À lépoque des premiers combats contre la République coloniale
Comment la France
« civilise » ses colonies,
par Henri Cartier, suivi de Code
de l’indigénat, Code de l’esclavage, brochure de la CGT-U, textes présentés par Jean-Pierre Aubert.
Éditions Les Nuits rouges, 2006, 160 pages, 10,80 euros.
Cet ouvrage regroupe deux textes remontant à la période de l’avant-guerre. Le premier, signé Henri Cartier, fut diffusé par le Parti communiste français en 1932, en riposte
à l’Exposition coloniale qui venait de fermer
ses portes au bois de Vincennes. La seconde, publiée par le secrétariat colonial de la CGT-U, affiliée
à l’Internationale syndicale rouge, remonte à 1928 et constitue encore aujourd’hui l’une des rares études du faisceau de règlements plaçant
les « sujets » de la République française hors le droit national, sous l’arbitraire direct des administrateurs coloniaux. Forgés principalement dans le courant
des années 1880, ces textes variables selon
les territoires coloniaux restèrent en vigueur jusqu’à l’abolition officielle du travail forcé (1946).
Dans le cas présent, il s’agit du seul Code appliqué en Algérie, ce que souligne le pseudonyme signant
la préface, El Djazaïri, « l’Algérois ».
Les conclusions sont dans les deux cas sans ambiguïté. La publication alors diffusée par le Parti communiste s’achève sur le mot d’ordre : « Luttez pour l’indépendance de l’Indochine et de toutes les colonies subjuguées par l’impérialisme français ! » La CGT-U appelait quant à elle les militants
au soutien du « mouvement d’indépendance, car l’indigénat n’est qu’un instrument de domination entre les mains de l’impérialisme », en estimant
que la « libération » de ceux qui lui sont soumis « sera une étape vers la Révolution sociale ».
L’intérêt de cette réédition tient aussi
à l’exposition de faits en partie oubliés.
Par exemple ceux concernant la méthodique expropriation foncière des « indigènes » rayés de la mémoire officielle de notre pays. Peu de Français savent que la Syrie (qui englobait l’actuel Liban)
fit partie de notre « empire ». Des massacres périodiques y furent perpétrés chaque fois
qu’une opposition cherchait à se faire entendre.
Au moins quatorze mille morts en 1925-26.
Et, en décembre 1931, la répression d’une
manifestation contre le bourrage des urnes « en faveur du bloc gouvernemental avant l’ouverture
de la consultation populaire » faisait une trentaine de morts. Un an plus tard, les blindés intervenaient dans les rues d’Alep. Le nombre de tués
et de blessés demeure toujours inconnu.
Jean Chatain
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Article paru dans l'édition du 16 décembre 2006.