Qui a peur d'Idi Amin?

Publié le par david castel


12 octobre 2006
The Last King of Scotland
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Qui a peur d'Idi Amin?
Manon Dumais et Martin Girard
 


The Last King of Scotland: un thriller politique à haute tension captivant de bout en bout.

The Last King of Scotland, de Kevin Macdonald, s'inspire du roman de Giles Foden pour dépeindre la relation de pouvoir qui s'établit entre Idi Amin et son jeune médecin écossais. Rencontre avec le réalisateur, Forest Whitaker et James McAvoy lors du Festival International du Film de Toronto.

Après avoir accumulé de nombreux prix internationaux grâce à deux documentaires chocs, One Day in September et Touching the Void, le réalisateur écossais Kevin Macdonald a trouvé dans un roman Giles Foden, lui-même inondé de prix, le sujet parfait pour tourner son premier film de fiction. Une oeuvre qui raconte la descente aux enfers de Nicholas Garrigan, un jeune médecin (un personnage entièrement inventé, joué avec conviction par James McAvoy) qui débarque en Ouganda en 1970 pour travailler dans une clinique de campagne où il compte "faire une différence".

Son arrivée au pays coïncide avec le coup d'État qui permet l'accession au pouvoir du général Idi Amin Dada (Forest Whitaker, dans une performance à couper le souffle). Après avoir assisté à un discours enflammé de cet homme qui promet à son peuple liberté et prospérité, le naïf Nicholas devient son médecin personnel et, accessoirement, son conseiller. Aussi bien dire qu'il signe un pacte avec le diable. Aspiré dans le cercle intime du dictateur sans en comprendre vraiment les rouages, le jeune étranger deviendra malgré lui un des instruments, puis une victime, de la répression sanglante de ce régime.

Après avoir habilement employé certaines règles fondamentales de la fiction dans ses documentaires afin d'en nourrir la tension dramatique, Macdonald fait le contraire avec The Last King of Scotland, utilisant cette fois son sens du détail réaliste et percutant de documentariste pour tirer

le maximum d'impact de ce thriller politique à haute tension. Le résultat est captivant de bout en bout. (M.G.)

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Bien qu'il ait régné sur l'Ouganda en monstre sanguinaire de 1971 à 1979, provoquant notamment la mort de 300 000 personnes, Idi Amin mourut le 16 août 2003 sans avoir payé pour ses horribles crimes. Encore aujourd'hui, certains donneraient le bon Dieu sans confession à celui que l'on surnomma le Boucher de l'Afrique. Forest Whitaker tente une explication: "Si mon personnage paraît par moments plus sympathique que celui de James, inspiré de trois personnes réelles, c'est qu'il est très complexe. C'était un bon vivant, très charmeur, ayant de l'humour, mais c'était aussi quelqu'un de très paranoïaque, plein de tristesse et de rage. C'est notamment à cause de son grand pouvoir de séduction qu'il a réussi à berner tant de gens et de journalistes, qui se sont notamment plus à promouvoir cette image de grand enfant inoffensif d'Idi Amin."

Kevin Macdonald poursuit: "Cette image vient du présentateur de nouvelles anglais John Snow, qui a été l'un des premiers correspondants en Ouganda. Aujourd'hui, il se sent encore coupable d'avoir entretenu une relation amicale avec Amin, dont il était devenu le journaliste préféré. Afin de mousser sa carrière, il donnait au public, qui s'en régalait, des images d'Amin faisant la fête. Snow, qui a notamment servi de modèle à Garrigan, avait eu vent de ce qui se passait, mais n'y prêtait pas tant d'importance."

Ayant rencontré John Snow, James McAvoy abonde dans le même sens: "Au moment où la presse anglaise a su ce qui se passait réellement, elle a décidé de ne pas en parler afin de continuer à vendre de la copie. On a donc continué à le montrer comme un bouffon. Pour la préparation de mon personnage, Kevin ne voulait pas que je fasse trop de recherches afin de préserver une certaine innocence. Lorsque j'ai rencontré John Snow, il m'a dit qu'il avait eu l'impression que la Grande-Bretagne et la presse avaient échoué dans leur relation avec les Ougandais. Il regrettait d'avoir attendu des années afin de faire éclater la vérité au grand jour."

C'est ainsi que dans les années 70, l'image de bouffon pittoresque a marqué l'imaginaire du monde entier: "Lorsque j'étais jeune, se souvient Whitaker, né au Texas, Idi Amin n'était qu'un général orné de médailles; ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai compris ce qu'il avait été. Ce rôle m'a demandé énormément de préparation; j'ai dû apprendre à danser et à parler le swahili. J'ai dû aussi faire des tonnes et des tonnes de recherches sur Idi Amin; j'ai même rencontré des membres de sa famille. Kevin a vraiment eu confiance en moi durant les huit semaines de tournage. Cela dit, je suis satisfait du film de Kevin, car il ne tente pas du tout de "glamouriser" la vie d'Idi Amin."

