Revirement du Hezbollah qui refuse désormais les termes de la résolution 1701

Publié le par david castel

[Le Hezbollah refuse de se retirer du sud du Litani en application de la
résolution 1701. Annan à Siniora : «Vous devez tenir vos engagements
internationaux, sinon je n'assume pas la responsabilité de la poursuite de
la destruction du pays». Remous et désarroi au sein du gouvernement
libanais.]


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L'Orient Le Jour (Beyrouth), 11 septembre 2006

Revirement du Hezbollah qui refuse désormais les termes de la résolution 1701


Au lendemain de l'approbation à l'unanimité par le gouvernement de la
résolution 1701, et à la veille de l'entrée en vigueur à 8 heures, ce
matin, d'un accord sur la cessation des hostilités, un premier accroc
au consensus de samedi s'est produit hier avec la remise en question, par
le Hezbollah, de sa décision d'évacuer la région située au sud du Litani,
comme le prévoit expressément la résolution.

Cette remise en question a torpillé une réunion du gouvernement qui était
prévue hier pour faire suite à la réunion de samedi, au cours de laquelle
la résolution 1701 avait été approuvée à l'unanimité, malgré des réserves.
Le Conseil des ministres, qui devait mettre au point les modalités
opérationnelles du déploiement de l'armée au Liban-Sud, a été reporté, en
principe, à demain. (...)

Le motif véritable du report du Conseil des ministres d'hier n'a pas été
annoncé tout d'abord. Mais on apprenait en cours de soirée que le
président de la Chambre, Nabih Berry, a demandé ce report parce
que le Hezbollah n'était pas d'accord pour la remise de ses armes, ni sur
l'évacuation de la zone des combats au sud du Litani. Plusieurs ministres,
dont Ahmad Fatfat, ont confirmé ces propos. Or on sait que, selon la 1701,
seules les forces de l'armée, assistées de la Finul, sont appelées à se
déployer dans cette région.


L'Iran en cause

Selon des sources bien informées, la position du Hezbollah fait suite à un
vote au sein du directoire du Hezbollah, qui se serait prononcé à la
majorité des voix contre la remise des armes du parti. L'aile dure
du Hezbollah en voudrait même à Nabih Berry, avec lequel elle aurait coupé
les ponts, considérant qu'il est trop acquis à la cause du Premier
ministre.

De même source, on affirme que ce durcissement du Hezbollah s'est effectué
sous l'impulsion de l'Iran, qui aurait refusé l'évacuation de la région
située au sud du Litani, tant que les fermes de Chebaa sont
occupées.

L'aile dure du Hezbollah accuse désormais le mouvement du 14 Mars de
vouloir lui arracher, par la politique, «ce qu'Israël n'est pas parvenu à
lui arracher par la force».

Dans une version plus nuancée de ce qui s'est réellement passé, des
sources ont affirmé que le Hezbollah a affirmé qu'il «disparaîtra de la
scène», au sud du Litani, sans que cela signifie une évacuation
réelle et totale, telle que la prévoit la 1701.

Toutefois, le ministre de la Défense, M. Élias Murr, et le commandant en
chef de l'armée, le général Michel Sleimane, auraient refusé
catégoriquement de déployer la troupe, dans ces conditions, ne voulant pas
«tricher» avec la résolution 1701. L'armée ne se déploiera au Sud que si
elle est seule à occuper le terrain, a affirmé M. Murr.


Bombardements... téléphoniques

Après l'annonce du report, le Premier ministre a été bombardé d'appels
téléphoniques provenant, notamment, de la secrétaire d'État Condoleezza
Rice, du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, du roi Abdallah de
Jordanie et du président Hosni Moubarak.

De M. Annan, M. Siniora a entendu des mots très graves : «Vous avez des
engagements internationaux à tenir. Sinon, je n'assume pas la
responsabilité de la poursuite de la destruction du Liban», aurait affirmé
le secrétaire général de l'ONU, qui n'est pas vraiment connu pour sa
surenchère.

Outrés par ce revirement, les ministres du 14 Mars ont immédiatement réagi
en accusant le Hezbollah de s'être livré à des «manouvres» en approuvant
la résolution 1701.

Il a été, un moment, question que le Premier ministre, ou le ministre de
l'Information, s'adresse à la nation pour placer le parti islamiste devant
ses responsabilités, et lui faire assumer la responsabilité de
la destruction du pays.

En tout état de cause, le revirement du Hezbollah met le gouvernement en
porte-à-faux à l'égard de la communauté internationale, qui pourrait
refuser de donner au Liban le délai nécessaire pour régler ses divisions
internes.


La patience de Siniora

M. Siniora, dont la patience est mise à rude épreuve, aurait immédiatement
engagé les contacts pour bénéficier de ce délai, et aurait demandé aux
ministres d'observer un mutisme total, dans un ultime effort pour sauver
l'unité de façade et épargner au pays de nouvelles destructions
d'infrastructures.
De fait, en quittant la réunion ministérielle, M. Marwan Hamadé, dont la
pugnacité n'est jamais mise en défaut, s'est abstenu de toute déclaration.

Pour sa part, Mme Nayla Moawad a regretté que la «victoire diplomatique »
du Liban ne puisse avoir de suite. Et de rappeler que toutes les décisions
du gouvernement ont été amplement discutées avec tous."
«L'heure de vérité est là, a dit Mme Moawad. La résolution 1701 peut être
le point de départ de l'édification d'un État libanais avec la
participation de tous. Il s'agit d'une résolution où le Premier ministre a
marqué des points importants, grâce à la solidité de la résistance et du
peuple libanais tout entier.» «Cette résistance peut se transformer en
victoire, si elle est mise au service du Liban. Elle se transformera en
défaite, si elle est mise au service du projet irano-syrien», a ajouté la
ministre des Affaires sociales.

Pour sa part, M. Oghassabian a affirmé que le Hezbollah «a des problèmes
avec la poursuite de l'occupation du terrain par l'armée israélienne,
durant la période intermédiaire séparant l'entrée en vigueur du
cessez-le-feu et le déploiement de l'armée et de la Finul renforcée».
«C'est le moment de vérité et ils ne veulent pas livrer leurs armes. Nous
avons préféré accepter de reporter la réunion pour permettre la poursuite
des consultations», a déclaré une source ministérielle, bientôt confirmée
par d'autres sources autorisées. (...)

La résolution 1701 réclame «le désarmement de tous les groupes armés au
Liban afin (...) que seul l'État libanais soit autorisé à détenir des
armes et à exercer son autorité au Liban». Le secrétaire général du
Hezbollah, Hassan Nasrallah, s'est engagé publiquement, samedi, «à ne pas
faire obstacle aux décisions du
gouvernement» qui a approuvé cette résolution. Il a indiqué que son
mouvement était prêt à «coopérer pour faciliter le déploiement de l'armée
libanaise, assistée par la Finul».

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Plusieurs membres du gouvernement avaient utilisé alternativement les
termes de «remarques» ou de «réserves», mais M. Aridi avait assuré aux
journalistes qu'elles ne changeront rien à l'application de
la résolution. «Quand nous disons que le gouvernement accepte la
résolution, la résolution sera appliquée», a-t-il déclaré. Et de préciser,
en réponse à une question : «Il n'y aura, au sud du Litani, que l'armée
libanaise et la Finul, et ce, avec l'accord du Hezbollah et de nos frères
de la résistance.»

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