Pas de blocs de colonies sans accord de paix !
travaillistes : on pourrait construire dans les «blocs de colonies», même
sans accord de paix (et peut-être même surtout sans accord de paix). Cet
article démontre le danger de cette position, qui participe d'une certaine
fuite en avant, phénomène bien connu en Israël où l'on a tendance
aujourd'hui à privilégier une approche unilatérale, en particulier depuis
la victoire du Hamas]
Yediot Aharonot, 7 mars 2006
par Hagit Oferan (1)
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Le programme électoral officiel du Parti travailliste comporte la phrase
surprenante suivante : [Nous sommes pour] «des coupes importantes dans le
budget des colonies isolées, mais pas dans les blocs de colonies».
En d'autres termes, le Parti travailliste a décidé de soutenir la
poursuite de la construction dans les colonies, mais «seulement» dans les
gros blocs.
En apparence, c'est relativement raisonnable : les Palestiniens ont fait
connaître, officiellement et officieusement, leur accord pour
qu'interviennent des échanges de territoires, et se sont faits à l'idée de
[l'annexion des] gros blocs de colonies, raisonnablement proches de la
ligne Verte et qui pourraient accueillir la plupart des colons.
Mais en réalité, ce serait une erreur de bâtir dans ces zones. Une fois
que nous aurons dépensé beaucoup d'argent et beaucoup construit, nous nous
rendrons compte, à notre grande surprise, que nous aurons obéré toute
possibilité de conclure un accord de paix et toute solution à deux Etats,
et que ces blocs constitueront une raison pour que notre conflit avec les
Palestiniens continue.
Les limites de ces blocs n'ont jamais été définies. C'est la barrière de
sécurité qu'est en train de construire Israël unilatéralement qui les
définit de facto.
Le «bloc d'Ariel», par exemple, s'étend sur un vaste terriitoire et
s'enfonce dans le cour de la Cisjordanie. Il inclut plus de 15 colonies,
d'Ariel à l'Est (à plus de 20 km de la ligne Verte !) jusqu'à Kedoumim au
Nord, Ma'aleh Shomron à l'Est et Ofarim et Beit Aryeh au Sud.
Un coin enfoncé au cour de la Cisjordanie
Il est clair qu'un pareil bloc empêchera toute possibilité de continuité
territoriale pour un futur Etat palestinien. C'est d'ailleurs la raison
pour laquelle les Etats-Unis n'autoriseront pas Israël à inclure ce bloc à
l'intérieur de la barrière.
Cela est également vrai du bloc de Ma'aleh Adoumim, qui forme une saillie
coupant la Cisjordanie en deux tronçons, au Nord et au Sud. En outre, il
isole Jérusalem Est du reste de la Cisjordanie. Ce bloc inclut le
programme de construction «E-1» qui prévoit de bâtir 3.500 logements entre
Ma'aleh Adoumim et Jérusalem : l'objectif est bien d'isoler Jérusalem Est.
(2)
Les Palestiniens ne peuvent en aucun cas accepter un accord qui leur
refuse une capitale à Jérusalem Est. Couper cette ville de la Cisjordanie
par des blocs de colonies (ceux actuellement en construction, et ceux qui
sont en cours de planification) reviendrait à clouer définitivement le
cercueil de tout processus de paix.
En cas d'absence d'accord de paix, il n'y aura de légitimité ni pour les
colonies, ni pour les blocs de colonies. Même si Israël se retire
unilatéralement, sans accord, les Palestiniens considéreront ces blocs
comme un motif pour continuer leur lutte, et les blocs pourraient devenir
l'objet d'un terrorisme constant.
Le reste du monde ne reconnaîtra pas, lui non plus, la souveraineté
d'Israël sur ces blocs de colonies sans l'accord des Palestiniens et sans
un règlement définitif du conflit. Les colonies en question pourraient
ainsi subir le sort qu'ont connu celles de Gaza et du Nord de la
Cisjordanie.
En outre, la Feuille de route, à laquelle se réfère officiellement le
programme électoral de Kadima, stipule explicitement qu'Israël doit
stopper toute construction dans les colonies dès la première phase (même
la construction qui répondrait aux besoins d'une «croissance naturelle»).
