Walt Disney reclassé haute culture
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| Laurent Wolf, Paris Jeudi 28 septembre 2006 | |||||
| Imaginez. L'une des institutions artistiques les plus sérieuses parmi les plus sérieuses organise une exposition sur McDonald's afin de montrer les sources du Big Mac dans la tradition gastronomique et l'influence du Chicken McNugget sur les nouveaux cuisiniers de la fin du XXe siècle. Surprise, émoi, scandale. On dénonce ces rapprochements, on soupçonne une stratégie publicitaire destinée à redorer le blason de la marque. Or, c'est ce que viennent de faire, avec l'œuvre de Walt Disney, deux institutions vénérables, les Galeries nationales du Grand Palais et le Musée des beaux-arts de Montréal. En 1945, Disney contacte Salvador Dali qui travaille alors avec Alfred Hitchcock à Hollywood. Il lui propose de faire un dessin animé à partir de ses tableaux. Le peintre accepte, mais les circonstances ne permettent pas d'achever le film. Une exposition en présente aujourd'hui une reconstitution à partir des images originales. Elle est organisée par la Réunion des Musées Nationaux à Paris, sous le titre: Il était une foisWalt Disney, Aux sources de l'art des studios Disney.Elle a lieu dans un bâtiment où l'on a coutume de voir plus souvent des tableaux de Poussin, de Corot, de Monet ou de Picasso. Elle bénéficie bien sûr de la bénédiction des studios et de l'aide de leurs immenses archives. Walt Disney est américain et mondial, comme McDonald's. Il s'en distingue sur un point. Il lui est arrivé d'être bon. Et sa réussite repose non sur sa virtuosité de dessinateur (il ne dessinait plus depuis le début des années 1920) mais sur un talent tout aussi efficace. Il sut s'entourer de collaborateurs doués et cultivés, notamment de jeunes immigrés formés dans les écoles d'art européennes qu'il engage au début des années 1930 pour concevoir ses premiers longs métrages d'animation, Blanche-Neige et les sept nains en 1937, Pinocchio en 1940 et Fantasia en 1940 (lire ci-dessous). L'exposition du Grand Palais présente des centaines de documents d'une qualité saisissante, des dessins, des peintures, des sculptures, des maquettes qui ont servi à la conception des grands classiques du cinéaste. Mais le plus surprenant, si l'on prend Walt Disney pour un produit typiquement américain sans mémoire, est sa connaissance intime du cinéma (l'expressionnisme européen, celui de Murnau par exemple) et la mise à jour d'une utilisation consciente de l'iconographie d'artistes comme Gustave Doré, Honoré Daumier ou Arnold Böcklin. Il ne s'agit pas d'influences qu'aurait subies Disney à son insu et que mettraient à jour des historiens d'art soucieux de reclasser son travail. En 1935, il fait un long séjour en Europe et en ramène des centaines d'ouvrages destinés à constituer une réserve d'images. A l'époque, les studios Disney ne se contentent pas d'exploiter des compétences acquises à l'extérieur. Des enseignants y interviennent presque tous les jours. On y apprend le dessin, l'anatomie, les techniques de représentation et d'animation, et l'histoire de l'art. On quitte en tout cas cette exposition avec une nouvelle vision du personnage et de ce qu'il laisse. D'autant que le parcours se termine avec des œuvres d'art des années 60-80, celles de l'époque du Pop Art dont certains artistes (Andy Warhol ou Roy Liechtenstein) reprennent systématiquement les images de Disney, et avec des œuvres d'art contemporain qui prouvent que l'imagerie de Disney à sa grande époque n'est pas confinée à l'industrie culturelle de masse que sont devenus les productions et les parcs d'attraction qui portent son nom. Il était une fois Walt Disney, Aux sources de l'art des studios Disney. Grand Palais, Square Jean Perrin, 78008 Paris. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10 à 20 h, le mercredi de 10 à 22 h. Jusqu'au 15 janvier. | |||||
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