Finissez-en maintenant !
["Avec plusieurs centaines de Palestiniens et de Libanais tués, dont de
nombreux civils, en à peine quelques semaines, on pourrait dire que nous
avons déjà prouvé que nous savions faire la guerre. Maintenant, au nom de
leurs enfants et des nôtres, il est temps de montrer que nous savons aussi
la terminer."]
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3278178,00.html
Yediot Aharonot, 19 juillet 2006
Finissez-en maintenant !
Par Susie Becher (1)
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Lorsqu¹une seule roquette Qassam est tombée sur le terrain d¹une école
d¹Ashkelon, fermée pour les vacances, et a quelque peu endommagé le
bâtiment, le premier ministre Olmert a parlé de "déclaration de guerre". On
peut se demander si sa langue a fourché ou s¹il avait bien pesé ses mots.
Depuis lors, il a reçu une piqûre de rappel. Vous pensez que ça, c¹est la
guerre ? On va vous montrer ce qu¹est la guerre !
Les analystes qui cherchent le moyen de s¹en sortir doivent se souvenir de
l¹exigence initiale des milices palestiniennes : libérer les femmes et les
mineurs détenus en Israël en échange de Gilad Shalit. Dans notre hâte de ne
pas négocier avec les terroristes (et peu importe si nous l¹avons déjà fait
et si nous finirons inévitablement par le faire), personne ne s¹est soucié
de se demander pourquoi des centaines de femmes et de mineurs palestiniens
croupissaient dans les prisons israéliennes.
Ceux qui ne parviennent pas à comprendre pourquoi les Palestiniens n¹ont pas
renoncé à la lutte après le retrait d¹Israël de Gaza seraient surpris
d¹apprendre qu¹ils ne partagent pas la distinction faite par Israël entre
Gaza et la Cisjordanie, et qu¹on leur rappelle tous les jours que la
démolition du Goush Katif (groupe de colonies dans la bande de Gaza) n¹a pas
fait d¹eux un peuple libre sur sa terre.
Lundi, l¹officier israélien responsable de la Cisjordanie, a dit que les
organisations terroristes en Cisjordanie tentent d¹ouvrir un autre front.
Faux ! Pour les Palestiniens, il s¹agit du même front.
Toujours plus de force
En novembre 2000, Ariel Sharon, alors leader de l¹opposition, s¹adressait à
une foule de 100.000 personnes réunies à Jérusalem sous le slogan : "Laissez
Tsahal gagner". Tsahal n¹a pas mis en ¦uvre la totalité de son potentiel
face à l¹Intifada, disait Sharon à la foule, et sa promesse d¹en finir avec
une politique de retenue militaire l¹a aidé à gagner les élections quelques
mois plus tard.
Presque six ans plus tard, alors qu¹aucune fin des affrontements ne se
profile à l¹horizon, Olmert tente toujours de vendre l¹idée qu¹il existe un
potentiel de force non encore exploité qui, libéré, donnerait ce qu¹appelle
le premier ministre "le coup gagnant".
Davantage de force, nous dit-il, réussira là où la simple force a échoué. Il
nous faut restaurer le pouvoir de dissuasion d¹Israël, dit-il, comme si la
supériorité militaire d¹Israël était mise en doute, et comme si elle avait
empêché les pierres de la première Intifada d¹évoluer en roquettes et en
ceintures d¹explosifs.
Guerre psychologique
Que Hasan Nasrallah ait donné l¹ordre d¹attaquer la frontière nord d¹Israël
et capturer des soldats israéliens pour venir en aide aux Palestiniens, ou
libérer Sami Kuntar (2) après ses presque 30 ans de captivité, ou "libérer"
les Fermes de Sheba, ou tout simplement porter un coup à l¹ennemi sioniste,
Israël avait tout à fait le droit de réagir.
Mais en même temps, il vaut mieux être intelligent qu¹avoir raison, et le
gouvernement n¹a rien dit d¹intelligent depuis le premier jour. Il procède
de façon militante, comme il l¹a fait sur le front diplomatique avant
l¹éclatement de ce dernier conflit : sans vision d¹ensemble.