Or, Israël construit bien des appartements (5.300 en 2005) dans les blocs
de colonies. Il ne peut donc pas prétendre avoir rempli ses obligations et
exiger des Palestiniens qu'ils remplissent les leurs.
Il faut renforcer les Palestiniens modérés
Les critiques les plus acerbes émises par les Palestiniens qui sont partie
prenante d'initiatives de paix comme Genève est que, du fait de leur
acceptation officieuse de l'annexion de blocs de colonies (3), ils ont
donné à Israël sa légitimité pour poursuivre son programme de construction
dans les colonies.
Le Hamas en a fait un argument de campagne électorale très efficace : «10
ans de négociations et de dialogue avec Israël ont doublé le nombre de
colons dans les territoires. En revanche, cinq ans de lutte armée ont fait
partir Israël de Gaza».
Face au Hamas, Israël doit se comporter avec sagesse et ne pas faire le
jeu de cette organisation, pour que nous ayons au moins une petite chance
de connaître un semblant de calme.
La société peut encore changer de dirigeants, et Mahmoud Abbas est
toujours à la tête de l'Autorité palestinienne.
Israël doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour renforcer les
Palestiniens modérés et combattre les extrémistes. La seule manière, c'est
par de véritables accords de paix qui déstabiliseront le Hamas et
exerceront sur lui des pressions de la communauté internationale.
Ceux qui souhaitent développer les blocs de colonies doivent privilégier
la conclusion d'un accord de paix définitif le plus tôt possible, afin de
garantir à une majorité de colons de pouvoir demeurer en territoire
israélien.
(1) Hagit Ofaran est membre de l'Observatoire de la colonisation de Shalom
Arshav (La Paix Maintenant)
(2) Sur ce sujet, voir par exemple notre article « la bataille pour
Jérusalem capitale » http://www.lapaixmaintenant.org/article1034
(3) Contre la cession par Israël de territoires équivalents. Cf. le
détail dans le texte des accords :
http://www.lapaixmaintenant.org/article708
palestinienne) après la victoire du Hamas? Beaucoup, en Israël, affirment
qu'il ne "compte plus". D'autres, notamment en Palestine, lui voient jouer
un rôle majeur. Voici deux articles, par deux "modérés", un Israélien et
un Palestinien, qui illustrent ces différences de vues]
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ATTENTION : Vendredi prochain, 10 mars, notre chronique radio traitera de
la pauvreté en Israël. Le dernier rapport (2005) précisait qu'un enfant
israélien sur trois vit sous le seuil de pauvreté. Claudine Korall
s'entretiendra avec Ilan Rozenkier, sociologue et membre du bureau de La
Paix Maintenant.
"Chroniques pour la Paix" à écouter tous les vendredis des semaines paires
sur Judaïques FM (94.8) à 10h15.
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http://www.bitterlemons.org/issue/pal1.php
Bitterlemons, 6 mars 2006
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
1/ Une opinion israélienne
Non, il ne compte pas
par Yossi Alpher
"La balle est dans le camp des Palestiniens. Celui qui doit jouer, c'est
le le futur gouvernement Hamas. Et Abou Mazen (Mahmoud Abbas), dans ce
contexte, ne compte pas". Ainsi s'exprimait la semaine dernière Tzipi
Livni, ministre des Affaaires étrangères. Elle a raison.
Certaines bonnes volontés, en Israël, en Palestine et dans le reste du
monde, veulent faire de Mahmoud Abbas un personnage "qui compte". Elles
nous rappellent que les accords signés par Israël l'ont été avec l'OLP,
pas avec l'Autorité palestinienne, et que le Hamas ne fait pas (encore)
partie de l'OLP. Elles font remarquer qu'Abbas a l'intention de renforcer
l'OLP vis-à-vis de l'Autorité palestinienne. Elles notent que le Hamas n'a
pas recueilli la majorité des suffrages palestiniens et qu'en conséquence,
Abbas représente toujours la majorité des Palestiniens. Ils font
rermarquer aussi que la plupart des Palestiniens, y compris de nombreux
électeurs du Hamas, continuent à soutenir des négociations immédiates avec
Israël et une solution à deux Etats. "La victoire du Hamas ne doit pas
être l'arbre qui cache la forêt", a déclaré la semaine dernière au New
York Times Saeb Erekat, négociateur en chef des Palestiniens. "Le peuple
palestinien veut une paix négociée, et en Mr Abbas, nous disposons d'un
président de l'Autorité palestinienne et d'un président de l'OLP qui
partage cette opinion, qui a le mandat pour agir et qui a la capacité de
le faire.