Pour Kevin Macdonald, qui se rappelle qu'Amin représentait le boogie man dans sa jeunesse, il était important de raconter cette histoire qui, selon lui, dépasse les frontières de l'Afrique: "J'étais intéressé par cette histoire parce qu'Amin était un personnage si particulier, mais aussi parce que cette histoire aurait très bien pu se passer ailleurs qu'en Afrique. Il s'agit en fait d'un récit sur la corruption qu'entraîne le pouvoir, sur la naïveté de la jeunesse et la morale flexible que l'on peut avoir lorsque la vie est douce. C'est un peu l'histoire de Faust, finalement."

De renchérir McAvoy: "Lorsque j'ai reçu le script, je n'ai vu que le récit d'un homme blanc en Afrique; par la suite, j'ai vu plutôt ce médecin fantasque comme une représentation de cet homme blanc. Il était donc important pour moi que le public le trouve d'abord sympathique afin qu'il puisse le réévaluer à mesure qu'avance l'histoire, parce qu'en fait, Garrigan, c'est le spectateur. Plus encore, je dirais qu'il est le microcosme de la Grande-Bretagne colonialiste et destructrice, la représentation de son aveuglement face à la situation de l'Ouganda à l'époque et c'est ce que je trouvais important à démontrer. Même si elle est personnelle, la relation entre Amin et Garrigan est en fait celle qu'il entretenait avec la Grande-Bretagne."

En bout de ligne, le monstre garde tout de même un visage bien humain: "J'ai adoré le portrait humain qu'a fait Hirshbiegel de Hitler dans La Chute, et je comprends pourquoi certains ont été scandalisés de le voir ainsi, car Hitler est une icône que les gens n'arrivent pas à voir comme une véritable personne. Je dirais que pour nous, Occidentaux, Amin représentait le cliché que nous nous faisions de l'homme africain, et pour moi, il fallait préserver son côté bon enfant, attachant, même dans les scènes où il s'avère monstrueux, car il était ainsi", conclut le réalisateur. (M.D.)

À voir si vous avez aimé
Général Idi Amin Dada de Barbet Schroeder
Shooting Dogs de Michael Caton-Jones
La Chute d'Oliver Hirshbiegel




Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Nouveauté

The last king of Scotland
cote du film : 4

Une critique de Michel Coulombe

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Le dictateur ougandais Idi Amin Dada était plus grand que nature. Il y a une trentaine d'années, Barbet Schroeder lui consacrait un documentaire inquiétant, Général Idi Amin Dada: Autoportrait. On y voyait le tyran mythomane vanter ses prétendus exploits sportifs, décrire sa puissance militaire imaginaire et exprimer sa volonté de voir disparaître Israël. Un fou. Une matière première fabuleuse pour un cinéaste.

Le romancier Giles Foden s'est inspiré de la vie du président ougandais. Il y a ajouté une touche de fiction, un jeune Écossais qui aurait été le médecin personnel du dictateur et de sa famille. Ce personnage est le prisme au travers lequel il fait un retour sur l'histoire de l'Ouganda.

Kevin McDonald porte aujourd'hui ce roman à l'écran. Le cinéaste s'est fait connaître grâce à des documentaires qui empruntent à la fiction, Touching the void et One day in September. Cette fois, il fait le chemin inverse et signe une fiction imprégnée de la réalité. Un film très solide.

Se brûler à l'astre du pouvoir

The last king of Scotland s'intéresse au pouvoir. À l'attrait du pouvoir. Celui dont on s'approche parfois de trop près. Celui qui peut vous consumer à tout moment. Le pouvoir neuf qu'acquiert un jeune Européen sur un chef d'État assassin. Car il fait bon se sentir important, écouté, redouté même. Tant pis si on vous perçoit comme le singe blanc d'un leader noir.

Le déni a tout de même des limites. Tôt ou tard, on finit par admettre que l'on cohabite avec un crotale. Ce jour-là, on se répète probablement à voix basse la formule du Général Roméo Dallaire: « J'ai serré la main du diable. »

L'acteur américain Forest Whitaker, que le cinéma n'a pas toujours bien servi, trouve avec Idi Amin Dada un rôle à sa mesure. L'accent, la gestuelle, la nature trouble du personnage, tout y est. Whitaker rend bien la complexité du dictateur. Fascinant, charismatique, illuminé, imprévisible, paranoïaque, changeant. Cruel et sadique aussi. Le régime d'Idi Amin Dada n'a-t-il pas sur les mains le sang de 300 000 personnes?

