Déchirés entre les deux côtés
[La problématique identitaire des Arabes israéliens en temps de guerre
Suite de notre dossier : Ceux-ci pourraient-ils offrir un nouvel axe de négociation ?]
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http://www.haaretz.com/hasen/spages/741136.html
Ha¹aretz, édition des vendredi et samedi 21-22 juillet 2006
Déchirés entre les deux côtés
par Nazir Majali
(trad. Tal pour LPM)
Rien de tel que la chute de missiles à Nazareth et auparavant à Majdal Krum, Tarshi¹ha, ŒHurfeish, ŒHaïfa et Acre [1] pour illustrer le fait que les Arabes israéliens font indissociablement partie de l¹État d¹Israël. Tout ce qui est bon pour Israël est bon pour eux, et tout ce qui est mauvais pour Israël l¹est pour eux. La mort de deux garçonnets, les frères Ma¹hmoud et Rabia Taluzi, frappés par un tir de Katioucha, met Nazareth dans la même situation que Haïfa et Nahariya. La même douleur, le même tribut, les mêmes missiles venus du même lieu et du même expéditeur. Mais plusieurs éléments importants différencient Nazareth des autres villes du nord, et l¹absence d¹abris anti-bombes n¹est que l¹un d¹eux. Un autre aspect non négligeable est le fait que Nazareth n¹est pas moins indissociable des victimes libanaises des bombardements israéliens.
Des milliers de Palestiniens vivent à Sidon, Tyr et dans d¹autres agglomérations libanaises des réfugiés contraints de quitter leurs maisons et leur patrie en 1948, auxquels se sont ajoutés leurs dizaines de milliers de descendants. Le camp de réfugiés de Ein Hilweh, par exemple, est le foyer de centaines de familles issues de ceux qui furent déracinés du gros bourg de Saffouriya qu¹on appelle aujourd¹hui Tzippori. Ils font partie de cette même famille qui a perdu les deux enfants de Nazareth.
Les membres libanais de la famille ne peuvent appeler leur parents à Nazareth pour savoir comment ils vont. L¹administration libanaise, depuis l¹époque de la domination syrienne, empêche tout contact avec Israël. Et la famille en Israël ne peut prendre de nouvelles de la parentèle au Liban, car les bombardements israéliens ont détruit le réseau téléphonique libanais.
Le récit des souffrances qui nous parvient de là-bas est sans fin. Nous écoutons, et nous sommes déchirés, de part et d¹autre, parce que nous sommes tout à la fois ici et là-bas. Certains sont d¹ici, d¹autres sont de là-bas.
Les Katiouchas nous frappent exactement comme tous les habitants du nord, ils ne font pas de distinction entre Juifs et Arabes ; entre Nazareth, ville arabe, et Nazareth Illith, ville juive [2]. C¹est comme les « bombes intelligentes » de l¹IDF, aveugles elles aussi, qui font pas de distinction entre le ŒHezbollah et les réfugiés de Saffouriya. Ces bombardements ont précipité les réfugiés dans un nouvel exil, pour la troisième ou la quatrième fois en quelques années. Nous prenons des coups tout à la fois de la part d¹Israël, quand nos parents là-bas sont sous les bombes ; et comme tous les Israéliens quand notre famille nous envoie des bombes de là-bas.
Non seulement le ŒHezbollah ne s¹est pas excusé pour avoir tiré en direction des villes et villages arabes, mais il a totalement omis ces bombardements dans ses reportages sur la chaîne Al Manar. Dans ses bulletins d¹information, il prend soin d¹énumérer toutes les villes et villages juifs touchés pas ses Katiouchas, mais a complètement ignoré le résultat de ses actions contre les localités arabes. En revanche, le Premier ministre Ehud Olmert a effectivement appelé le maire de Nazareth pour lui présenter ses condoléances.
Le lendemain, nous avons compris qu¹Olmert voulait apparemment exploiter l¹incident en accusant le ŒHezbollah d¹avoir fait feu, soulignant que Nazareth est l¹une des villes saintes de la chrétienté. Nous avons vu là la tentative d¹exciter les tensions ethniques entre chrétiens et musulmans au sein de la cité ce que le gouvernement de Benyamin Netanyahou était parvenu à faire dans le passé, et qui lui a coûté cher ! Incidemment, les deux morts de Nazareth, comme la grande majorité des Arabes blessés par les Katiouchas du ŒHezbollah, sont musulmans et l¹on compte au moins un Chiite parmi eux.
Les Arabes israéliens sont déchirés, c¹est un fait mais ce n¹est ni faute de savoir se situer entre les deux côtés, ni faute de savoir décider qui soutenir. C¹est parce qu¹ils s¹inquiètent du sort de chacune des deux parties ; ils veulent le mieux pour toutes deux ; ils représentent l¹intérêt commun aux deux. C¹est pourquoi ils appellent à en finir avec le bain de sang et à choisir la voie des pourparlers et du dialogue.
__NOTES_____________________________________________
[1] Villes et villages arabes de Galilée récemment bombardés depuis le Sud-Liban.
[2] Cité à population juive, « Nazareth-la-Haute » s¹est édifiée depuis le début des années quatre-vingt au-dessus de la ville arabe.
