Munich

Publié le par david castel





De Steven Spielberg (Etats-Unis-2005) avec Eric Bana, Daniel Craig, Ciaran Hinds, Mathieu Kassovitz - Ed.Universal

Le 6 septembre 1972, le monde apprenait l'assassinat par un commando palestinien de 11 athlètes irsraéliens lors de JO de Munich.

Le cinéaste américain Steven Spielberg dans Munich revient sur ces évènements et raconte la poursuite des tueurs à travers le monde par des agents du Mossad.

L'histoire: Dans la nuit du 5 septembre, un commando de l'organisation palestinienne Septembre Noir s'introduit dans le Village Olympique, force l'entrée du pavillon israélien, abat deux de ses occupants et prend en otages les neuf autres. 21 heures plus tard, tous seront morts, et 900 millions de téléspectateurs auront découvert en direct le nouveau visage du terrorisme.

Après avoir refusé tout compromis avec les preneurs d'otages, le gouvernement de Golda Meir monte une opération de représailles sans précédent, baptisée "Colère de Dieu". Avner, un jeune agent du Mossad, prend la tête d'une équipe de quatre hommes, chargée de traquer à travers le monde onze représentants de Septembre Noir désignés comme responsables de l'attentat de Munich. Pour mener à bien cette mission ultrasecrète, les cinq hommes devront vivre en permanence dans l'ombre.

Passant d’un sujet de science-fiction (La Guerre des mondes), à un sujet d’actualité avec Munich , Steven Spielberg est revenu à la palette sombre de son inspiration, lisible dans Duel, Les Dents de la mer, La Liste de Schindler, ou Il faut sauver le Soldat Ryan. En revisitant l’événement qui constitue l’acte de la naissance du terrorisme moderne, dont on connaît aujourd’hui la résultante, il parle infiniment du contexte international actuel. Il confirme du même coup dans son style, sa distanciation par rapport à son lyrisme caractéristique. Distanciation lisible dans son film précédent qui renouait avec Duel ou Les Dents de la mer, parmi ses films les plus résolument sombres.

Munich est de ce point de vue abyssal, ne laissant pas même une place à la petite lueur d’espérance qui concluait, ironiquement, La Guerre des mondes, déj à très métaphorique de l’actualité du 11 septembre 2001. C’est en effet quand il explore le «  côté obscur » que Spielberg est au meilleur de sa forme. Jamais cinéaste n’a vu ses films aussi régulièrement, tout le long de sa carrière, qualifiés «d’aboutissement à l’âge adulte » (La Couleur pourpre, L’Empire du soleil, Shindler, Ryan...). Ce n’est rien comprendre à Spielberg qui a constamment alterné fantaisie (fantasy) et gravité. Comme nous le rappelions, ce n’est jamais sans départir d’un certaine guimauve, mais la dernière scène de sa Guerre des mondes semble signifier que désormais il la laisse au placard, ce que confirme Munich.

Tant, que l’on reconnaît à peine son style (sauf dans sa lumière jouant du clair-obscure)). Il semble avoir pris la leçon de son ami Kubrick, toujours très distancié dans le traitement de ses sujets, comme un entomologiste génial. Si le réalisateur met à plat la stratégie d’Israël suite aux événements de Munich, il ne se veut pas historien. Et le reproche que certains pourront lui faire sur les sous-entendus de culpabilisation des membres de l’équipe chargé d’assassiner onze Palestiniens, passent totalement à côté du sujet. Spielberg se distancie par rapport à l’Histoire en stipulant d’entrée de jeu que son film est «  Inspiré de faits réels ». Précaution d’usage, mais qui compte dans son traitement effectif du sujet.

Il colle d’une part à l’Histoire en se faisant le rapporteur exacte du déroulement de la prise d’otages et de sa conclusion, quand on compare son traitement parcellaire du sujet à celui, développé et exposé dans le documentaire qui sort le même jour dans les salles, Un jour de septembre. Si son sujet n’est pas la prise d’otages, il ne peut l’ignorer et l’insère d’abord comme introduction à son récit, puis comme les images récurrentes du cauchemar d’Avner, chef du commando israélien, qui ponctuent le film en respectant la progression chronologique, et dans lequel il puise sa motivation. Aussi Spielberg ne met jamais en doute la conviction de ses protagonistes dans leur mission, que cela s’agisse d’Avner ou de ses compatriotes. Si les interrogations se font jour, c’est bien entendu parce que le metteur en scène profite de son intrigue issue de l’Histoire pour interroger de telles pratiques et réaliser du même coup son premier film résolument politique (si l’on excepte son demi échec La Couleur pourpre et son raté Amistad, tous deux sur l’esclavage).