La fin de l'innocence

À la manière du récent Shooting dogs, qui évoque le génocide rwandais, le film de McDonald fait renaître le souvenir d'une tragédie africaine de la fin du siècle dernier dans le regard d'un Européen. Cet homme ne saisit pas tous les enjeux et sous-estime la cruauté des hommes. C'est, pour lui, la fin de l'innocence.

D'ailleurs, plusieurs ressortiront du film de McDonald ébranlés. Certaines images sont en effet très dérangeantes.

Toutefois, la véritable horreur se trouve ailleurs. Après tout, Idi Amin Dada a été au pouvoir pendant une dizaine d'années. Combien faudra-t-il encore de films pour que l'on mesure l'indifférence ou du moins la négligence de la communauté internationale à l'égard du continent africain?


 


 


 

Le samedi 14 octobre 2006

The Last King of Scotland: le dictateur et son docteur

Anabelle Nicoud

La Presse

Collaboration spéciale

Nicholas (James MacAvoy) est beau. Nicholas est jeune. Nicholas vient de décrocher son diplôme de médecin. Mais plutôt que de rouiller dans le cabinet de son paternel, Nicholas prend ses jambes à son cou. Adieu l'Écosse, bonjour l'Ouganda.

Quand Idi Amin (Forest Whitaker) prend le pouvoir lors d'un coup d'État, le jeune Nicholas, un peu insouciant, trouve cela plutôt cool. Et quand le dictateur en devenir le prend sous son aile, Nicholas accepte sans trop de scrupules le luxe de la vie d'ami du dictateur, qu'il prend alors pour un original bien intentionné.

Si le spectateur sait dès le début qu'Idi Amin a autant d'équilibre psychologique qu'Hitler, Nicholas, lui, le voit d'un bon oeil. Il fait défiler ses musiciens en kilt? C'est parce qu'il aime l'Écosse. Il lui offre une décapotable? C'est parce que Nicholas le vaut bien.


Petit à petit, Nicholas commence à flairer l'arnaque. Mégalomanie, schizophrénie, paranoïa, le président-dictateur dévoile à son peuple, au monde, et à son docteur jusque-là trop occupé à profiter de ses privilèges, sa face sanguinaire. Mais comment se sortir des pattes d'un dictateur fou?

Les yeux d'Idi Amin se font plus fous, plus dangereux, tandis que Nicholas regarde, avec un regard de poulet se dirigeant vers l'abattoir, le spectacle des corps torturés par le régime de son bienfaiteur. C'est angoissant à souhait.

Adapté du roman de Giles Folden, The Last King of Scotland plonge dans le monde d'Idi Amin, qui a mis à mort 300 000 Ougandais sous les yeux d'un jeune blanc-bec. Trop ignorant, trop arrogant, Nicholas se rend compte un peu trop tard de l'impasse dans laquelle ses conneries l'ont mené, lui et le peuple Ougandais.

Kevin MacDonald aligne des plans originaux dans ce film rythmé, coloré, rapide. Les fastes de la vie d'un dictateur sont bien représentés et le réalisateur puise dans le documentaire sa façon de filmer les moments les plus politiques ou historiques. Ceux qui ont vu son documentaire One Day in September apprécieront.

Les interprétations de James MacAvoy et Forest Whitaker, et Gillian Anderson, méconnaissable, méritent le détour. Tout comme le réalisateur, ils négocient avec habileté le passage du film du registre des fêtes de république bananière à celui du thriller.

Passé ces indéniables qualités, on s'interrogera tout de même sur la pertinence d'une reconstitution d'abord sous les auspices de la comédie (même au second degré) de l'un des épisodes les plus dramatiques de l'histoire ougandaise.

On ressent un certain malaise à voir cette page de l'histoire par les yeux d'un jeune homme blanc, si stupide et arrogant soit-il. Le malaise grandit en écoeurement à mesure que l'empathie du spectateur va à son héros (blanc, forcément blanc) plutôt qu'à la population ou même aux proches, victimes du président. Fallait-il vraiment dramatiser le tout avec des scènes de torture dégueulasses de réalisme et dignes d'un film d'horreur?

Certes, le film égratigne les intentions bienveillantes et tellement condescendantes de «l'homme blanc». Cela ne fait malheureusement pas le poids face à une insistance douteuse et maladroite, à faire rire d'un dictateur qui n'a rien de drôle.

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The Last King of Scotland, drame historique de Kevin MacDonald. Avec Forest Whitaker, James McAvoy, Kerry Washington et Gillian Anderson,

Au début des années 70, un jeune médecin écossais entre dans la garde rapprochée d'Idi Amin, dictateur sanguinaire.

Brillamment réalisé et interprété... mais à mi-chemin entre le thriller et le film historique.




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