Mais, dans la situation actuelle, Abbas ne compte pas, et pour le moment,
un processus de paix n'est pas possible. Le Hamas est notre "partenaire",
pour le meilleur et pour le pire.
Mahmoud Abbas est quelqu'un de bien, et il a des sentiments nobles. Il
s'oppose à la violence et semble sincèrement désireux de parvenir à une
solution à deux Etats. Il demeure président de l'Autorité palestinienne et
de l'OLP. Jusque là, tout va bien. Mais il est incapable d'agir de façon
décisive, et incapable de tenir ses promesses. Il avait promis de désarmer
les milices (celles du Hamas, de l'OLP et du Jihad islamique), mais il n'a
pas pu. Il a voulu nettoyer les rangs du Fatah et de l'OLP de sa vieille
garde de politiciens corrompus, mais il a échoué.
Ses engagements idéologiques ne vont pas nécessairement, eux non plus,
dans le sens d'une paix avec Israël. En mars 2005, au Caire, il fut
d'accord avec le Hamas pour affirmer que le droit au retour devait
s'exercer pour tous les réfugiés sur leurs terres d'origine : une recette
certaine pour éliminer Israël. Auparavant, à Camp David et à Taba, en
2000-2001, il a fait partie de l'équipe de l'OLP dont les positions sur le
Mont du Temple et sur le droit au retour ont contribué à faire échouer les
négociations. Pour le dire brièvement : même s'il avait un mandat pour
négocier et la capacité de le faire, il est probable que des négociations
avec lui échoueraient. Dans l'hypothèse improbable où elle réussiraient,
Abbas ne pourrait rien faire, car il n'a pas le mandat qu'a le Hamas.
Le fait que le Hamas ait receuilli moins de 50% des suffrages palestiniens
le 25 janvier dernier est peu significatif : dans toute l'Europe, des
partis au pouvoir sont élus avec moins de 50% des voix ; certains
présidents américains ont eux aussi recueilli moins de 50% des suffrages.
En Israël, il est question que le parti Kadima forme le prochain
gouvernement avec moins d'un tiers des votes. Nous avons défendu avec
force l'idée que les Premiers ministres Rabin et Sharon avaient un mandat
pour agir, même quand leurs partis n'avaient eu qu'une fraction des
suffrages et que leurs coalition étaient branlantes. En fait, les systèmes
électoraux comme celui des Palestiniens sont conçus pour garantir le
pouvoir à un seul parti, ce qui renforce la démocratie. Israël ne peut que
regarder avec envie le succès "technique" du système palestinien (mais
pas, bien entendu, son résultat politique : le Hamas au pouvoir).
Il se peut que la majorité des Palestiniens soit en faveur d'une solution
négociée à deux Etats, mais elle est aussi pour les attentats à la bombe.
Et si leur seule raison de voter Hamas était de jeter dehors
l'establishment du Fatah, ils auraient pu voter pour des Palestiniens
propres et laïques comme Salam Fayad, qui n'a obtenu que deux sièges. Le
Hamas a honnêtement gagné sa majorité parlementaire. Maintenant, il doit
exercer le pouvoir.
Il ne fait pas de doute que Mahmoud Abbas conserve d'importantes
prérogatives, en tant que président et en tant que chef de l'OLP. Mais il
a également l'obligation, en conformité avec l'accord du Caire, d'intégrer
le Hamas au sein de l'OLP. S'il ne le fait pas, le Hamas pourrait déclarer
que l'OLP "ne compte pas". En outre, précisément parce qu'il est démocrate
et homme d'honneur, Abbas ne neutralisera pas le parlement palestinien,
mais il respectera la volonté du peuple palestinien. Il trouvera avec le
Hamas une solution qui permettra à cette organisation d'exercer le
pouvoir. Et Abbas aura sauvé la face.
