Félix Houphouët Boigny
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Le Patriote (Abidjan)
18 Octobre 2006
Publié sur le web le 18 Octobre 2006
Ferdinand Yao
Les hommes comme les pays ont un destin auquel ils n'échappent point. Celui de Félix Houphouët-Boigny s'est conjugué avec le surgissement du mouvement anticolonialiste ivoirien et la naissance de la Côte d'Ivoire moderne. Quand il naît, le 18 octobre 1905 à Yamoussoukro, ses parents lui donnent le nom de Djaha (souvent contracté "Dia") Houphouët. C'est après sa conversion au Christianisme, en 1916, à Bingerville qu'il prend le prénom chrétien de Félix. En 1946, il ajoute à son nom celui de Boigny, le fondateur de la lignée à laquelle il appartient.
En 1910, il est inscrit d'autorité à la petite Ecole primaire de Bonzi où il obtient en 1915 son certificat d'études qui lui permet d'entrer au Groupe scolaire central de Bingerville (devenu par la suite Ecole primaire supérieur, EPS). En 1919, Félix Houphouët réussit le concours d'entrée à l'Ecole normale William Ponty de Gorée. Il y passe trois années puis achève, avec brio, sa spécialisation de médecin à l'Ecole de médecine de Dakar. Il sort major de sa promotion en 1925. Ce qui lui vaut d'être affecté dans son propre pays. En quatre ans, il connaît trois postes d'affectation : Abidjan, Guiglo et Abengourou le 17 septembre 1929.
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Dans cette dernière région qui produit alors le tiers de la production ivoirienne de Cacao, les intermédiaires du commerce de traite volent proprement les paysans. Houphouët ne peut rester indifférent face à cette injustice. En 1932 quand les prix du Cacao chutent plus que de coutume, il quitte sa blouse de médecin pour organiser une grève avec les paysans. Et le 22 décembre de cette année, il publie sous un pseudonyme dans le journal «le Trait d'union» un article au titre très évocateur : «On nous a trop volés». Sa grande propension à défendre la cause des siens amènera son chef de service de l'hôpital de Toumodi à lui demander, en septembre 1938, de « choisir entre le service de Santé et la politique locale ». Le choix ne sera pas difficile à faire. La disparition de son frère cadet laisse vacante la chefferie du canton des Akouè, qu'il occupera de 1939 à 1945.
Pendant ses six années de commandement, Félix Houphouët s'emploie à protéger ses sujets des misères du recrutement et du travail forcé
La lutte pour la liberté
Félix Houphouët fait ses premières armes dans le militantisme syndical. Propriétaire d'une caféière depuis 1925, il réunit à l'Etoile du Sud de Treichville les grands planteurs ivoiriens le 10 juillet 1944.
Ce jour-là, naît le Syndicat Agricole Africain (SAA) dont la présidence lui est confiée bien qu'étant le plus jeune. En trois années de présidence, de 1944 à 1947, il a non seulement implanté, dans tout le pays, le syndicat, mais en a fait le catalyseur de la révolte de tout un peuple contre le régime colonial. Son engagement syndical lui ouvre les portes de l'arène politique. Et le 09 avril 1946, il crée avec d'autres personnalités le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) qu'il préside. Du 18 au 21 octobre 1946 à Bamako se tient le congrès constitutif du Rassemblement Démocratique Africain (RDA), qu'Houphouët est encore appelé à présider. Désormais, son étoile brille dans le firmament africain. La porte de l'Assemblée nationale française lui est ouverte le 10 novembre 1946 comme élu du peuple ivoirien. Il n'en ressortira que pour venir diriger son pays, tout en occupant, à plusieurs reprises, des postes ministériels dans les gouvernements français.
Un homme d'Etat à la recherche de la paix
L'expérience de la vie parlementaire et ministérielle a préparé Félix Houphouët-Boigny à l'exercice du pouvoir. Député de la Côte d'Ivoire de 1946 à 1956, il a été ministre dans six gouvernements de la République française. Lorsque le 07 août 1960 il proclame « solennellement l'indépendance de la République de Côte d'Ivoire », c'est un nouveau challenge qui s'ouvre pour lui. Sur ses épaules, pèse désormais le destin d'un Etat pour lequel il doit préserver la paix et qu'il doit conduire au développement économique et social. Conscient que rien ne peut se faire sans paix, Houphouët-Boigny en fait l'objet de son combat. Sur un territoire où cohabitent plus de 60 ethnies, ce n'est pas une sinécure que de maintenir la cohabitation pacifique quand, partout en Afrique les conflits ethno- tribaux fragilisent les Nations nouvellement indépendantes. Pourtant, ce défi, Houphouët-Boigny l'a relevé.
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Au plan international, l'homme d'Etat a préservé l'équilibre et les relations chaleureuses avec les Etats voisins. En 33 années de règne, il a transformé cette ex- colonie française en havre de paix, terre d'espérance et d'hospitalité.
Voici le portrait que Charles De Gaulle a dressé d'Houphouët-Boigny dans ses "Mémoires d'Espoir" : «Cerveau politique de premier ordre, de plain-pied avec toutes les questions qui concernent non seulement son pays mais aussi l'Afrique et le monde entier. Ayant chez lui une autorité exceptionnelle et au dehors une indiscutable influence et les employant à servir la cause de la Nation».
Houphouët-Boigny aurait eu 101 ans aujourd'hui.

