Le monde arabe n¹en peut plus du Hezbollah
Khaled Abou Toameh décrypte l¹attitude hostile de la plupart des régimes
arabes à l¹égard du Hezbollah et parcourt la presse arabe. Remarque : ce
papier date d¹une semaine. S¹il décrit probablement une tendance lourde,
certains événements se sont produits depuis : la "rue arabe" s¹est
manifestée (quoique relativement faiblement) et le Qatar s¹est proposé ce
matin (dimanche 23) pour entreprendre une médiation.]
http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1150886029284&pagename=JPost%2FJP
Article%2FShowFull
Jerusalem Post, 17 juillet 2006
Le monde arabe n¹en peut plus du Hezbollah
par Khaled Abou Toameh
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
A l¹exception des Palestiniens, le monde arabe paraît uni pour faire porter
à l¹Iran et à la Syrie la responsabilité des combats au Liban. Jusqu¹à la
semaine dernière, les analystes politiques arabes et les représentants des
différents gouvernements hésitaient à critiquer ouvertement le Hezbollah.
Aujourd¹hui, une coalition anti-Hezbollah est en train d¹émerger, non
seulement au Liban, mais aussi dans plusieurs Etats arabes.
Les Palestiniens et le Hezbollah ont le sentiment qu¹une fois de plus, leurs
frères arabes leur ont tourné le dos. Lundi dernier, des centaines de
Palestiniens qui marchaient dans les rues de Ramallah pour soutenir le
Hezbollah chantaient : "Hassan Nasrallah est notre héros, le reste des
dirigeants arabes sont des lâches", et "O Abou Hadi adoré (surnom de
Nasrallah), bombarde, bombarde Tel-Aviv". Ce dernier cri de guerre rappelle
le slogan célèbre utilisé par les Palestiniens pendant la première guerre du
Golfe : "O Saddam adoré, bombarde, bombarde Tel-Aviv."
Le Hezbollah et ses partisans espéraient que l¹opération militaire massive
des Israéliens au Liban susciterait des protestations de masse dans tout le
monde arabe, qui créeraient une instabilité et menaceraient certains régimes
arabes.
Mais la réaction de la rue arabe a été si décevante pour le Hezbollah que
ses dirigeants parlent maintenant ouvertement d¹un "complot" arabe pour
liquider l¹organisation chiite. Les quelques partisans du Hezbollah à
Ramallah, dans la bande de Gaza et dans certaines capitales arabes dirigent
donc leurs critiques contre les présidents et despotes arabes qu¹ils
accusent de servir les intérêts américains et israéliens.
Cette coalition anti-Hezbollah, qui semble grossir à mesure que les missiles
israéliens tombent sur les QG du Hezbollah, est emmenée par l¹Arabie
saoudite, l¹Egypte et la Jordanie. Ces trois pays, ainsi que de nombreux
commentateurs et analystes politiques arabes, sont convaincus que les
dirigeants de Téhéran et de Damas se servent du Hezbollah pour détourner
l¹attention du programme nucléaire iranien et de l¹implication de la Syrie
dans l¹assassinat de l¹ancien premier ministre libanais Rafic Hariri.
Les Saoudiens ont été les premiers à critiquer ouvertement le Hezbollah, et
ont ouvert la voie à d¹autres pays arabes. Le message de ces pays est que
les Arabes et les musulmans ne peuvent pas permettre la région de se laisser
entraîner dans une guerre par une organisation aussi aventuriste et
irresponsable que le Hezbollah. Ni les différents représentants officiels,
ni les éditorialistes et commentateurs arabes d¹envergure n¹ont montré de
sympathie pour le Hezbollah sur les télévisions pan-arabes comme Al-Jazira.
La position saoudienne, qui a surpris le Hezbollah, a été exprimée par un
représentant anonyme, qui a dit qu¹il fallait faire la distinction entre la
résistance légitime et l¹aventurisme de certains partis.
La position saoudienne reflète celle de tous les pays du Golfe, qui sont
mécontents non seulement du Hezbollah, mais aussi du Hamas. Pour les pays du
Golfe, le Hezbollah et le Hamas agissent sous les ordres de Téhéran et de
Damas.
C¹est la raison pour laquelle la plupart des gouvernements arabes font peu
d¹efforts pour résoudre la crise actuelle. Comme l¹a expliqué un officiel du
Golfe : "Nous ne pouvons agir en médiateurs à la demande de certaines
parties qui agissent sans tenir compte des conséquences de leurs actes". Des
sentiments similaires se sont exprimés dans une série d¹articles parus dans
la presse arabe ces derniers jours. Certains de ces articles auraient pu
être écrits par des porte-parole du gouvernement israélien ! Constatons
d¹ailleurs avec ironie que maintenant que le Hezbollah et le Hamas sont sur
la défensive, de nombreux Arabes n¹hésitent plus à s¹exprimer publiquement
contre ces deux groupes.