Soit les Palestiniens modérés comme Erekat sont dans le déni, soit ils ne
comprennent pas qu'ils ont été remplacés par les Frères musulmans, avec
tout ce que cela implique pour la société israélienne et pour les
relations israélo-palestiniennes. Israël, sans aucun doute, a une
responsabilité dans l'échec d'Abbas et dans le triomphe du Hamas : il n'a
pas su renforcer suffisamment Abbas, et il n'a pas rempli ses obligations
dans le cadre de la Feuille de route. Mais nous faire porter, seuls, la
responsabilité de la victoire du Hamas, comme le font de nombreux
Palestiniens, c'est une autre forme de déni palestinien. Et cela ne change
pas non plus la situation que nous devons affronter aujourd'hui.
Si un miracle se produisait et si le Hamas acceptait les conditions
imposées par le Quartette, Israël pourrait se retrouver face à un
partenaire viable avec lequel discuter d'un accord provisoire. Il vaudrait
la peine d'attendre quelques mois pour vérifier cette thèse, ne serait-ce
que pour garantir notre crédibilité compte tenu de ce qui nous attend. Le
plus probable est que nous devrons agir de façon unilatérale. Dans cette
perspective, ce qui "compte" pour Israël, c'est d'assurer son avenir en
tant qu'Etat juif et démocratique : en démantelant les colonies éloignées
et en achevant la clôture de sécutité, le plus près possible de la ligne
Verte, y compris à Jérusalem.
Yossi Alpher, co-éditeur de Bitterlemons, a dirigé le Jaffee Center for
Strategic Studies. Il a été l'un des conseillers d'Ehoud Barak.
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2/ Une opinion palestinienne
Un rôle crucial
par Hassan Khatib
Il y a deux manières d'expliquer les récentes attaques israéliennes à
l'encontre du président Mahmoud Abbas, dont on dit qu'il "ne compte plus"
après la victoire du Hamas aux dernières élections palestiniennes.
L'une est à relier au climat général préélectoral qui règne en Israël,
dans lequel les hommes politiques israéliens trouvent nécessaire d'adopter
des positions extrêmes à l'égard de tous les sujets liés aux Palestiniens.
La seconde serait, en quelque sorte, une tentative de refuser à Mahmoud
Abbas toute possibilité de sauver son peuple de la crise intérieure et
internationale qu'il connaît.
La victoire du Hamas et les réactions israéliennes et internationales ont
créé une impasse à laquelle les deux côtés doivent trouver une issue. Le
Hamas, dont la victoire a été écrasante, est en train de se rendre compte
progressivement qu'il ne peut pas concrétiser sa victoire sans un niveau
minimum de coopération avec d'autres forces sur le plan intérieur, et sans
un niveau minimum de coopération avec la communauté internationale. Mais
le Hamas ne sait pas comment s'y prendre.
La communauté internationale, de son côté, souhaite (et d'ailleurs y est
obligée) préserver la survie de l'Autorité palestinienne, empêcher son
effondrement et le chaos qui s'ensuivrait. La communauté internationale
comprend que cela n'est pas possible sans un minimum de coopération avec
un éventuel gouvernement Hamas, mais elle ne sait pas comment entamer
pareille coopération.
Il se pourrait que Mahmoud Abbas soit la personne idoine pour créer une
base commune qui assurerait un vote de confiance du parlement palestinien
(où le Hamas domine) pour un gouvernement palestinien spécifique, et qui
en même temps tiendrait compte de la nécessité du soutien de la communauté
internationale pour que ce gouvernement puisse survivre.
Les deux côtés, à savoir le Hamas d'une part, et Israël et la communauté
internationale d'autre part, ont besoin de Mahmoud Abbas. Ils doivent donc
lui faire des concessions pour lui permettre de décider de grandes lignes
qui soient acceptables pour les deux côtés. Ces concessions doivent être
raisonnables. On ne peut pas exiger du Hamas des concessions qui
videraient sa victoire de toute signification. On ne peut pas non plus
attendre d'Israël et de la communauté internationale de renoncer à leurs
intérêts, dont l'un est justement de maintenir en vie l'Autorité
palestinienne, qu'on peut considérer en un sens comme un projet
international : elle a été créée par un accord international, maintenue en
vie grâce à l'aide internationale, et réformée après des pressions
internationales.
