Présidentielle
Les sarkozystes veulent croire à sa retraite
A leurs yeux, une cinquième candidature Chirac est impossible. Mais sait-on jamais...
Par Renaud DELY, Antoine GUIRAL
QUOTIDIEN : vendredi 5 janvier 2007
Ils croisent les doigts. Bien sûr, officiellement, aucun des fidèles de Nicolas Sarkozy ne croit Jacques Chirac assez fou pour se lancer dans une nouvelle aventure présidentielle, tant la perspective d'une cinquième candidature consécutive paraît à tous déraisonnable. «Trop vieux», «trop seul», «trop impopulaire», sont les leitmotivs que fait résonner cette improbable menace dans le choeur sarkozyste. «Les Français manifestent un très fort désir de renouvellement qui a propulsé les quinquagénaires au sommet et place Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal très haut dans les sondages. Jacques Chirac a bien compris cette nouvelle donne», répète Yves Jégo, député de Seine-et-Marne.
Cauchemar. Pour autant, aucun d'entre eux n'aurait la présomption de reprendre à son compte le triptyque «usé, vieilli, fatigué» qui fut fatal à Lionel Jospin en 2002. Et, quand Chirac multiplie les rappels à l'ordre visant implicitement le ministre de l'Intérieur pour le sommer de résister à la «tentation de la table rase» comme «aux mirages de l'aventure institutionnelle», tous éprouvent le besoin de se rassurer. Chacun à sa manière. Pour conjurer son cauchemar, Patrick Devedjian, conseiller politique du président de l'UMP, répète depuis la rentrée à Nicolas Sarkozy que Jacques Chirac est dans les starting-blocks, prêt à rempiler si la moindre opportunité se présente. D'autres préfèrent un froid raisonnement politique. «Chirac est obligé de mettre la barre très haut. S'il était un cran au dessous, on dirait aussitôt qu'il est sur le départ, et il n'existerait plus», note un des pontes du parti. Sujet de nombreuses conversations entre les cadres et les élus au siège de l'UMP, l'activisme du chef de l'Etat est aussi mis sur le compte de «l'amertume» de sa garde rapprochée : «Ils vivent leurs dernières heures et l'échec de leur stratégie qui, depuis quatre ans, pariait sur l'effondrement de Sarkozy. Alors, ils ont regonflé leur patron pour un dernier coup d'esbroufe. Mais ils sont seuls», dit un autre.
Nature. Comme s'ils s'étaient donné le mot, les amis du patron de l'UMP cherchent à se victimiser pour ne surtout pas passer pour les agresseurs. Tous en conviennent, la guerre ouverte avec Chirac serait une catastrophe et ferait le jeu de la gauche et du Front national. Ils veulent croire que, si l'air de la campagne réveille le vieux soldat et l'incite à rouvrir son robinet à promesses, c'est d'abord une simple question de nature. «C'est son code génétique. Depuis quarante ans qu'il fait de la politique, il est comme ça et il ne changera pas», affirme Yves Jégo. «La politique, c'est toute sa vie. Ce n'est pas au moment où il sent que sa carrière s'achève qu'il va arrêter d'en faire», renchérit un ministre ultrasarkozyste. Au passage, le député sarkozyste des Deux-Sèvres Dominique Paillé néglige la dimension purement chiraquienne de l'annonce d'une baisse de 40 % de l'impôt sur les sociétés pour souligner que les autres propositions présidentielles ont déjà été évoquées par Sarkozy, tel le droit au logement opposable, ou sont issues du programme de l'UMP, comme la fusion de l'ANPE et de l'Unédic.
Destin. Récusant les hypothèses de candidature d'Alliot-Marie ou de Villepin hors des procédures du parti, Paillé admet toutefois que Chirac est «le seul qui puisse être candidat hors de l'UMP, parce qu'il est président sortant». Yves Jégo, lui, se situe déjà résolument dans l'après-Chirac. Il promet au futur ex-chef de l'Etat un destin enviable. Celui d'une sorte d'Antoine Pinay, en plus influent ; un sage qui ne serait pas seulement visité, mais demeurerait écouté, même après la retraite : «Il aura la place que n'a pas eue, hélas, François Mitterrand, parce que la maladie l'a rongé. Le 6 mai au soir, Jacques Chirac ne cessera pas d'être ce qu'il a toujours été : un homme politique qui a des idées et de l'influence.» «Jusqu'au dernier jour de son mandat, il lui appartient d'accompagner la nation», ajoute Dominique Paillé. Et, au nom de l' «harmonie» qu'il affirme ressentir entre Chirac et Sarkozy, il ajoute : «Le message d'amitié du Président, s'il y en a un, sera bienvenu et apprécié par les militants qui seront réunis porte de Versailles.» Il n'y en aura pas. Bizarre, non ?
