 | | © Archives nationales Gabon |  | Charles N'Tchoréré, né le 15 novembre 1896 est un militaire d'origine gabonaise ayant servi dans l'armée française lors des deux guerres mondiales. Il est mort exécuté par l'ennemi le 7 juin 1940 En 1916, il se porte volontaire pour servir la France et s’engage dans les tirailleurs sénégalais. Il y fera la preuve de sa valeur en y étant nommé sergent. Une fois la Première Guerre mondiale terminée, il suit une longue formation militaire et devient, en 1927, un des rares Africains à recevoir ses épaulettes d'officier en raison de sa brillante conduite. En 1937 N'Tchoréré est nommé chef de bataillon, servant comme commandant de l'École des Enfants de Troupe à Saint-Louis du Sénégal. Il se retire avec le rang de lieutenant, mais est rappelé sous les drapeaux quelques mois plus tard, alors que se déclare la Seconde Guerre mondiale. En juin 1940, le capitaine N'Tchoréré sert l'armée française dans la Somme, à la tête de la 5e compagnie du 1er bataillon du 53e régiment d’infanterie coloniale mixte sénégalais (53e RICMS), aux ordres du commandant Seymour. Charles N'Tchoréré est estimé des autres officiers et cadres européens placés sous son commandement. Sa compagnie est postée au centre d’un dispositif ayant pour mission de défendre la petite ville d’Airaines, située à 30 kilomètres d’Amiens, contre l’attaque des forces allemandes venues par la Belgique. La 5e compagnie a constitué un point d’appui dans un groupe isolé de maisons, au nord du bourg. Le premier assaut allemand qui se produit le 4 juin est repoussé, ainsi qu'un second assaut le lendemain. Le 6 juin, la ville est contournée et encerclée par les Allemands, et subit un intense bombardement combiné de l’aviation et de l’artillerie ennemies, qui détruit presque entièrement la bourgade, mais sans briser la résistance des hommes de Charles N'Tchoréré. Devant cette résistance inattendue, une délégation allemande se présente pour parlementer et tenter d’obtenir la reddition du bataillon qui défend Airaines, mais essuie un refus du commandant Seymour. Cet intermède est suivi de tentatives d’infiltrations de l’infanterie légère allemande, qui est repoussée dans les bois par une contre-attaque de la compagnie du capitaine N'Tchoréré. De nouveaux bombardements plus intenses s'abattent encore sur Airaines dans la nuit du 6 au 7 juin. Une nouvelle vague d'assaut allemande, appuyée par des chars, est pourtant à nouveau repoussée par la 5e compagnie. Celle-ci, toujours vaillante, oppose une résistance farouche, ayant mis huit Panzers hors de combat. Suite à une infiltration, les Allemands reviennent à l’assaut et parviennent à faire sauter le dépôt de munitions du bataillon. Privée de celles-ci, la position du bataillon devient intenable, aussi le commandant Seymour décide-t-il de tenter une sortie vers le sud, en brisant le dispositif d’encerclement. Le capitaine N'Tchoréré réclame l’honneur de rester sur place, afin de couvrir la retraite du bataillon, ce que le commandant Seymour accepte. Pendant que les restes du bataillon forcent au sud le barrage ennemi, la 5e compagnie, restée seule en arrière-garde, subit l’assaut allemand au nord. C’est au moyen de lance-flammes que les soldats allemands réduisent, une à une, les dernières poches de résistance. A dix heures du soir, la 5e compagnie ne compte plus que quinze hommes valides : dix Africains et cinq Européens, dont les munitions sont épuisées. Ils ne peuvent plus que se rendre et hissent le drapeau blanc : le capitaine N'Tchoréré sort en tête des survivants. Les SS séparent alors les Noirs des Blancs. Le capitaine N'Tchoréré refuse d’être considéré comme un Untermensch — un sous-homme — et fait valoir sa qualité d’officier français. En dépit des vives protestations de ses camarades, et des lois les plus élémentaires de la guerre, les SS exécutent sommairement le capitaine N'Tchoréré. Comble de la barbarie, son corps est ensuite broyé sous les chenilles d’un char. La carrière héroïque et la mort tragique du capitaine Charles N'Tchoréré sont devenues des symboles de l’engagement et du courage des 80 000 soldats africains qui combattirent pour la France et le monde libre. Combattant volontaire, blessé au combat, titulaire de nombreuses décorations militaires et mort pour la France, Charles N'Tchoréré était l’auteur d’un rapport sur la promotion sociale des sous-officiers indigènes, qui a été adopté dans la plupart des unités africaines. Un mausolée a été construit à Airaines en mémoire de son courage et de son sacrifice. Une artère de la petite ville a été rebaptisée « Avenue capitaine N'Tchoréré ». En 1962, un timbre poste gabonais lui a été dédié, et le prytanée militaire de Saint-Louis-du-Sénégal porte désormais son nom. |