En ce sens, Mahmoud Abbas "compte" énormément pour la société
palestinienne, pour Israël et pour la communauté internationale. De fait,
c'est lui, sa position et son approche, qui semblent être la seule issue
de l'impasse actuelle, pour tout le monde.
Et pourtant, c'est précisément ce rôle potentiel que peut avoir Mahmoud
Abbas dans le maintien de cette coopération vitale et nécessaire entre les
Palestiniens, si on lui en donne la chance, qui semble être la cible des
déclarations israéliennes, qui ne sont destinées qu'à l'affaiblir et à
détourner l'attention de sa personne.
L'avantage de Mahmoud Abbas, c'est sa crédibilité, unique sur le plan
intérieur comme sur le plan international, et son engagement envers une
solution politique par la négociation et non par la violence. En outre,
c'est le seul dirigeant palestinien qui dispose d'une légitimité égale,
sinon supérieure,à celle du Hamas, car il a été élu par le peuple
palestinien sur un programme en contradiction absolue avec celui du Hamas.
C'est le programme de Mahmoud Abbas qu'il faut soutenir, en Palestine et à
l'étranger.
Hassan Khatib est co-éditeur de Bitterlemons. Il est ministre du Plan de
l'Autorité palestinienne et ministre de la Santé par intérim.
article de l'excellent quotidien libanais The Daily Star. Enthousiasmant?
Non. Mais sait-on jamais, dans cet Orient, où comme le dit l'auteur, les
accords les meilleurs sont souvent non dits et faits de bric et de
broc...]
http://dailystar.com.lb/article.asp?edition_ID=10&article_ID=22761&categ_id=5
The Daily Star, 8 mars 2006
par Rami G. Khouri (1)
Trad. Gérard pour La Paix Maintenant
Après 100 ans de conflit entre le sionisme et le nationalisme arabe en
Palestine, les Israéliens et les Palestiniens n'ont toujours pas d'accord
de paix, mais il semble qu'ils aient un accord. Les paramètres de cet
accord, non-dit mais relativement clair, paraissent répondre aux besoins
immédiats des deux côtés. C'est le Premier ministre israélien Ariel Sharon
qui, le premier, les a formulés, il y a un an et demi, puis mis en oeuvre
l'an dernier avec son retrait unilatéral de Gaza. Ils ont été consommés
avec la victoire du Hamas en Palestine, et seront probablement couronnés
avec l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement israélien dirigé par
Ehoud Olmert et par le parti Kadima.
Les termes de cet accord implicite sont : une séparation plus rapide et
plus nette entre Israéliens et Palestiniens, un cessez-le-feu mutuel (dans
le cadre d'un retour en arrière sur la colonisation de territoires
palestiniens occupés), ce qui permettrait aux Palestiniens de continuer à
bâtir leur mini-Etat à Gaza et sur une portion de la Cisjordanie.
Cet accord non-dit entre Israéliens et Palestiniens sera toujours fragile,
parce qu'il est déséquilibré et imposé de manière unilatérale. Il ne
répond en rien aux aspirations essentielles des deux côtés :
reconnaissance, sécurité et fin du conflit pour les Israéliens,
libération, souveraineté et droits des réfugiés pour les Palestiniens.
Mais pour les deux côtés, pour une période, cet accord, avec tous ses
défauts et ses déséquilibres, semble préférable à la guerre de basse
intensité qui les oppose.
Israël, au moins pendant ce mois électoral, n'est pas le moins du monde
intéressé à explorer les options possibles qui permettraient d'entamer des
négociations de paix avec le Hamas. L'actuelle direction israélienne
préfère préparer son opinion à d'autres désengagements unilatéraux.
Israël, de fait, semble être en train de tracer ce qu'il considère comme
ses frontières définitives, délimitées par la barrière de séparation qu'il
construit de plus d'un an.
Sharon et le parti Kadima qu'il a créé, aujourd'hui dirigé par Olmert, a
toujours considéré qu'un accord provisoire à long terme avec les
Palestiniens était plus réaliste et préférable à une tentative
supplémentaire de négocier une paix globale et définitive. Le Hamas, pour
sa part, respecte depuis un an le cessez-le-feu avec Israël. Soumis à des
pressions régionales et internationales qui le poussent à assouplir sa
position, il est en train d'envoyer des signaux selon lesquels il
continuera à respecter le cessez-le-feu, à condition qu'Israël fasse des
gestes réciproques sur des questions clés, comme les droits des réfugiés
et le démantèlement de toutes les colonies. Aujourd'hui, Israël
n'acceptera pas ces conditions.