Wadi Batti, éditorialiste irakien, écrit que les Arabes doivent se rendre
compte que les milices et les gangsters ne leur feront que du tort :
"L¹exemple libanais confirme les craintes des Arabes concernant la présence
de milices armées qui menacent notre stabilité et notre sécurité". "En
prenant l¹initiative d¹une confrontation avec Israël, le Hezbollah s¹est
moqué du gouvernement libanais, qui sont maintenant perçus comme des pions
dans les mains de Nasrallah. Combien de temps les Arabes continueront-ils à
se battre pour l¹Iran ?"
(S)
Dans le journal influent Asharq Al-Awsat, basé à Londres, l¹éditorialiste
Abou Shakra écrit que de nombreux Libanais ont été surpris par le timing de
l¹opération du Hezbollah : "Ils ont été particulièrement choqués par le
timing de l¹attaque, au débit de la saison touristique qui devait faire
vivre plus de deux millions de familles libanaises alors que le Liban
connaît un déficit budgétaire de 40 millions de $. Ce qui est stupéfiant,
c¹est que le Hezbollah a sous-estimé les dommages, en particulier dans le
secteur du tourisme, en disant que les seuls qui allaient bénéficier du
tourisme seraient les amateurs de houmous et de femmes."
Tentant d¹expliquer cette attitude arabe, l¹analyste politique palestinien
Ashraf
al-Ajrami faisait remarquer que de nombreux Etats arabes avaient peur de
l¹Iran et ne voulaient pas voir les Iraniens étendre leur influence : "Les
Etats arabes, en particulier l¹Arabie saoudite, l¹Egypte et la Jordanie,
pensent qu¹aucun parti n¹a le droit d¹entraîner toute la région dans une
confrontation militaire avec Israël", écrit-il dans le quotidien de Ramallah
Al-Ayyam. "Ces Etats pensent qu¹il n¹y a pas la place pour des erreurs et
des aventures. Les Arabes s¹inquiètent des plans de l¹Iran dans la région,
en particulier concernant l¹Irak et le développement de son armement
nucléaire, et de ses tentatives d¹influer sur les événements au Liban et en
Palestine. Un grand nombre d¹Etats arabes, en particulier dans le Golfe,
voient l¹Iran comme un futur adversaire."
arabes à l¹égard du Hezbollah et parcourt la presse arabe. Remarque : ce
papier date d¹une semaine. S¹il décrit probablement une tendance lourde,
certains événements se sont produits depuis : la "rue arabe" s¹est
manifestée (quoique relativement faiblement) et le Qatar s¹est proposé ce
matin (dimanche 23) pour entreprendre une médiation.]
http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1150886029284&pagename=JPost%2FJP
Article%2FShowFull
Jerusalem Post, 17 juillet 2006
Le monde arabe n¹en peut plus du Hezbollah
par Khaled Abou Toameh
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
A l¹exception des Palestiniens, le monde arabe paraît uni pour faire porter
à l¹Iran et à la Syrie la responsabilité des combats au Liban. Jusqu¹à la
semaine dernière, les analystes politiques arabes et les représentants des
différents gouvernements hésitaient à critiquer ouvertement le Hezbollah.
Aujourd¹hui, une coalition anti-Hezbollah est en train d¹émerger, non
seulement au Liban, mais aussi dans plusieurs Etats arabes.
Les Palestiniens et le Hezbollah ont le sentiment qu¹une fois de plus, leurs
frères arabes leur ont tourné le dos. Lundi dernier, des centaines de
Palestiniens qui marchaient dans les rues de Ramallah pour soutenir le
Hezbollah chantaient : "Hassan Nasrallah est notre héros, le reste des
dirigeants arabes sont des lâches", et "O Abou Hadi adoré (surnom de
Nasrallah), bombarde, bombarde Tel-Aviv". Ce dernier cri de guerre rappelle
le slogan célèbre utilisé par les Palestiniens pendant la première guerre du
Golfe : "O Saddam adoré, bombarde, bombarde Tel-Aviv."
Le Hezbollah et ses partisans espéraient que l¹opération militaire massive
des Israéliens au Liban susciterait des protestations de masse dans tout le
monde arabe, qui créeraient une instabilité et menaceraient certains régimes
arabes.
Mais la réaction de la rue arabe a été si décevante pour le Hezbollah que
ses dirigeants parlent maintenant ouvertement d¹un "complot" arabe pour
liquider l¹organisation chiite. Les quelques partisans du Hezbollah à
Ramallah, dans la bande de Gaza et dans certaines capitales arabes dirigent
donc leurs critiques contre les présidents et despotes arabes qu¹ils
accusent de servir les intérêts américains et israéliens.