Olmert et Peretz (ministre de la défense) louent inlassablement la
résilience de l¹opinion. Le message, pas si subliminal que cela, étant
qu¹une voix d¹opposition ferait le jeu de l¹ennemi. Cette glorification du
consensus et cette dé-légitimation de la protestation politique ou populaire
constitue une menace contre Israël bien plus grande que les missiles tirés
depuis le nord.
En faisant de notre capacité à souffrir en silence un test de loyauté et de
bravoure, le gouvernement mène une guerre psychologique contre ses propres
citoyens. Un récent sondage, qui indique que plus de 80% de l¹opinion
soutient la continuation des actions militaires, pourrait donner
l¹impression que cette approche marche, mais son succès se révélera de
courte durée. La tolérance de l¹opinion israélienne à l¹égard des victimes
civiles et militaires est limitée. Cela est à porter à notre crédit. Ce
n¹est pas un signe de faiblesse, mais d¹humanité.
Finissez-en maintenant !
Hier, Olmert a dit à la nation qu¹il faisait tout son possible pour ramener
les soldats capturés sains et saufs à la maison, mais après une rencontre
aujourd¹hui avec une délégation des Nations Unies, sa ministre des affaires
étrangères s¹est dépêchée d¹écarter toute idée d¹ouverture d¹un front
diplomatique qui ferait cesser les opérations militaires. Apparemment, le
gouvernement est disposé à tout faireS sauf à cesser le feu.
Le chef d¹état-major lui-même a dit qu¹au bout du compte, ce n¹était pas à
l¹armée mais aux politiques de finir le travail. La question est : quand ?
Avec plusieurs centaines de Palestiniens et de Libanais tués, dont de
nombreux civils, en à peine quelques semaines, on pourrait dire que nous
avons déjà prouvé que nous savions faire la guerre. Maintenant, au nom de
leurs enfants et des nôtres, il est temps de montrer que nous savons aussi
la terminer.
(1) Susie Becher est membre du bureau national du parti Meretz-Yakhad
(2) Sami Kuntar est le prisonnier libanais le plus ancien détenu en Israël
(depuis 1979). Il a été l¹auteur d¹un attentat qui a tué 3 membres d¹une
même famille israélienne.
nombreux civils, en à peine quelques semaines, on pourrait dire que nous
avons déjà prouvé que nous savions faire la guerre. Maintenant, au nom de
leurs enfants et des nôtres, il est temps de montrer que nous savons aussi
la terminer."]
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3278178,00.html
Yediot Aharonot, 19 juillet 2006
Finissez-en maintenant !
Par Susie Becher (1)
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Lorsqu¹une seule roquette Qassam est tombée sur le terrain d¹une école
d¹Ashkelon, fermée pour les vacances, et a quelque peu endommagé le
bâtiment, le premier ministre Olmert a parlé de "déclaration de guerre". On
peut se demander si sa langue a fourché ou s¹il avait bien pesé ses mots.
Depuis lors, il a reçu une piqûre de rappel. Vous pensez que ça, c¹est la
guerre ? On va vous montrer ce qu¹est la guerre !
Les analystes qui cherchent le moyen de s¹en sortir doivent se souvenir de
l¹exigence initiale des milices palestiniennes : libérer les femmes et les
mineurs détenus en Israël en échange de Gilad Shalit. Dans notre hâte de ne
pas négocier avec les terroristes (et peu importe si nous l¹avons déjà fait
et si nous finirons inévitablement par le faire), personne ne s¹est soucié
de se demander pourquoi des centaines de femmes et de mineurs palestiniens
croupissaient dans les prisons israéliennes.
Ceux qui ne parviennent pas à comprendre pourquoi les Palestiniens n¹ont pas
renoncé à la lutte après le retrait d¹Israël de Gaza seraient surpris
d¹apprendre qu¹ils ne partagent pas la distinction faite par Israël entre
Gaza et la Cisjordanie, et qu¹on leur rappelle tous les jours que la
démolition du Goush Katif (groupe de colonies dans la bande de Gaza) n¹a pas
fait d¹eux un peuple libre sur sa terre.
Lundi, l¹officier israélien responsable de la Cisjordanie, a dit que les
organisations terroristes en Cisjordanie tentent d¹ouvrir un autre front.