Suite de notre dossier : Ceux-ci pourraient-ils offrir un nouvel axe de négociation ?]
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http://www.haaretz.com/hasen/spages/741136.html
Ha¹aretz, édition des vendredi et samedi 21-22 juillet 2006
Déchirés entre les deux côtés
par Nazir Majali(trad. Tal pour LPM)
Rien de tel que la chute de missiles à Nazareth et auparavant à Majdal Krum, Tarshi¹ha, ŒHurfeish, ŒHaïfa et Acre [1] pour illustrer le fait que les Arabes israéliens font indissociablement partie de l¹État d¹Israël. Tout ce qui est bon pour Israël est bon pour eux, et tout ce qui est mauvais pour Israël l¹est pour eux. La mort de deux garçonnets, les frères Ma¹hmoud et Rabia Taluzi, frappés par un tir de Katioucha, met Nazareth dans la même situation que Haïfa et Nahariya. La même douleur, le même tribut, les mêmes missiles venus du même lieu et du même expéditeur. Mais plusieurs éléments importants différencient Nazareth des autres villes du nord, et l¹absence d¹abris anti-bombes n¹est que l¹un d¹eux. Un autre aspect non négligeable est le fait que Nazareth n¹est pas moins indissociable des victimes libanaises des bombardements israéliens.
Des milliers de Palestiniens vivent à Sidon, Tyr et dans d¹autres agglomérations libanaises des réfugiés contraints de quitter leurs maisons et leur patrie en 1948, auxquels se sont ajoutés leurs dizaines de milliers de descendants. Le camp de réfugiés de Ein Hilweh, par exemple, est le foyer de centaines de familles issues de ceux qui furent déracinés du gros bourg de Saffouriya qu¹on appelle aujourd¹hui Tzippori. Ils font partie de cette même famille qui a perdu les deux enfants de Nazareth.
Les membres libanais de la famille ne peuvent appeler leur parents à Nazareth pour savoir comment ils vont. L¹administration libanaise, depuis l¹époque de la domination syrienne, empêche tout contact avec Israël. Et la famille en Israël ne peut prendre de nouvelles de la parentèle au Liban, car les bombardements israéliens ont détruit le réseau téléphonique libanais.
Le récit des souffrances qui nous parvient de là-bas est sans fin. Nous écoutons, et nous sommes déchirés, de part et d¹autre, parce que nous sommes tout à la fois ici et là-bas. Certains sont d¹ici, d¹autres sont de là-bas.
Les Katiouchas nous frappent exactement comme tous les habitants du nord, ils ne font pas de distinction entre Juifs et Arabes ; entre Nazareth, ville arabe, et Nazareth Illith, ville juive [2]. C¹est comme les « bombes intelligentes » de l¹IDF, aveugles elles aussi, qui font pas de distinction entre le ŒHezbollah et les réfugiés de Saffouriya. Ces bombardements ont précipité les réfugiés dans un nouvel exil, pour la troisième ou la quatrième fois en quelques années. Nous prenons des coups tout à la fois de la part d¹Israël, quand nos parents là-bas sont sous les bombes ; et comme tous les Israéliens quand notre famille nous envoie des bombes de là-bas.
Non seulement le ŒHezbollah ne s¹est pas excusé pour avoir tiré en direction des villes et villages arabes, mais il a totalement omis ces bombardements dans ses reportages sur la chaîne Al Manar. Dans ses bulletins d¹information, il prend soin d¹énumérer toutes les villes et villages juifs touchés pas ses Katiouchas, mais a complètement ignoré le résultat de ses actions contre les localités arabes. En revanche, le Premier ministre Ehud Olmert a effectivement appelé le maire de Nazareth pour lui présenter ses condoléances.
Le lendemain, nous avons compris qu¹Olmert voulait apparemment exploiter l¹incident en accusant le ŒHezbollah d¹avoir fait feu, soulignant que Nazareth est l¹une des villes saintes de la chrétienté. Nous avons vu là la tentative d¹exciter les tensions ethniques entre chrétiens et musulmans au sein de la cité ce que le gouvernement de Benyamin Netanyahou était parvenu à faire dans le passé, et qui lui a coûté cher ! Incidemment, les deux morts de Nazareth, comme la grande majorité des Arabes blessés par les Katiouchas du ŒHezbollah, sont musulmans et l¹on compte au moins un Chiite parmi eux.
Les Arabes israéliens sont déchirés, c¹est un fait mais ce n¹est ni faute de savoir se situer entre les deux côtés, ni faute de savoir décider qui soutenir. C¹est parce qu¹ils s¹inquiètent du sort de chacune des deux parties ; ils veulent le mieux pour toutes deux ; ils représentent l¹intérêt commun aux deux. C¹est pourquoi ils appellent à en finir avec le bain de sang et à choisir la voie des pourparlers et du dialogue.
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[1] Villes et villages arabes de Galilée récemment bombardés depuis le Sud-Liban.
[2] Cité à population juive, « Nazareth-la-Haute » s¹est édifiée depuis le début des années quatre-vingt au-dessus de la ville arabe.
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