Question de perception
[Palestiniens et Israéliens perçoivent les mêmes événements de façon
radicalement différente. Mais au bout du compte, une chose est sûre : le
sang des hommes ne vaut pas cher, d¹un côté comme de l¹autre]
http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1150886031853&pagename=JPost%2FJP
Article%2FShowFull
Jerusalem Post, 18 juillet 2006
Question de perception
par Gershon Baskin
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Je ne cesse de m¹étonner de la façon dont les Israéliens et les Palestiniens
perçoivent si différemment les événements. Il est clair qu¹ils ne seront
d¹accord sur la vision qu¹ils ont de 1948. De même, les deux côtés ne seront
jamais d¹accord sur l¹histoire de Camp David 2 en juillet 2000 et sur ce qui
a provoqué la fin du processus de paix et le début de la deuxième Intifada.
La perception israélienne des crises actuelles est qu¹à la fois à Gaza et à
la frontière nord, Israël s¹est complètement retiré sur la frontière
internationale et que dans les deux cas, la communauté internationale a
reconnu le retrait israélien. En retour, Israël espérait que le calme
règnerait sur ces frontières. Au lieu de quoi, Israël a été attaqué sur les
deux fronts, sans provocation ni raison valable.
Israël a dit et répété qu¹il n¹avait aucun contentieux avec le Liban et
qu¹il n¹y avait aucune raison que l¹état de guerre entre les deux pays
continue. Israël espérait qu¹avec le retrait total de Gaza, le front sud
serait calme et que la lutte palestinienne porterait principalement sur la
Cisjordanie.
Les Palestiniens, bien entendu, ont une vision radicalement différente de la
situation. Concernant Gaza, ils disent que l¹occupation de Gaza se poursuit,
car Israël conserve le contrôle de l¹espace aérien, des eaux territoriales
et de tous les passages frontaliers.
Israël empêche les Palestiniens de construire le port maritime de Gaza et de
rouvrir l¹aéroport international, ce qui permettrait des déplacements libres
depuis Gaza vers le monde entier. De plus, les Palestiniens disent que tant
que durera l¹occupation de la Cisjordanie, toute la Palestine sera occupée,
Gaza et la Cisjordanie ne formant qu¹une seule et même entité territoriale,
même selon les termes des accords d¹Oslo.
Bien plus, les Palestiniens disent que les raisons principales qui
expliquent leurs agressions continuelles, qu¹ils appellent résistance, sont
la poursuite des assassinats ciblés contre les Palestiniens en Cisjordanie
et à Gaza, et le fait qu¹il y a plus de 10.000 Palestiniens dans les prisons
israéliennes.
Concernant le Liban, les Palestiniens disent avec le Hezbollah que les
fermes de Shaba sont en territoire libanais et qu¹Israël doit s¹en retirer,
et citent le fait qu¹il y a environ 300 prisonniers libanais en Israël.
Les Palestiniens considèrent que les attaques de Qassam depuis Gaza et les
attaques de Katiousha depuis le Liban sont parfaitement légitimes. De plus,
les Palestiniens soutiennent totalement la capture de soldats israéliens et
le fait de les utiliser pour libérer des prisonniers palestiniens et
libanais.
Les Palestiniens disent qu¹attaquer des soldats et des bases militaires
n¹est pas du terrorisme : il s¹agit d¹une forme légitime de résistance
reconnue par le droit international et par la charte des Nations Unies, tant
que durera l¹occupation. Les Palestiniens disent qu¹en revanche, les
assassinats ciblés commis par Israël, qui ont pour résultat la mort non
intentionnelle de civils, dont des enfants, constituent une forme de
terrorisme d¹Etat.
La plupart des Palestiniens et des Libanais exigent d¹Israël qu¹il respecte
le droit international et les conventions, mais ils ne considèrent pas que
ce droit et ces conventions s¹appliquent à eux-mêmes. Les Conventions de
Genève exigent que les prisonniers de guerre, puisque les Palestiniens
appellent ainsi les soldats israéliens enlevés, doivent recevoir la visite
d¹observateurs internationaux comme la Croix-Rouge internationale, être bien
traités et soignés, et avoir le droit de communiquer avec leurs familles.
Ces règles ne sont pas respectées par les ravisseurs des soldats israéliens,
qu¹ils soient palestiniens ou libanais.
En temps de guerre, les échanges de prisonniers sont une pratique commune.
En général, ces échanges s¹effectuent selon une sorte d¹équilibre,
prisonnier contre prisonnier. Dans le conflit israélo-arabe, ces échanges se
sont en général faits sur la base de plusieurs centaines de prisonniers
arabes pour chaque prisonnier israélien, mort ou vif. Le Hamas a exigé la
libération de toutes les femmes et de tous les mineurs détenus en Israël
(soit plus de 400 personnes) en échange d¹informations sur l¹état de Gilad
Shalit. La plupart des Palestiniens considèrent cela comme parfaitement
légitime.