Si Spielberg pose de la sorte de vraies questions (les cibles sont-elles les bonnes ?, leur mort est-elle justifiée ? celle-ci n’entraîne-t-elle pas la spirale du terrorisme revendicatif et d’Etat ?...), il réalise en même temps un remarquable thriller, tout en affinant l’approche psychologique de ses personnages. Une réussite particulièrement lisible au cours d’un dialogue entre Avner, amené à s’entretenir avec un Palestinien, au cours duquel ses convictions sionistes ne peuvent s’empêcher de s’exprimer. Alors que cette prise de position le met en danger, son interlocuteur la respecte sur le plan idéologique, mais ils redeviendront ennemis dans la scène suivante, au cours d’un duel fatal pour l’un d’eux.

La paranoïa d’Avner progresse au fil de sa mission. Remarquablement interprétée par Eric Bana, elle naît aussi de la mise en scène qui valorise la menace qui se resserre autour de lui, déduite de menus événements suggestifs, dès qu’elle se fait jour. Si Bana est excellent, tous les acteurs sont sur la même ligne, Geoffrey Rush en tête (qui ressemble étonnement au chef du Mossad qu’il interprète). Preuve du grand directeur d’acteur que Spielberg ne cesse d’être.

La sous intrigue des informateurs que trouve Avner en France est tout autant passionnante que les autres aspects du film. Elle met en place des personnages énigmatiques que l’étrange présence de Mathieu Amalric et Michael Lonsdale nourrissent avec tact, comme de mystérieux acteurs qui actionnent les rouages d’une machine incontrôlable, dans l’ombre des pouvoirs.

Munich se révèle abouti et sophistiqué dans ses lectures multiples, savamment dosées, même si l’on connaît les convictions sionistes de son auteur. De fait, Spielberg se révèle extrêmement prudent dans son approche, en interrogeant les méthodes auxquelles font appel les Etats (en l’occurrence israël, mais ce message s’adresse à tous), le profil de ses personnages, sans jamais oublier qu’il est investi d’un talent de cinéaste hors pair, dont la dernière œuvre constitue un des sommets de sa filmographie. Remarquable.

Critique: Jacky BORNET
Publié le 26/09 à 13:54
le Plus du DVD

En présentation du film, une intervention de Steven Spielberg qui parle de son film. A l'origine, un livre publié en 1984 de Jonas qui s'appelle "Vengeance" et qui dévoile l'opération "Colère de Dieu".

Le cinéaste insiste sur le fait que son film n'est pas un documentaire mais "une histoire basée sur quelque chose qui s'est réellement passée".

Il s'agit d'un sujet très délicat "et nous avons choisi de l'aborder honnêtement et sans mâcher nos mots... d'observer les relations politiques entre Israël et le reste du monde et de comprendre pourquoi un pays pense que sa meilleure défense contre un certain type de violence soit d'attaquer à son tour".

Une passionnante interview qui donne les clés pour comprendre les motivation du cinéaste à faire ce film.

Par ailleurs, la traditionnelle reprise de scènes considérées comme les plus importantes du film.

Et enfin, le making off qui comporte des interventions de Steven  Spielberg, du scénariste Tony Kushner qui parle de l'histoire comme quelque chose "de très sombre, problématique et compliqué sur la politique des assassinats ciblés", et des différents interprètes qui donnent leur vision du film et de leur personnage mais aussi de Spielberg comme réalisateur. (Hélène Grumbach)




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Sélection des chapitres

RÉSUMÉ DU FILM

Au cours des Jeux Olympiques de Munich en 1972, les onze membres de l'équipe israélienne sont assassinés par un commando palestinien. Les médias répercutent l'information et le monde s'indigne de tels actes.
Suite à ces événements, cinq hommes sont recrutés officieusement par le Mossad pour mener à bien une mission : se venger en éliminant les onze personnes supposées responsables du massacre. Pour honorer ces contrats, ces hommes doivent disparaître de la société en chan-geant d'identité et en renonçant à leur passé.
Ces cinq hommes ont tous un profil, des compétences et des motivations différents. Ils par-courent la France, la Grèce, le Liban, etc… pour faire disparaître les hommes impliqués dans cette blessure politique.