Ainsi, le Hamas ne parle que de prolonger sa trêve d'un an et de la
transformer en une trêve à long terme, où les Palestiniens vivraient aux
côtés d'un Etat d'Israël revenu à ses frontières d'avant la guerre de
1967, si Israël accomplit les gestes nécessaires sur les colonies, les
frontières et les réfugiés.
L'accord provisoire à long terme de Sharon et la trêve à long terme du
Hamas se ressemblent étrangement. Suivant en cela ce que l'Orient sait
faire le mieux, ces accords sont appliqués sans avoir été formulés
officiellement, ni agréés. La paix est loin. Mais il s'agirait peut-être
d'une coexistence pacifique de bric et de broc, non dite, qui éviterait
que de méchants actes soient commis. Et elle laisserait la porte ouverte à
d'autres options.
Ces dernières semaines, des membres de Kadima ont déclaré que s'ils
étaient élus, ils continueraient à se retirer unilatéralement de certaines
parties de la Cisjordanie, et qu'ils laisseraient totalement les affaires
de Gaza entre les mains des Palestiniens. Le premier pas serait, si l'on
en croit Avi Dichter, ancien chef du Shin Bet, de démanteler d'autres
colonies isolées de Cisjordanie tout en consolidant les gros blocs de
colonies proches de la frontière de 1967.
Cette approche est censée refléter celle de l'establishment militaire
israélien, qui pense qu'une colonisation prolongée va à l'encontre de la
sécurité d'Israël. Aujourd'hui, on considère qu'une séparation des
Palestiniens serait davantage de l'intérêt d'Israël que la colonisation et
l'occupation militaire. Les Israéliens souhaitent évacuer le maximum de
territoires occupés afin qu'Israël demeure un Etat sioniste à prédominance
juive. Ils semblent également résignés à vivre à côté d'un proto-Etat
palestinien dirigé par le Hamas ou par un gouvernement de coalition dirigé
par le Hamas.
Le renversement historique de la politique israélienne menée depuis 1967
trouve, en miroir, son équivalent du côté palestinien. Un gouvernement
Hamas est prêt à gérer les zones qui seraient évacuées par Israël, à agir
rapidement pour construire une société plus sûre, plus stable, gouvernée
par l'état de droit, et pour appliquer une trêve prolongée qui a
probablement commencé. Le Hamas observera dans le calme les retraits
israéliens, et se concentrera sur la bonne gouvernance de sa société, à
Gaza et dans la plus grande partie de la Cisjordanie.
Le coeur opératif, non dit mais essentiel, de cet accord muet est que les
deux côtés arrêtent de se tirer dessus et de se tuer comme ils le font
depuis des années. Israël se retirera régulièrement de territoires
palestiniens, les Palestiniens disposeront de davantage d'attributs de
souveraineté et ils pourront se consacrer, avec davantage de diligence
qu'auparavant, aux priorités qu'impose la construction d'une nation. Ce
développement en parallèle mais séparé pourrait conduire à terme à des
circonstances qui seraient propices à une solution définitive et négociée
du conflit israélo-palestinien.
On marche sur une corde raide, bien sûr. Mais des deux côtés, on semble
préférer cela au sort certain que promettraient la prolongation de
l'occupation et de la colonisation, et la résistance armée, où l'on
saignerait et coulerait ensemble. De bric et de broc. Rangeons le glaive
et attelons la charrue.
Rami G. Khouri est éditorialiste du Daily Star et ancien rédacteur en chef
du Jordan Times
Par Albert Soued, www.chez.com/soued/conf.htm, pour www.nuitdorient.com
Le 03/03/06
Depuis les accords d'Oslo et le transfert de l'Organisation de Libération de la Palestine de Tunis à Gaza, le processus de guerre ne cesse de s'installer au Moyen Orient.