Je pense qu¹au bout du compte, la seule manière de ramener vivants Shalit,
Elad Regev et Ohad Goldwasser à leurs familles passera par une forme de
négociations et par la libération de prisonniers palestiniens et libanais.
Le gouvernement a dit qu¹il était temps de changer les règles du jeu. Il a
déclaré qu¹il n¹y aura aucune négociation avec les terroristes. Si c¹est le
cas, le gouvernement va devoir expliquer à toutes les mères et à tous les
pères qui envoient leurs enfants au front que, s¹ils sont capturés, on
pourra les considérer comme morts.
Le ministre de la justice, Haïm Ramon, a commencé à expliquer cette nouvelle
politique, en disant que cela serait très douloureux pour les familles des
soldats kidnappés aujourd¹hui, mais que cela épargnerait de nombreuses vies
à l¹avenir.
Les enlèvements et les attaques du Hamas et du Hezbollah ont été les casus
belli du conflit actuel. L¹objectif déclaré du gouvernement de ramener les
soldats sains et saufs à leurs familles s¹est étrangement effacé derrière
des objectifs militaires plus directs. A mesure que le combat continue, la
vie des soldats kidnappés paraît moins importante dans les déclarations
gouvernementales.
Je me demande combien de gens sont morts pour sauver la vie de quelques-uns.
Au nom de la "dissuasion", combien d¹Israéliens, de Palestiniens et de
Libanais est-il légitime de tuer ? Comment un gouvernement peut-il regarder
ses citoyens droit dans les yeux et leur dire : toutes ces morts devaient
arriver, nous n¹avions pas le choix ?
Je suis abasourdi de l¹insoutenable légèreté avec laquelle nos dirigeants
jouent avec nos vies. Mon c¦ur pleure pour les familles des soldats
kidnappés, et pour tous ces gens innocents, de tous les côtés du conflit,
qui meurent sans raison et pour rien.
La perception est bien une question de géographie. Et de là où je me trouve,
je vois combien notre sang est bon marché, et combien bon marché est le sang
de nos ennemis. Triste. Très triste.
Gershon Baskin est le co-directeur israélien de l¹IPCRI (Israel/Palestine
Center for Research and Information). http://www.ipcri.org
radicalement différente. Mais au bout du compte, une chose est sûre : le
sang des hommes ne vaut pas cher, d¹un côté comme de l¹autre]
http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1150886031853&pagename=JPost%2FJP
Article%2FShowFull
Jerusalem Post, 18 juillet 2006
Question de perception
par Gershon Baskin
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Je ne cesse de m¹étonner de la façon dont les Israéliens et les Palestiniens
perçoivent si différemment les événements. Il est clair qu¹ils ne seront
d¹accord sur la vision qu¹ils ont de 1948. De même, les deux côtés ne seront
jamais d¹accord sur l¹histoire de Camp David 2 en juillet 2000 et sur ce qui
a provoqué la fin du processus de paix et le début de la deuxième Intifada.
La perception israélienne des crises actuelles est qu¹à la fois à Gaza et à
la frontière nord, Israël s¹est complètement retiré sur la frontière
internationale et que dans les deux cas, la communauté internationale a
reconnu le retrait israélien. En retour, Israël espérait que le calme
règnerait sur ces frontières. Au lieu de quoi, Israël a été attaqué sur les
deux fronts, sans provocation ni raison valable.
Israël a dit et répété qu¹il n¹avait aucun contentieux avec le Liban et
qu¹il n¹y avait aucune raison que l¹état de guerre entre les deux pays
continue. Israël espérait qu¹avec le retrait total de Gaza, le front sud
serait calme et que la lutte palestinienne porterait principalement sur la
Cisjordanie.
Les Palestiniens, bien entendu, ont une vision radicalement différente de la
situation. Concernant Gaza, ils disent que l¹occupation de Gaza se poursuit,
car Israël conserve le contrôle de l¹espace aérien, des eaux territoriales
et de tous les passages frontaliers.
Israël empêche les Palestiniens de construire le port maritime de Gaza et de
rouvrir l¹aéroport international, ce qui permettrait des déplacements libres
depuis Gaza vers le monde entier. De plus, les Palestiniens disent que tant
que durera l¹occupation de la Cisjordanie, toute la Palestine sera occupée,
Gaza et la Cisjordanie ne formant qu¹une seule et même entité territoriale,
même selon les termes des accords d¹Oslo.