Cette coalition anti-Hezbollah, qui semble grossir à mesure que les missiles
israéliens tombent sur les QG du Hezbollah, est emmenée par l¹Arabie
saoudite, l¹Egypte et la Jordanie. Ces trois pays, ainsi que de nombreux
commentateurs et analystes politiques arabes, sont convaincus que les
dirigeants de Téhéran et de Damas se servent du Hezbollah pour détourner
l¹attention du programme nucléaire iranien et de l¹implication de la Syrie
dans l¹assassinat de l¹ancien premier ministre libanais Rafic Hariri.
Les Saoudiens ont été les premiers à critiquer ouvertement le Hezbollah, et
ont ouvert la voie à d¹autres pays arabes. Le message de ces pays est que
les Arabes et les musulmans ne peuvent pas permettre la région de se laisser
entraîner dans une guerre par une organisation aussi aventuriste et
irresponsable que le Hezbollah. Ni les différents représentants officiels,
ni les éditorialistes et commentateurs arabes d¹envergure n¹ont montré de
sympathie pour le Hezbollah sur les télévisions pan-arabes comme Al-Jazira.
La position saoudienne, qui a surpris le Hezbollah, a été exprimée par un
représentant anonyme, qui a dit qu¹il fallait faire la distinction entre la
résistance légitime et l¹aventurisme de certains partis.
La position saoudienne reflète celle de tous les pays du Golfe, qui sont
mécontents non seulement du Hezbollah, mais aussi du Hamas. Pour les pays du
Golfe, le Hezbollah et le Hamas agissent sous les ordres de Téhéran et de
Damas.
C¹est la raison pour laquelle la plupart des gouvernements arabes font peu
d¹efforts pour résoudre la crise actuelle. Comme l¹a expliqué un officiel du
Golfe : "Nous ne pouvons agir en médiateurs à la demande de certaines
parties qui agissent sans tenir compte des conséquences de leurs actes". Des
sentiments similaires se sont exprimés dans une série d¹articles parus dans
la presse arabe ces derniers jours. Certains de ces articles auraient pu
être écrits par des porte-parole du gouvernement israélien ! Constatons
d¹ailleurs avec ironie que maintenant que le Hezbollah et le Hamas sont sur
la défensive, de nombreux Arabes n¹hésitent plus à s¹exprimer publiquement
contre ces deux groupes.
Wadi Batti, éditorialiste irakien, écrit que les Arabes doivent se rendre
compte que les milices et les gangsters ne leur feront que du tort :
"L¹exemple libanais confirme les craintes des Arabes concernant la présence
de milices armées qui menacent notre stabilité et notre sécurité". "En
prenant l¹initiative d¹une confrontation avec Israël, le Hezbollah s¹est
moqué du gouvernement libanais, qui sont maintenant perçus comme des pions
dans les mains de Nasrallah. Combien de temps les Arabes continueront-ils à
se battre pour l¹Iran ?"
(S)
Dans le journal influent Asharq Al-Awsat, basé à Londres, l¹éditorialiste
Abou Shakra écrit que de nombreux Libanais ont été surpris par le timing de
l¹opération du Hezbollah : "Ils ont été particulièrement choqués par le
timing de l¹attaque, au débit de la saison touristique qui devait faire
vivre plus de deux millions de familles libanaises alors que le Liban
connaît un déficit budgétaire de 40 millions de $. Ce qui est stupéfiant,
c¹est que le Hezbollah a sous-estimé les dommages, en particulier dans le
secteur du tourisme, en disant que les seuls qui allaient bénéficier du
tourisme seraient les amateurs de houmous et de femmes."
Tentant d¹expliquer cette attitude arabe, l¹analyste politique palestinien
Ashraf
al-Ajrami faisait remarquer que de nombreux Etats arabes avaient peur de
l¹Iran et ne voulaient pas voir les Iraniens étendre leur influence : "Les
Etats arabes, en particulier l¹Arabie saoudite, l¹Egypte et la Jordanie,
pensent qu¹aucun parti n¹a le droit d¹entraîner toute la région dans une
confrontation militaire avec Israël", écrit-il dans le quotidien de Ramallah
Al-Ayyam. "Ces Etats pensent qu¹il n¹y a pas la place pour des erreurs et
des aventures. Les Arabes s¹inquiètent des plans de l¹Iran dans la région,
en particulier concernant l¹Irak et le développement de son armement
nucléaire, et de ses tentatives d¹influer sur les événements au Liban et en
Palestine. Un grand nombre d¹Etats arabes, en particulier dans le Golfe,
voient l¹Iran comme un futur adversaire."
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