SPÉCIFICITÉS TECHNIQUES
Réalisé par Steven Spielberg
Avec... Eric Bana (Avner)
Daniel Craig (Steve)
Ciaràn Hinds (Carl)
Mathieu Kassovitz (Robert)
Hanns Zischler (Hans)
Mathieu Amalric (Louis)
Michael Lonsdale (Papa)
Yvan Attal (Tony)
Durée : 2h37
Zone : 2
Type : 2 DVD-9
Genre du film Drame
Produit par Amblin Entertainment - Kennedy / Marshall - Barry Mendel / Alliance Atlantis

Langues francais etats-unis
Son Dolby Digital
Sous-titres Français, Anglais (sourds et malentendants)
Format
du film
16/9e anamorphique (compatible avec un écran 4/3)

QUALITÉ DE L'IMAGE

Tout est propre et net : aucun raccord, aucune poussière, une image numérique qui se veut parfaite et qui EST parfaite. Les lumières souvent chaudes rappellent les films des années 70 faits sur bobine sans en avoir les inconvénients. Un effet « d’époque » réussi avec une technologie d’aujourd’hui maîtrisée. C’est du Spielberg : la technique et la technologie au service d’une narration visuelle réfléchie et sans détour.

QUALITÉ DU SON

Comme pour l’image, c’est propre, très bien équilibré entre les dialogues et la musique. Les explosions aussi sont bien orchestrées. Aucun réel commentaire à faire si ce n’est que tout va bien et est confortable à l’oreille ! La bande son est composée de morceaux des années des événements et agrémentée de musique originale, on a affaire à un bon équilibre qui donne de l’authenticité à l’histoire.

BONUS ET SUPPLÉMENTS

- Voir le film avec une introduction de Steven Spielberg (4 min. 30)
- Making of Munich


CRITIQUE DU FILM

Tout commence de nuit, quand des hommes en survêtement tentent de rentrer en faisant « le mur » dans le village olympique de Munich. Arrivés à leur but, ils retiennent en otage l’équipe Israélienne et tout se termine par une prise d’otage et un bain de sang. Le groupe Septembre Noir est né. C’est un groupuscule Palestinien qui revendique l’appartenance à un peuple et à une terre.

Le gouvernement israélien refuse de laisser cela sans représailles et engage cinq hommes au profil très différents pour éliminer les hommes jugés responsables de ce sang versé, tant des contacts avec la KGB qu’avec la CIA, ou des hommes de main

Le premier les mène, Avner, joué par Eric Bana, le personnage que l’on suit tout au long du film. Il est jeune papa et fils de héros de combat. Il ne sait pas trop pourquoi il a été choisi pour tenir cette position mais fait son travail avec conviction. C’est un personnage humain qui garde les pieds sur terre. Il a à cœur de remplir sa mission proprement.

Ensuite vient Robert, joué par Matthieu Kassovitz. Il est à l’origine fabricant de jouet et, lors de son passage obligé par l’armée, il a été affecté au déminage puisqu’habitué aux petites mécaniques. Pour cette mission de « nettoyage », il fabrique des bombes. Pas toujours très à l’aise dans ce qu’il fait, il se pose des questions sur ses motivations.

Ciaràn Hinds est Carl. Il vérifie que tout est bien, que la cible a bien été tuée et qu’aucun indice de leur passage ne subsiste : il ramasse les douilles, nettoie, enfin, fait tout ce qu’il faut pour préserver l’anonymat de l’attentat. Il paraît de glace mais se sent particulièrement impliqué dans son devoir patriotique.

Daniel Craig joue Steve, un type sanguin, un peu trop dévoué à sa cause. Il assure les arrières de son équipe et se sent un peu « inactif ». Son tempérament à fleur de peau fait qu’on ne lui donne pas d’arme de peur de précipiter les plans calculés.

Hans est un personnage froid et carré. Joué par Hanns Zischler qui lui offre un faciès impassible et dur, ce personnage représente la stabilité. Il termine le travail quand cela est nécessaire.

Louis et son Papa (Mathieu Alamaric et Michaël Lonsdale) tiennent les rôles des informateurs. A la solde de personne, juste de ceux qui paient, ils achètent et revendent des informations qui permettent à Avner de localiser leurs cibles. Papa est un homme droit et juste. Il aime bien Avner et affirme qu’il ne lui causera jamais de tort, même à bon prix. Il aime l’intégrité, la famille et la bonne chère ce qui le rend très attachant. Louis, quant à lui, vit dans l’ombre de son père. Il négocie les prix et « livre » les informations. On ne sait pas grand-chose de lui, en fait.

Geoffrey Rush joue l’intermédiaire entre le gouvernement israélien et Avner. Il s’occupe des préoccupations matérielles de l’équipe et veille à ce que rien ne dérape. Il donne le baromètre de la pression politique de ses patrons et offre un visage sans réel ressentiment à rien.

