le poète l'emporte sur le politique. Décédé en 1976, ses cendres sont conservées au Panthéon depuis 1996.
Ecrivain moderne de par la thématique de son oeuvre, homme trop solitaire, qui ne parlait jamais de sa vie privée, ni de ses projets d'avenir, néanmoins tous ceux qui l'ont quand même approché et connu d'une façon ou d'une autre sont unanimes à reconnaître qu'André Malraux fut un altruiste, en ce sens qu'il pensait beaucoup aux autres. A ce titre donc, il demeure un grand écrivain humaniste.