http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement1/226824.FR.php
© Libération
© Reuters
Agrandir l'image
jeudi 4 janvier 2007, mis à jour à 13:18
Chirac esquisse les défis économiques de la France de demain Reuters
Jacques Chirac s'est projeté dans l'avenir jeudi, lors de ses voeux aux Forces vives, en esquissant les grands enjeux économiques et sociaux des années à venir, au-delà de son second mandat qui s'achève en mai.
Partant du constat que la France, cinquième puissance économique mondiale, "réduit les inégalités" mais pèche encore sur le front de l'emploi, le président de la République a notamment suggéré une forte baisse de l'impôt sur les sociétés et la création d'une sécurité sociale professionnelle.
Devant une partie du gouvernement et plusieurs centaines de représentants des syndicats, du patronat et d'associations réunis à l'Elysée, il a demandé que priorité soit donnée à l'élaboration d'un nouveau modèle social français - via la création d'une sécurité sociale professionnelle -, à la participation et au développement durable.
Pour le prochain quinquennat, le chef de l'Etat préconise une baisse du taux d'imposition sur les sociétés de 33% à 20%. Il a aussi lancé l'idée d'un coup de pouce fiscal pour les entreprises traitant sur un pied d'égalité salariés et actionnaires.
"Les entreprises qui distribuent autant à leurs salariés sous forme de participation ou d'augmentations de salaires qu'à leurs actionnaires devraient bénéficier d'un taux d'impôt sur les sociétés réduit, de l'ordre de 10%", a-t-il dit.
Dans la même veine, Jacques Chirac a suggéré que les fonds d'investissement qui revendent une entreprise reversent aux salariés une part de la plus-value réalisée, "par exemple 20%".
Le chef de l'Etat a plaidé pour la mise en place d'une véritable "sécurité sociale professionnelle", qui passerait par la création d'un "nouvel instrument" résultant de la fusion, évoquée de longue date par divers gouvernements, entre l'Unedic et l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE).
SE GARDER DES IDÉOLOGIES
Les demandeurs d'emploi n'auraient qu'un seul interlocuteur pour tout ce qui concerne leur parcours professionnel : indemnités, recherche d'emploi, mobilité, formation.
Ce nouveau dispositif serait géré par les partenaires sociaux en partenariat avec l'Etat, a suggéré Jacques Chirac.
Egalement présent sur le terrain politique, le chef de l'Etat a lancé une pierre dans le jardin des socialistes en invitant à "se garder des idéologies" et des "illusions" que sont à ses yeux "la réduction du temps de travail comme solution au chômage, la hausse des impôts plutôt que les réformes".
A l'autre bout du spectre politique, il a lancé une mise en garde contre "la voie d'une France convertie au tout libéral, à la compression des salaires et au rétrécissement de la protection sociale".
Pour Jacques Chirac, qui dira dans le courant du premier trimestre s'il brigue ou non un troisième mandat, la France a les moyens d'une "bien plus grande ambition", une ambition "qui lui ressemble".
Il a plaidé pour faire de l'enseignement supérieur une priorité du prochain quinquennat, via une augmentation de 30% du budget destiné aux étudiants.
Une bonne partie de son discours a été consacrée aux défis écologiques dans la perspective de l'après-pétrole.
Il a ainsi apporté son soutien à la fusion entre Suez et GDF, qu'il juge "stratégique pour la France et l'Europe", tout en défendant la filière nucléaire et l'énergie solaire.
A un mois de la conférence internationale sur l'environnement des 2 et 3 février à Paris, Jacques Chirac a relancé l'idée d'une "taxe carbone" sur les produits en provenance de pays refusant de s'engager en faveur du régime qui succédera au protocole de Kyoto, après 2012.
Défenseur d'une France qui prend en main son destin "dans le cadre de l'Europe", il a plaidé pour "la fixation d'une politique de change et la refondation de la politique de concurrence" dans l'Union