Les décors sont pris au naturel avec un respect des éléments d'époque soigné. Les voitures, costumes, affiches et autres détails sont tout droit sortis des catalogues et des revues des années 70'. On se régale les yeux. Les rues de Paris, comme celles des autres lieux, sans doute,
Font largement penser aux images d’actualité qui nous arrivent de la réalité.
Pour ce qui est de l’action en elle-même, les exécutions se font de moins en moins maladroitement. C’est nettement retranscrit pas la lumière dans les scène : d’abord de jour, la première exécution ne paraît pas « professionnelle » et plus on va dans l’accomplissement du contrat, plus l’obscurité s’installe et plus les gestes sont minutés et précis. Les hommes dont on suit les agissements s’enhardissent et c’est net pour le lecteur.

Tous ces personnages sont très différents et tant physiquement que sur la personnalité, on sent une réelle volonté de les dissocier. Le film est servi par des rôles distincts qui permettent de faciliter la lecture du film qui, admettons le, est assez compliqué, comme le problème qui est traité. Aucune explication n’est avancée, il ne faut pas compter sur la lecture de ce film pour davantage comprendre le conflit israélo-palestinien.

L’histoire en elle-même peut paraître simple : cinq types qui doivent en tuer onze autres. Mais les dessous politiques et les rouages d’un système obscur donnent une profondeur qui en font un film particulier. C’est une histoire humaine où des sentiments opposés se retrouvent, où des actes violents sont censés servir la paix, où une vie commence et où d’autres s’achèvent. Des antagonismes comme ça, le film en souligne continuellement.
Que l’on se rappelle des faits à l’époque ou non, on ne peut pas rester indifférent. Ce film se veut un devoir de mémoire sans volonté d’être un documentaire. Steven Spielberg expose des faits pour en faire une histoire, il ne veut en aucun cas en faire un témoignage brut.

C’est un film à voir et à conserver. Sombre et dur, les personnages croient en leur rôle de sauveur de la patrie. Leur dévouement à la tâche les rend aimable bien que la tâche ne le soit pas. Nominé cinq fois aux Oscars en 2005 dont le meilleur film, ce film les mérite largement bien qu’il n’est pas été récompensé.

Les Bonus
Voir le film avec une introduction du réalisateur Steven Spielberg
Le spectateur a le choix entre regarder le film « nu » ou avoir droit à une introduction de Steven Spielberg.
Pour ma part, je trouve que ces 4’30’’ de commentaires sont intéressantes et apportent le point de vue et les motivations du « narrateur » (si l’on considère que c’est le réalisateur lui-même qui nous raconte son histoire). M. Spielberg nous parle des ses souvenirs personnels sur cet attentat qui amorce le film. Cet événement n’est qu’un triste épisode d’une histoire politique bien complexe. Steven Spielberg nous explique sa volonté de ne pas montrer un documentaire, cependant il exprime un réel souhait d’être observateur des relations politiques d’Israël vis-à-vis du reste du monde jusqu’à aujourd’hui en mettant le doigt sur un épisode violent de son histoire.
Pour ceux qui connaissent ces faits par cœur, les souvenirs de Steven Spielberg et ses motivations à faire ce film apportent une note personnelle à l’histoire.

La Mission – L’équipe
Reportage assez/trop court rassemblant des entretiens des producteurs, du réalisateur, de l’auteur du livre et des acteurs. 13 minutes de témoignages, d’impressions et de présentation de chacun.
Steven Spielberg nous expose son point de vue sur ces tragiques événements. Il nous décrit son rapport avec l’auteur du livre qu’il semble difficile de cataloguer parmi les romans.
Les mots de chacun font ressortir le film comme une œuvre commune, comme quelque chose de vraiment profond, sérieux, où tous se sont réellement impliqués tant les faits historiques contés semblent les toucher personnellement.
Les acteurs nous parlent de leurs personnages en prenant un recul objectif pour se démarquer de la fiction. (D’ailleurs, avant le visionnage du film, un avertissement apparaît pour nous signifier que tous les actes, mots et idées n’engagent en rien Universal.) Aussi, les acteurs ont perçu ce tournage comme « naturel » tant ils se sont sentis concernés.
Le témoignage de Geoffrey Rush permet de s’attarder sur la scène du repas à Francfort qui joue un peu comme une articulation de la narration.

Des bonus très intéressants bien que très courts. Un concentré d’informations, donc, qui éclairent le lecteur de l’intérieur.

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Publié dans Munich Selon Spielberg

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