Munich 72. Air conditionné pour les chevaux, bidonvilles pour les prolétaires
Il est en fait évident que, alors qu’en 1936 on voulait consacrer la renaissance économique et militaire de l’empire allemand renouvelé après la défaite de 14-18, aujourd’hui on veut en définitive donner une crédibilité à la réinsertion de l’Allemagne occidentale dans la guerre économique des grandes puissances mondiales. C’est avec le modèle de la social-démocratie et le mythe du bien-être (mesuré à l’aune des voitures utilitaires, des frigos, des ordinateurs, des fausses libertés sociales, etc.) qu’aujourd’hui les pangermaniques se préparent à l’épreuve. Quel meilleur moyen que l’Olympiade pour démontrer au monde entier la grandeur germanique retrouvée ? (Et peut-être aussi pour démontrer que l’Europe des capitalistes est aujourd’hui en état de rivaliser avec les colosses de l’impérialisme mondial.) On assistera en fait à une Olympiade de mégalomanes qui coûtera 550 milliards de lires pour les installations, et environ mille milliards au total. Les ingrédients de cette succulente tarte sont de divers types : architecturaux, urbanistiques, publicitaires, érotiques, etc. La nouveauté, plus spectaculaire, réside dans le « chapiteau », le gigantesque toit suspendu qui recouvre entièrement le stade olympique, le palais des sports et les quatre piscines. Cette tente très coûteuse (35 milliards de lires), élaborée par l’architecte Gunter Behnish avec l’aide de l’ordinateur, d’une superficie de soixante-quinze mille mètres carrés, est tendue grâce à douze pylônes de 84 mètres de haut et sera recouverte de milliers de plaque d’acryl-glace qui laisseront passer la lumière suffisamment pour les prises de vue télévisuelles. Ce fétiche moderne risque cependant de se transformer en un nouveau « camp de concentration » pour les spectateurs, étant donné que dessous on mourra de chaud et d’humidité. (Mais peut être que les fours crématoires des camps d’extermination ont inspiré Gunter…)
Parmi les autres magnificences, il y a un fleuve artificiel où sont reproduites toutes les difficultés d’un vrai cours d’eau, la tour de télévision haute de 290 mètres, le village olympique d’une capacité de 20 000 personnes, et ainsi de suite.
Nous arrivons ensuite aux dépenses de science-fiction :
— un tapis roulant long de deux kilomètres transportera les journalistes (7 000) et les chargés de travaux des appartements aux installations.
— Dans l’appartement des journalistes, il y aura une télévision en circuit fermé avec 16 chaînes pour se relier à tous les stades où se déroule une épreuve.
— Dans les écuries, parmi les prestations diverses, il y a aussi l’air conditionné ; les chevaux-champions méritent un traitement particulier.
Mais le gigantisme du bâtiment sportif est seulement un aspect du gigantisme commercial et industriel d’ensemble. La grande industrie du bâtiment et de la mécanique allemande, grâce aux concessions de Munich, est en train de faire des bénéfices colossaux, proportionnels à l’étendue de l’entreprise. La répartition du gâteau prévoit en plus des recettes ultérieures grâce aux campagnes publicitaires conduites avec l’utilisation indiscriminée des mass media : ils inventent des centaines d’articles qui symbolisent le mythe olympique étant donné que la marque des cinq anneaux olympiques transforme une bière anonyme en « bière olympique » avec l’impression d’une autre saveur et avec la certitude d’un prix plus élevé. Parmi les objets qui nous cassent les pieds, il y a le basset « Waldi », la mascotte des Jeux, et la spirale de l’olympisme (qui a été déjà imprimée sur les pull-overs, presse-papiers, horloges, plumes, boucles d’oreilles, calendriers, verres, etc.). De plus, l’industrie pornographique, en déclin depuis quelque temps, est entrée dans le tour et a produit un fourreau identique à l’organe sexuel masculin, avec les fonctions de briquet, où sont imprimés les cinq cercles, le chien et la spirale.
Au total, ce sont plus de mille objets reconnus par le Comité d’organisation pour lesquels est déjà assuré un chiffre d’affaires de presque vingt milliards de lires.
Nous croyons que ces éléments, même partiels, sont suffisants pour faire comprendre la vraie nature des Olympiades modernes et pour désavouer tous ceux qui parlent encore de sport, de fraternité, d’amour et d’amitié entre les peuples.
La réalité est au contraire tout autre, même si elle est moins diffusée : à Munich, il manque 40 000 logements, les émigrés vivent dans des bidonvilles délabrés et sans aucun droit social, une infinité d’infrastructures manquent, surtout dans les quartiers prolétaires (hôpitaux, écoles, crèches, etc.), sur 1,3 millions d’habitants, presque deux cent mille sont émigrés, parmi eux beaucoup d’Italiens.
Le million d’heures de travail effectué par les prolétaires pour la construction des installations olympiques n’a servi ni à améliorer leurs conditions de vie, ni à leur donner des perspectives de sécurité pour l’après-Olympiade. La crise structurelle que le capitalisme traverse se fait maintenant sentir en Allemagne et, à part les conflits politiques, le premier résultat a été le licenciement de quatre mille ouvriers italiens qui, comme d’habitude, sont les premiers à payer la crise des patrons.
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