Sous la pression américaine, des élections de plus en plus transparentes, voire démocratiques, ont lieu et amènent au pouvoir ou renforcent les seuls groupes organisés d'opposition, généralement des groupes islamiques radicaux. En Egypte, bien qu'interdit comme parti politique, le groupe des Frères Musulmans a engrangé sous différentes étiquettes 20% des sièges au Parlement et se présente comme la seule opposition crédible au pouvoir de Moubarak, celui-ci ayant fait taire toute velléité de contestation. En Iran dans la mouvance des ayatollahs, c'est l'aile la plus radicale qui a remporté des élections à peu près libres. Dans l'Autorité Palestinienne, un groupe terroriste apparenté aux Frères Musulmans, le Hamas a remporté les 2/3 des sièges du Parlement.
En Irak, des élections libres ont donné le pouvoir à la majorité shiite qui, devant les excès du terrorisme étranger et sunnite, se radicalise de plus en plus, se rapprochant de l'Iran. Et même au Liban, les élections libres ont amené au pouvoir les partis d'opposition anti-syrienne, mais aussi le H'ezbollah, groupe shiite terroriste affilié à l'Iran et qui participe au gouvernement. De même en Jordanie les partis islamiques ont renforcé leurs positions. Même en Arabie, le pouvoir de la famille royale Saoudite est de plus en plus contesté par des groupes radicaux, affiliés à al Qaeda.
Ainsi démocratiquement et pas à pas, le Moyen Orient est en train de s'islamiser politiquement et de se radicaliser, "selon la volonté d'Allah". Nous assistons aux prémisses, conformes au Coran, du rassemblement de la Oumma, nation-mère, et au début du rétablissement du Califat.
Mais il y a deux ombres à ce tableau brossant l'image d'une utopie meurtrière.
Il y a d'abord l'ombre de la vieille mais non moins tenace rivalité à l'intérieur de l'Islam, entre le pouvoir d'un calife régulier et sunnite et celui du Mahdi shiite. Laquelle des deux lignées va dominer le Moyen Orient ? Dans le passé, nous avons assisté à des rivalités sanglantes pour le pouvoir, toujours au profit de la sunna et du Califat. La shiah n'attend que le moment de sa revanche depuis plus de 13 siècles. Mais aujourd'hui, cette rivalité est tue provisoirement, car un ennemi commun s'est incrusté au Moyen Orient et qu'il faut éliminer, l'état Juif d'Israël. Et c'est là la deuxième ombre que Mahmoud Ahmadinejad, président de la république islamique d'Iran s'est juré d'effacer.
C'est que d'après la Shia'h, le Mahdi réapparaîtra sur un champ de ruines, après une Apocalypse et le président Iranien est soit un illuminé de cette tradition, soit son serviteur doué de raison, prêt à risquer la vie de millions de musulmans.
Au Moyen Orient, depuis les élections palestiniennes, nous assistons à la formation de deux triangles. Un triangle de la haine et de la mort, essentiellement shiite, constitué autour d'un Iran bientôt nucléaire, du groupe H'ezbollah/Syrie (1), auquel vient se greffer un groupe sunnite d'opportunité, le H'amas, groupe violent pris entre la velléité d'améliorer le sort de son peuple et de taire sa violence et le désir d'en découdre avec son voisin Israël, en enfourchant le meilleur cheval de guerre du moment (2).
Le triangle Egypte-Jordanie-Irak est protégé, armé et financé par les Etats-Unis et il semble pour le moment favorable à la paix avec Israël.
Dans cette double triangulation, on peut considérer la péninsule arabique comme non engagée, favorable officiellement à l'Occident pour des raisons capitalistes, mais abritant les pires porte-voix anti-occidentaux et anti-juifs.
La nucléarisation imminente de l'Iran déclenchera un déséquilibre au Moyen Orient, portant les germes de destructions massives. Quelles sont les solutions proposées?
Les Américains cherchent à rassurer Israël. Récemment G W Bush en route pour Nashville dans l'avion Air Force One s'est engagé devant les journalistes "à protéger Israël". Dans un article du 21/02/06 du Washington Post Ronald D Asmus, ex-adjoint au Secrétaire d'Etat américain (1997/2000) propose de faire entrer Israël dans l'Otan.