Faux ! Pour les Palestiniens, il s¹agit du même front.
Toujours plus de force
En novembre 2000, Ariel Sharon, alors leader de l¹opposition, s¹adressait à
une foule de 100.000 personnes réunies à Jérusalem sous le slogan : "Laissez
Tsahal gagner". Tsahal n¹a pas mis en ¦uvre la totalité de son potentiel
face à l¹Intifada, disait Sharon à la foule, et sa promesse d¹en finir avec
une politique de retenue militaire l¹a aidé à gagner les élections quelques
mois plus tard.
Presque six ans plus tard, alors qu¹aucune fin des affrontements ne se
profile à l¹horizon, Olmert tente toujours de vendre l¹idée qu¹il existe un
potentiel de force non encore exploité qui, libéré, donnerait ce qu¹appelle
le premier ministre "le coup gagnant".
Davantage de force, nous dit-il, réussira là où la simple force a échoué. Il
nous faut restaurer le pouvoir de dissuasion d¹Israël, dit-il, comme si la
supériorité militaire d¹Israël était mise en doute, et comme si elle avait
empêché les pierres de la première Intifada d¹évoluer en roquettes et en
ceintures d¹explosifs.
Guerre psychologique
Que Hasan Nasrallah ait donné l¹ordre d¹attaquer la frontière nord d¹Israël
et capturer des soldats israéliens pour venir en aide aux Palestiniens, ou
libérer Sami Kuntar (2) après ses presque 30 ans de captivité, ou "libérer"
les Fermes de Sheba, ou tout simplement porter un coup à l¹ennemi sioniste,
Israël avait tout à fait le droit de réagir.
Mais en même temps, il vaut mieux être intelligent qu¹avoir raison, et le
gouvernement n¹a rien dit d¹intelligent depuis le premier jour. Il procède
de façon militante, comme il l¹a fait sur le front diplomatique avant
l¹éclatement de ce dernier conflit : sans vision d¹ensemble.
Olmert et Peretz (ministre de la défense) louent inlassablement la
résilience de l¹opinion. Le message, pas si subliminal que cela, étant
qu¹une voix d¹opposition ferait le jeu de l¹ennemi. Cette glorification du
consensus et cette dé-légitimation de la protestation politique ou populaire
constitue une menace contre Israël bien plus grande que les missiles tirés
depuis le nord.
En faisant de notre capacité à souffrir en silence un test de loyauté et de
bravoure, le gouvernement mène une guerre psychologique contre ses propres
citoyens. Un récent sondage, qui indique que plus de 80% de l¹opinion
soutient la continuation des actions militaires, pourrait donner
l¹impression que cette approche marche, mais son succès se révélera de
courte durée. La tolérance de l¹opinion israélienne à l¹égard des victimes
civiles et militaires est limitée. Cela est à porter à notre crédit. Ce
n¹est pas un signe de faiblesse, mais d¹humanité.
Finissez-en maintenant !
Hier, Olmert a dit à la nation qu¹il faisait tout son possible pour ramener
les soldats capturés sains et saufs à la maison, mais après une rencontre
aujourd¹hui avec une délégation des Nations Unies, sa ministre des affaires
étrangères s¹est dépêchée d¹écarter toute idée d¹ouverture d¹un front
diplomatique qui ferait cesser les opérations militaires. Apparemment, le
gouvernement est disposé à tout faireS sauf à cesser le feu.
Le chef d¹état-major lui-même a dit qu¹au bout du compte, ce n¹était pas à
l¹armée mais aux politiques de finir le travail. La question est : quand ?
Avec plusieurs centaines de Palestiniens et de Libanais tués, dont de
nombreux civils, en à peine quelques semaines, on pourrait dire que nous
avons déjà prouvé que nous savions faire la guerre. Maintenant, au nom de
leurs enfants et des nôtres, il est temps de montrer que nous savons aussi
la terminer.
(1) Susie Becher est membre du bureau national du parti Meretz-Yakhad
(2) Sami Kuntar est le prisonnier libanais le plus ancien détenu en Israël
(depuis 1979). Il a été l¹auteur d¹un attentat qui a tué 3 membres d¹une
même famille israélienne.
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