Karl Otto Koch
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es prisonniers défilant en uniforme immaculé, des parterres de fleurs plantées devant des clôtures électrifiées, un zoo miniature abritant un singe et des oiseaux... Prises dans la seconde moitié des années 1930, ces photos du camp de concentration de Sachsenhausen étaient destinées à montrer le caractère "exemplaire" de ces nouvelles installations conçues par le régime nazi. Retrouvées dans les archives de l'ancienne police secrète soviétique, le NKVD, ces images noir et blanc sont exposées jusqu'au 28 octobre dans l'ancien camp, situé sur la commune d'Oranienburg, à 40 km au nord de Berlin. Les quelque 200 photos émanent de l'album d'un officier SS, Karl Otto Koch. Elles retracent ses diverses missions dans les camps de Hohnstein, Sachsenburg, Columbia, Esterwege puis de Sachsenhausen, à la tête duquel il est nommé en juillet 1936, alors que le lieu est en cours de construction. Membre du Parti national-socialiste depuis 1931, il reçoit l'ordre d'en faire un camp "modèle", fidèle à l'image que les nazis veulent donner : organisés, disciplinés, puissants. Avec ce souci en tête, Koch prend - ou fait prendre - les photos des lieux, entourés de forêts. Les travaux de construction sont précieusement documentés. Ils sont effectués par les prisonniers eux-mêmes - opposants politiques, détenus de droit commun, homosexuels, et autres - que l'on voit en train de porter un tronc d'arbre ou de travailler le bois dans un atelier baigné de soleil. Le régime nazi qui, à l'été 1936, organise les Jeux olympiques dans la capitale du Reich, fait volontiers visiter le site. Des photos montrent des délégations d'officiers polonais et de journalistes suédois, intéressés par l'expérience nazie. Le camp de Sachsenhausen se veut novateur dans sa conception architecturale en forme de triangle. Il s'agit, explique Heinrich Himmler, chef des SS, de construire "un camp de concentration totalement nouveau, extensible à tout moment, moderne et d'une nouvelle ère". Les baraquements sont bâtis symétriquement autour d'un axe central partant de la tour A, où siège la direction SS et par laquelle entrent les détenus. Sur 388 hectares, le camp abrite aussi les résidences des hauts gradés, qui s'y installent avec leurs familles. Des photos montrent des officiers en train de plaisanter autour d'une table de jardin, à quelques dizaines de mètres de lieux où les prisonniers, lorsqu'ils ne sont pas torturés ou abattus, sont humiliés au quotidien. Derrière ces images se voulant idylliques transparaît parfois le caractère du commandant Koch, réputé aussi mégalomaniaque que violent. On le voit se faire photographier au soleil couchant, son ombre démesurée portant sur la façade d'un baraquement. Ou debout sur un monticule de terre avec son inséparable chien, un grand danois baptisé Afra. Ou à cheval, une tête de mort imprimée sur le tissu placé sous sa selle, alors qu'il dirige un commando SS en 1934 à Dresde. D'autres photos témoignent, involontairement sans doute, de la cruauté de l'officier bien noté par ses supérieurs. Le plus grand et le plus petit des prisonniers du camp sont placés côte à côte pour être la risée des autres. Dans un bâtiment à part, un couloir sombre dessert une série de cellules particulièrement redoutées des détenus. Les photos présentées dans l'exposition sont accompagnées des titres retrouvés dans l'album Koch. La direction du musée, installé dans l'ancien camp, a choisi d'assortir les images de témoignages de survivants de Sachsenhausen et d'autres camps où Koch était en mission. Ils racontent la terreur qui y règne, les conditions de vie inhumaines qui tranchent sur la "réalité" photographique. Koch est muté en 1937 à Buchenwald, puis à Majdanek. Jugé trop corrompu, il sera condamné à mort et exécuté en avril 1945 par les SS. Antoine Jacob Article paru dans l'édition du 22.10.06 |
es prisonniers défilant en uniforme immaculé, des parterres de fleurs plantées devant des clôtures électrifiées, un zoo miniature abritant un singe et des oiseaux...