"En 1972, tout le monde était obnubilé par le mythe de l'efficacité allemande, absolue et sans pitié."


et Arthur Cohn
(American Dream
, Central do Brasil
) dans One Day in September
, "Oscar" du meilleur documentaire 2000. Après avoir intelligemment planté le décor du drame en gestation, rappelant notamment l'importance de cette manifestation sportive internationale pour les autorités allemandes, trente-six ans après les infâmes et funestes Jeux de Berlin, le réalisateur écossais, petit-fils d'Emeric Pressburger
, construit son film comme un véritable thriller. Sélectionnant avec soin les documents d'archives, il reconstitue également le parcours des terroristes, notamment celui du seul survivant de l'opération, Jamal Al Gashey, dont il recueille le témoignage inédit. Membres de la famille des disparus ("They're all gone" annonçait laconiquement le 6 septembre Jim McKay, le présentateur d'ABC News) ou de la délégation sportive israélienne, ex-officiels allemands, en particulier le ministre de l'intérieur Hans-Dietrich Genscher, l'ancien chef du Mossad, Zvi Zamir, journalistes ou témoins apportent aussi leurs précieux commentaires. Et lorsque les images n'existent pas (celles de la fusillade sur la base aérienne de Fürstenfeldbruck) la production recourt à l'infographie, permettant aux spectateurs de visualiser le ridicule dispositif mis en place et de comprendre les raisons de son échec.
est une oeuvre historique et pédagogique importante. Il met notamment en évidence les graves et manifestes carences des pouvoirs chargés de prévenir, gérer et résoudre cette crise, lesquels peuvent reprendre, sans difficulté, à leur compte la devise olympique "plus vite, plus haut, plus fort..." dans la discipline très disputée de l'incompétence. Soulignons enfin que les titres, pour la plupart d'époque, qui composent la bande musicale sont choisis avec finesse, "Immigrant Song" (For peace and trust can win the day, despite of all your losing") de Led Zeppelin
accompagnant par exemple l'incroyable poursuite des compétitions pendant le terrible calvaire subi par les otages. L'événement a inspiré deux téléfilms, 21 Hours at Munich
en 1976 et Sword of Gideon
en 1986, ainsi que le récent Munich
de Spielberg
. Quoique conçus sur des principes et avec des objectifs différents, aucun ne résiste sérieusement à la comparaison avec le remarquable documentaire de Kevin Macdonald
.___
*venant après deux opérations terroristes organisées au cours du mois de mai sur l'aéroport israélien de Lod.
**Moshe Weinberg, Josef Romano, David Berger, Ziev Friedman, Eliezer Halfin, Mark Slavin, Joseph Gotfriend, Jacob Springer, André Spitzer, Kehat Shorr, Amitzur Shapira.
Le documentaire de Kevin MacDonald sur la prise en otages meurtrière de dix athlètes israéliens aux JO de 1972 sort en salles opportunément, au même moment que Munich de Spielberg, sur le même thème. Si Un jour en septembre séduit par son rythme, il déçoit par sa documentation insuffisante et son côté larmoyant.
Lire la chronique de Munich (Steven Spielberg, 2005)
Avant le film, pendant le film, sur l’affiche du film, il y a d’abord cette image : cette silhouette mince, ténue, dans un sous-pull jaune à col roulé, et ce visage encagoulé. Cet homme qui ouvre la fenêtre de l’appartement et se penche, regarde, referme, ouvre encore, négocie, fume une cigarette, toise, puis referme. Devant lui, les caméras du monde entier, les familles, les athlètes, les membres de la police allemande attendent. Derrière lui, dix otages israéliens ligotés - un est déjà mort.
Sans doute à jamais les vingt-et-une heures que durèrent la prise d’otage des JO de Munich et la tuerie qui s’en suivit, sont-elles concentrées dans cette image-là : un visage que l’on ne voit pas, une cagoule aux yeux percés. Une seule image et déjà, une contradiction : est-il possible que cet homme à la silhouette gracile ait pu braver le monde occidental ? C’est possible, c’est arrivé « pour de vrai » le 5 septembre 1972 au 31 Connollystrasse.
C’est l’histoire de Munich en 1972, alors que l’Allemagne fédérale de Willy Brandt, à nouveau démocratique, déjà en prise avec la FAR de Baader, tient à effacer les images de 1936 pour montrer au reste du monde que la page est tournée. Mais aux photographies de Leni Riefenstahl succèderont celles de Raymond Depardon, alors photographe de presse. Images déconcertantes de la perplexité des responsables allemands face au « problème » ; des membres de la police bavaroise qui semblent tout droit sortis d’un film de Chabrol ; les autorités bedonnantes, ennuyées face à Issa, le leader palestinien cagoulé.
Soulignement partisan de la souffrance
De la projection de Un jour en septembre demeure d’abord cet effroi : « Ça s’est produit comme ça ». La violence, la lâcheté, le gâchis, les arrangements internationaux. Une journée qui éclaire sur le fonctionnement du monde. Mais c’est là que le film se perd : à vouloir trop embrasser, il mal étreint. Sentiment indigeste dû justement au déséquilibre de l’investissement. D’un côté un rythme haletant, une bande-son qui colle des frissons (Immigrant Song de Led Zeppelin, Child in Time de Deep Purple), un montage habile, une réalisation ultra-soignée, un travail de recherche des témoins qui force le respect (Kevin MacDonald, Arthur Cohn et John Battseck ont non seulement réussi à convaincre l’ancien chef du Mossad Zvi Zamir et l’ancien chef de la police munichoise Manfred Schreiber, mais aussi et surtout Jamal Al Gashey, l’unique terroriste palestinien survivant, caché quelque part en Afrique). De l’autre côté, cependant, un manque d’informations criant sur le contexte géopolitique de l’époque et sur les relations arabo-allemandes d’alors.
En contrepoint à ce déficit, la volonté toute assumée, toute partisane du réalisateur de souligner la tristesse des familles israéliennes, le bonheur fauché, le deuil infini : ainsi la dernière séquence du film vient-elle tout saper, où la fille d’Ankie Spitzer rend visite à son père au cimetière... Balade que rien au monde ne justifiait : aux yeux du réalisateur, l’effroi ressenti ne suffirait donc pas à ce « thriller documentaire » (expression de Kevin Mac Donald lui-même) ?
Ici, le soulignement partisan de la souffrance des victimes apparaît au mieux comme indigeste, au pire comme indécent. Sans doute aurait-il été plus pertinent de conclure sur la séquence de la cérémonie donnée le 6 septembre dans le grand stade, où 80 000 personnes se rassemblèrent autour des violonistes en hommage aux sportifs assassinés. Seuls certains athlètes soviétiques et arabes refusèrent d’y assister, préférant continuer à s’échauffer.

Un jour en septembre
Un documentaire de Kevin Mac Donald
Royaume-Uni, 2000
Durée : 1h32
Avec la voix de Michael Douglas
Sortie salles France : 25 janvier 2005
[Illustrations : © Memento Films, Un jour en septembre]