Nous avons réussi : ils s'entretuent !
[en écho à l'article précédent, "la chute du Hamas approche" (1). La
responsabilité d'Israël dans les événements sanglants en Palestine. Et une
troisième Intifada à l'horizon? Avertissement à l'intention de ceux qui se
réjouissent de voir les Palestiniens s'entretuer]
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3312514,00.html
Yediot Aharonot, 8 octobre 2006
Nous avons réussi : ils s'entretuent !
Orly Noy *
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
La seconde guerre du Liban a soulevé de nombreux doutes sur la capacité du
gouvernement à réfléchir à l'avance aux conséquences de ses actions, à
analyser leurs répercussions futures et à agir en conséquence. Mais le
comportement du gouvernement à l'égard des Palestiniens atteste sans aucun
doute des capacités de planification stratégique d'un joueur d'échecs
émérite qui, patiemment, tend un piège à son adversaire , coup après coup,
jusqu'à la défaite du Roi. Echec et mat.
En fait, il ne serait pas exagéré de dire que ceux qui sont les moins
surpris par les heurts sanglants entre le Hamas et le Fatah dans les
Territoires sont les mêmes hommes politiques qui ont été prompts à décider
que "pour le moment, l'agenda palestinien est mort", un avis de décès qui
mettait fin aux perspectives de pourparlers avec l'autre côté.
Israël peut continuer à parler du chaos en Palestine comme d'une "affaire
intérieure palestinienne" et à se présenter comme non impliqué, mais cette
dangereuse confrontation découle d'une politique israélienne qui a consisté
à affaiblir aussi bien le Fatah que le Hamas, afin qu'aucun des deux ne
puisse administrer les Territoires de façon efficace.
Du jour où il a été élu président, Mahmoud Abbas a été traité par Israël de
personnalité vide, faible et impuissante, ce qui a pavé la voie à sa défaite
aux élections législatives et à la prise du pouvoir par le Hamas. L'exemple
le plus frappant de cette politique a été bien entendu le refus par Israël
de coordonner son retrait de la bande de Gaza avec le gouvernement
palestinien, qui ne comprenait pas à l'époque le Hamas, optant pour une
mesure unilatérale : brillante manoeuvre israélienn, qui a évité au
gouvernement de prendre en compte le côté palestinien, virtuel à ses yeux.
Comme nous le savons, la politique du "il n'y a pas de partenaire" n'a pas
été inventée en l'honneur du Hamas, mais avec l'accession au pouvoir du
mouvement islamiste, cette politique a pris un virage encore plus actif. Non
seulement nous refusons de parler à ce non-partenaire, mais nous employons
tous les moyens possibles pour le défaire, y compris l'enlèvement de ses
représentants élus et la privation de nourriture de ses électeurs.
Un jeu soigneusement orchestré
Et même quand il semble que, pour un moment, le Hamas perde un peu de sa
popularité auprès des Palestiniens et que la position d'Abbas puisse de
nouveau se renforcer, Israël s'assure de faire prisonnier le commandant de
la Garde présidentielle, assénant ainsi un nouveau coup dans les côtes
d'Abbas, et ainsi de suite. En ce moment, il est à la mode de remplacer le
slogan "pas de partenaire" par "il faut renforcer Abbas". Mais il s'agit
d'une sinistre plaisanterie. A Jérusalem comme à Washington, on sait que
c'est trop peu, et surtout trop tard.
Ce jeu, soigneusement orchestré par Israël, a aussi un décor, appelé la
bande de Gaza. Depuis un an que le désengagement a eu lieu, Israël a fait en
sorte de faire de la bande de Gaza une cocotte-minute, en attendant que
l'explosion se produise. Avec le chômage qui atteint des sommets, un siège
terrestre, aérien et maritime, des passages frontaliers la plupart du temps
fermés, avec un siège économique et le gel des transferts des produits de
douane et de taxes qui appartiennent de droit à l'Autorité palestinienne, le
gouvernement israélien savait que ce n'était qu'une question de temps avant
que la bande de gaza ne s'effondre en un chaos violent ce qui n'a pas
manqué d'arriver. Aujourd'hui, le gouvernement peut cocher l'objectif défini
auparavant.
Toutefois, il faudrait rappeler à ceux qui se réjouissent de voir les
Palestiniens s'entretuer en ce moment que ce jeu comporte un épilogue. Le
jour venu, peut-être plutôt que prévu, les Palestiniens chercheront à faire
cesser ce bain de sang et à s'unir autour d'un objectif commun.
Alors, aucun objectif ne sera mieux capable d'unir autour de lui les
factions palestiniennes que la résistance à l'occupation. Ainsi, Israël se
prépare, de ses propres mains et avec une évidente satisfaction, une
troisième Intifada, avant même que la deuxième ne soit morte, et ce pour
nourrir la théorie du "il n'y a pas de partenaire".