L'administration américaine vient de débloquer des sommes importantes pour des actions de déstabilisation en Iran. Donald Rumsfeld préconise dans l'International Herald Tribune du 25/02/06 d'investir massivement dans des moyens d'information au Moyen Orient pour neutraliser les nombreuses voix de la Haine Islamique.
Or depuis sa création Israël ne survit que parce que sa sécurité est entre ses mains. Si l'Iran devient nucléaire, la sécurité d'Israël sera assurée par d'autres, ce qui est un grave danger pour ce pays. Des experts Israéliens tels que Shabtay Shoval, ancien membre des services du Renseignement ou Ouzi Dayan, ex chef d'Etat major adjoint pensent que des raids aériens ciblés contre des sites nucléaires iraniens sont possibles mais très risqués. Pour retarder le programme iranien, ils préconisent d'abord des actions clandestines de sabotage ou d'éliminations ciblées (Jerusalem Post du 17/01/06).
Personne ne connaît les intentions américaines en définitive qui dépendent aussi bien de la situation politique et militaire en Irak que des résultats d'élections américaines.
La Russie de Putin cherche à rétablir ses anciennes positions au Moyen Orient, afin d'équilibrer l'influence américaine. Et dans ce but elle parraine le triangle de la mort et de la haine, en cherchant à contrôler l'Iran par ses fournitures nucléaires et en reconnaissant de facto le Hamas. On pourrait revenir ainsi au Moyen Orient à l'équilibre de la terreur de la guerre froide, chaque puissance protégeant et contrôlant un triangle…
En tout cas, on est très loin du processus de paix d'Oslo, pavé des bonnes intentions de feu Yitsh'aq Rabin et de Shimeo'n Pérets.
(1) Ce groupe est armé jusqu'aux dents, le H'ezbollah a plus de 12 000 missiles pointés sur Israël et la Syrie héberge les armes de destruction massive chimiques et biologiques de Saddam Hussein (voir www.nuitdorient.com/n22a46..htm et www.nuitdorient.com/n22a516.htm et interview du 01/03/06 de Ryan Mauro par Jamie Glazov www.FrontPageMagazine.com ). Ryan Mauro est un analyste géopolitique de 19 ans qui est intervenu au très récent Sommet International du Renseignement en Irak.
(2) L'ambassadeur israélien à l'Onu, Dany Gillerman, a déclaré que le monde était témoin de la création d'une alliance terroriste entre l'Iran, la Syrie et le Hamas. "Cet axe terroriste pourrait bien provoquer la première guerre mondiale du XXIème siècle", a-t-il affirmé.
L'Hachomer Hatzaïr vous convie à la projection en avant-première du film :
"L'accord, un plan de paix à Genève"
Le film sera suivi d'un débat sur l'évolution du processus de paix entre
Israéliens et Palestiniens.
En présence de :
Nicolas Wadimoff, réalisateur du film
Maurice Szafran, directeur du journal Marianne
David Chemla, président de La Paix Maintenant
La projection aura lieu le mardi 7 mars à 20h dans les locaux du cercle
Bernard Lazare
(10 rue Saint-Claude 75003 Paris, métro Saint Sébastien Froissard).
PAF: 5 euros
Synopsis du film:
Ils sont accusés d'être des traîtres par leur propre camp, parfois insultés
par leurs proches. La situation en Palestine et en Israël n'a jamais été
aussi désespérée. Eux continuent à se battre aussi, mais pour faire cesser
le conflit. La paix, pour ces Don Quichotte modernes, est un état d'esprit
plus qu'un morceau de papier.
Une année dans le quotidien de trois Israéliens et trois Palestiniens,
signataires de l'Initiative de Genève. Un film sur le courage politique.
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2) Lundi 13 mars à 20h30 : REUNION PUBLIQUE : "Après la victoire du Hamas,
avant les élections en Israël"
La Paix Maintenant organise une réunion publique à 2 semaines des
élections israéliennes en présence de :
- Mossi Raz, membre de Shalom Arshav (La Paix Maintenant), ancien député
Meretz, directeur de l'institut de Givat Haviva (centre travaillant
notamment sur des programmes éducatifs de coexistence israélo-arabe),
directeur israélien de la coalition israélo-palestinienne pour la paix,
co-directeur de la radio "All For Peace".
association à jour de leur cotisation.