Bien plus, les Palestiniens disent que les raisons principales qui
expliquent leurs agressions continuelles, qu¹ils appellent résistance, sont
la poursuite des assassinats ciblés contre les Palestiniens en Cisjordanie
et à Gaza, et le fait qu¹il y a plus de 10.000 Palestiniens dans les prisons
israéliennes.
Concernant le Liban, les Palestiniens disent avec le Hezbollah que les
fermes de Shaba sont en territoire libanais et qu¹Israël doit s¹en retirer,
et citent le fait qu¹il y a environ 300 prisonniers libanais en Israël.
Les Palestiniens considèrent que les attaques de Qassam depuis Gaza et les
attaques de Katiousha depuis le Liban sont parfaitement légitimes. De plus,
les Palestiniens soutiennent totalement la capture de soldats israéliens et
le fait de les utiliser pour libérer des prisonniers palestiniens et
libanais.
Les Palestiniens disent qu¹attaquer des soldats et des bases militaires
n¹est pas du terrorisme : il s¹agit d¹une forme légitime de résistance
reconnue par le droit international et par la charte des Nations Unies, tant
que durera l¹occupation. Les Palestiniens disent qu¹en revanche, les
assassinats ciblés commis par Israël, qui ont pour résultat la mort non
intentionnelle de civils, dont des enfants, constituent une forme de
terrorisme d¹Etat.
La plupart des Palestiniens et des Libanais exigent d¹Israël qu¹il respecte
le droit international et les conventions, mais ils ne considèrent pas que
ce droit et ces conventions s¹appliquent à eux-mêmes. Les Conventions de
Genève exigent que les prisonniers de guerre, puisque les Palestiniens
appellent ainsi les soldats israéliens enlevés, doivent recevoir la visite
d¹observateurs internationaux comme la Croix-Rouge internationale, être bien
traités et soignés, et avoir le droit de communiquer avec leurs familles.
Ces règles ne sont pas respectées par les ravisseurs des soldats israéliens,
qu¹ils soient palestiniens ou libanais.
En temps de guerre, les échanges de prisonniers sont une pratique commune.
En général, ces échanges s¹effectuent selon une sorte d¹équilibre,
prisonnier contre prisonnier. Dans le conflit israélo-arabe, ces échanges se
sont en général faits sur la base de plusieurs centaines de prisonniers
arabes pour chaque prisonnier israélien, mort ou vif. Le Hamas a exigé la
libération de toutes les femmes et de tous les mineurs détenus en Israël
(soit plus de 400 personnes) en échange d¹informations sur l¹état de Gilad
Shalit. La plupart des Palestiniens considèrent cela comme parfaitement
légitime.
Je pense qu¹au bout du compte, la seule manière de ramener vivants Shalit,
Elad Regev et Ohad Goldwasser à leurs familles passera par une forme de
négociations et par la libération de prisonniers palestiniens et libanais.
Le gouvernement a dit qu¹il était temps de changer les règles du jeu. Il a
déclaré qu¹il n¹y aura aucune négociation avec les terroristes. Si c¹est le
cas, le gouvernement va devoir expliquer à toutes les mères et à tous les
pères qui envoient leurs enfants au front que, s¹ils sont capturés, on
pourra les considérer comme morts.
Le ministre de la justice, Haïm Ramon, a commencé à expliquer cette nouvelle
politique, en disant que cela serait très douloureux pour les familles des
soldats kidnappés aujourd¹hui, mais que cela épargnerait de nombreuses vies
à l¹avenir.
Les enlèvements et les attaques du Hamas et du Hezbollah ont été les casus
belli du conflit actuel. L¹objectif déclaré du gouvernement de ramener les
soldats sains et saufs à leurs familles s¹est étrangement effacé derrière
des objectifs militaires plus directs. A mesure que le combat continue, la
vie des soldats kidnappés paraît moins importante dans les déclarations
gouvernementales.
Je me demande combien de gens sont morts pour sauver la vie de quelques-uns.
Au nom de la "dissuasion", combien d¹Israéliens, de Palestiniens et de
Libanais est-il légitime de tuer ? Comment un gouvernement peut-il regarder
ses citoyens droit dans les yeux et leur dire : toutes ces morts devaient
arriver, nous n¹avions pas le choix ?
Je suis abasourdi de l¹insoutenable légèreté avec laquelle nos dirigeants
jouent avec nos vies. Mon c¦ur pleure pour les familles des soldats
kidnappés, et pour tous ces gens innocents, de tous les côtés du conflit,
qui meurent sans raison et pour rien.
La perception est bien une question de géographie. Et de là où je me trouve,
je vois combien notre sang est bon marché, et combien bon marché est le sang
de nos ennemis. Triste. Très triste.
Gershon Baskin est le co-directeur israélien de l¹IPCRI (Israel/Palestine
Center for Research and Information). http://www.ipcri.org
Publicité