* Orly Noy est commentatrice politique pour la radio israélo-palestinienne
All For Peace
(1) http://www.lapaixmaintenant.org/article1399
responsabilité d'Israël dans les événements sanglants en Palestine. Et une
troisième Intifada à l'horizon? Avertissement à l'intention de ceux qui se
réjouissent de voir les Palestiniens s'entretuer]
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3312514,00.html
Yediot Aharonot, 8 octobre 2006
Nous avons réussi : ils s'entretuent !
Orly Noy *
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
La seconde guerre du Liban a soulevé de nombreux doutes sur la capacité du
gouvernement à réfléchir à l'avance aux conséquences de ses actions, à
analyser leurs répercussions futures et à agir en conséquence. Mais le
comportement du gouvernement à l'égard des Palestiniens atteste sans aucun
doute des capacités de planification stratégique d'un joueur d'échecs
émérite qui, patiemment, tend un piège à son adversaire , coup après coup,
jusqu'à la défaite du Roi. Echec et mat.
En fait, il ne serait pas exagéré de dire que ceux qui sont les moins
surpris par les heurts sanglants entre le Hamas et le Fatah dans les
Territoires sont les mêmes hommes politiques qui ont été prompts à décider
que "pour le moment, l'agenda palestinien est mort", un avis de décès qui
mettait fin aux perspectives de pourparlers avec l'autre côté.
Israël peut continuer à parler du chaos en Palestine comme d'une "affaire
intérieure palestinienne" et à se présenter comme non impliqué, mais cette
dangereuse confrontation découle d'une politique israélienne qui a consisté
à affaiblir aussi bien le Fatah que le Hamas, afin qu'aucun des deux ne
puisse administrer les Territoires de façon efficace.
Du jour où il a été élu président, Mahmoud Abbas a été traité par Israël de
personnalité vide, faible et impuissante, ce qui a pavé la voie à sa défaite
aux élections législatives et à la prise du pouvoir par le Hamas. L'exemple
le plus frappant de cette politique a été bien entendu le refus par Israël
de coordonner son retrait de la bande de Gaza avec le gouvernement
palestinien, qui ne comprenait pas à l'époque le Hamas, optant pour une
mesure unilatérale : brillante manoeuvre israélienn, qui a évité au
gouvernement de prendre en compte le côté palestinien, virtuel à ses yeux.
Comme nous le savons, la politique du "il n'y a pas de partenaire" n'a pas
été inventée en l'honneur du Hamas, mais avec l'accession au pouvoir du
mouvement islamiste, cette politique a pris un virage encore plus actif. Non
seulement nous refusons de parler à ce non-partenaire, mais nous employons
tous les moyens possibles pour le défaire, y compris l'enlèvement de ses
représentants élus et la privation de nourriture de ses électeurs.
Un jeu soigneusement orchestré
Et même quand il semble que, pour un moment, le Hamas perde un peu de sa
popularité auprès des Palestiniens et que la position d'Abbas puisse de
nouveau se renforcer, Israël s'assure de faire prisonnier le commandant de
la Garde présidentielle, assénant ainsi un nouveau coup dans les côtes
d'Abbas, et ainsi de suite. En ce moment, il est à la mode de remplacer le
slogan "pas de partenaire" par "il faut renforcer Abbas". Mais il s'agit
d'une sinistre plaisanterie. A Jérusalem comme à Washington, on sait que
c'est trop peu, et surtout trop tard.
Ce jeu, soigneusement orchestré par Israël, a aussi un décor, appelé la
bande de Gaza. Depuis un an que le désengagement a eu lieu, Israël a fait en
sorte de faire de la bande de Gaza une cocotte-minute, en attendant que
l'explosion se produise. Avec le chômage qui atteint des sommets, un siège
terrestre, aérien et maritime, des passages frontaliers la plupart du temps
fermés, avec un siège économique et le gel des transferts des produits de
douane et de taxes qui appartiennent de droit à l'Autorité palestinienne, le
gouvernement israélien savait que ce n'était qu'une question de temps avant
que la bande de gaza ne s'effondre en un chaos violent ce qui n'a pas
manqué d'arriver. Aujourd'hui, le gouvernement peut cocher l'objectif défini
auparavant.
Toutefois, il faudrait rappeler à ceux qui se réjouissent de voir les
Palestiniens s'entretuer en ce moment que ce jeu comporte un épilogue. Le
jour venu, peut-être plutôt que prévu, les Palestiniens chercheront à faire
cesser ce bain de sang et à s'unir autour d'un objectif commun.
Alors, aucun objectif ne sera mieux capable d'unir autour de lui les
factions palestiniennes que la résistance à l'occupation. Ainsi, Israël se
prépare, de ses propres mains et avec une évidente satisfaction, une
troisième Intifada, avant même que la deuxième ne soit morte, et ce pour
nourrir la théorie du "il n'y a pas de partenaire".
* Orly Noy est commentatrice politique pour la radio israélo-palestinienne
All For Peace
(1) http://www.lapaixmaintenant.org/article1399
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