La fête gâchée

Publié le par david castel

La fête gâchée
Photo ARIS MESSINIS

Lundi 10 juillet 2006

Plus que la défaite de l'équipe de France ou que le quatrième titre de l'Italie, la finale de la Coupe du monde 2006 restera marquée par l'inexcusable coup de sang de Zinedine Zidane. La plus belle étoile des Bleus sort de scène par une petite porte. Partout dans le monde, on cherche à comprendre ce qui a poussé Zidane à agir ainsi.

En France, la presse est particulièrement amère après la défaite de la France. "Bravo quand même", titre en Une l'Humanité, en rappelant que le parcours des Bleus "avait débuté dans la douleur. Ils ont surmonté les faux pas pour accéder en finale. Zidane a marqué, puis s'est fait expulser", écrit le quotidien communiste, qui comme la plupart des titres, veut pardonner à Zinedine Zidane son coup de tête contre Marco Materazzi. "Zizou, merci, merci pour tout", estime Pierre Laurent dans son éditorial, mais Claude Droussent dans le Journal L'Equipe, est plus dur et demande au capitaine de l'équipe de France "comment cela a-t-il pu arriver à l'homme que vous êtes". "Regrets éternels", titre le journal, avec à chaque page : "Zidane, la sortie ratée". "On rêvait d'une autre fin". "La consternation et les larmes". "Aux larmes citoyens", ou encore "Le périple inachevé". Le "plus difficile", pour Claude Droussent qui interpelle le joueur, "n'est pas d'essayer de comprendre pourquoi les Bleus (...) ont perdu une finale de Coupe du monde à leur portée" mais "d'expliquer à des dizaines de millions d'enfants à travers le monde comment vous avez pu vous laisser aller à asséner ce coup de tête à Marco Materazzi". Comparant le capitaine des Bleus à Mohammed Ali, Pelé et Jesse Owen, L'Equipe constate que ces champions et "aucun monstre sacré de leur dimension, de celle que vous étiez sur le point de rejoindre, n'ont ainsi enfreint les règles les plus élémentaires du sport". Et le quotidien, qui qualifie le geste de "stupide", "irréparable et difficilement pardonnable", s'interroge : "que confiez à nos enfants, à tous ceux pour qui vous étiez redevenu l'exemple vivant, pour toujours".

Libération opte pour "Cruel" au-dessus d'un Zidane photographié de dos, les mains sur la tête, et explique dans son éditorial que "depuis un mois, la France rêvait avec Zidane. Ce matin, elle se réveille avec Chirac. France, terre de contraste, qui, même quand elle joue au ballon, n'arrive plus à dominer le monde". "Le pays perd une star sans gagner une étoile", résume Jean-Michel Thénard dans Libération.

"Le rêve brisé des Bleus", titre Le Figaro en louant la performance italienne. "L'Italie assomme la France", analyse le quotidien : "Comme en 1982 après le scandale du Totonero, le triomphe italien a un parfum de rédemption". Yves Thréard parle de "l'ultime et odieux coup de tête", une "inadmissible vengeance" qui "gâche la sortie et l'image" de Zinedine Zidane. "On était sans voix devant une telle bêtise", ajoute-t-il.

Le Parisien fait sa Une sur un simple "Merci!", avec en pages intérieures: "Que c'est cruel de trébucher si près du but".

Pour Pierre Taribo, dans L'Est Républicain, "Zidane a raté sa sortie", "a disjoncté comme il l'avait déjà fait parfois dans sa carrière" et "la France du football (...) frémit de réprobation, d'incompréhension et de tristesse".

"Le plus cruel", pour Jacques Camus de La République du Centre, "c'est que les Italiens ne nous ont pas seulement confisqué le trophée, ils ont volé à Zidane la sortie +panthéonesque+ qu'il visait" et le joueur est sorti "frappé du sceau de l'infamie, sur un très vilain coup de tête qui insulte sa carrière exemplaire et renvoie à ses premiers égarements". La faute peut-être a "trop de pression", "trop d'idolâtrie autour d'un joueur fait pour la simplicité et la tranquillité".

Claude Lesme, de La Montagne, voit cette expulsion comme le "symbole d'un homme qui n'est heureusement pas parfait" et Jean-Christophe Giesbert met en garde "les censeurs qui sermonneront le grand, l'immense Zinedine Zidane pour son mauvais geste en oubliant que le dieu du football est avant tout un homme de chair et de sang sujet, comme chacun de nous, aux faiblesses et aux colères".

A l'étranger aussi, on est choqué par le geste du capitaine de l'équipe de France. Jusqu'en Chine. Les médias chinois soulignent la sortie ratée de Zidane. Dans les Nouvelles de Pékin, une petite illustration montre Zidane quittant le stade, tête basse, laissant derrière lui la Coupe du monde après avoir reçu son carton rouge. "Adieu grand maître", indique le journal. "Tout roi du football est une combinaison entre ange et démon", estime l'éditorialiste Mao Xiaodong.

Pour l'Angleterre, le carton rouge de Zidane domine la victoire italienne. Le Times : "la France a payé le prix fort pour le coup de folie final". "Il n'y a pas eu de fin heureuse la nuit dernière pour la carrière de conte de fées de Zinedine Zidane", poursuit le grand quotidien britannique, selon qui celui qui "a été le plus fameux des Bleus aura toujours une tâche rouge indélébile attachée à son nom". The Independent parle lui d'"un moment de nature à entacher une entière carrière". Les autres titres sont à l'unisson : "Une des plus grandes carrières du football termine dans la honte" (The Guardian), "la honte de Zidane alors que l'Italie l'emporte aux tirs au but" (The Daily Telegraph), "la folie du roi Zidane" (Daily Express), "un moment de pure folie" (Daily Mirror). "C'était la dernière apparition de Zidane dans le football international, ce qui signifie qu'on se souviendra toujours de lui non pas pour son talent indéniable, mais pour un acte de violence déplorable", écrit le Daily mail. Comme toujours, le Sun fait dans la francophobie : "Zidane le cinglé est passé du statut de génie à celui de rustre".

Le Times nuance néanmoins ses commentaires en expliquant que Zidane a redonné le moral à la France, meurtrie par les émeutes des banlieues et déçue de n'avoir pas été retenue pour organiser les Jeux Olympiques de 2012. "Grâce à 'Sa Majesté Zidane' la France a retrouvé la joie de vivre qu'elle avait perdu ces dernières années, tandis que l'échec et la désillusion meurtrissaient le psychisme français", peut-on lire dans le Times.

"Pourquoi Zizou ?", s'interrogeait, en français dans le texte, le quotidien grec Elefthérotypia. "Zidane n'a pas rendu justice à son histoire avec un acte injustifiable", relevait pour sa part Ta Néa, Ethnos voyant dans le geste du capitaine français un "hara-kiri fatal pour son équipe".

Dans la presse allemande, on peut lire que "Zidane détruit son auréole de saint" (Frankfurter Allgemeine Zeitung). Zidane "n'a pas maîtrisé ses émotions" et que sa dernière apparition a ainsi "largement écorné sa belle image d'un maître du jeu" écrit encore le quotidien. Le Berliner Zeitung souligne que la star française a montré ses "deux visages: Dr Jekyll et Mr Hyde". "Ainsi va le football, ainsi va la vie. Le bien et le mal, le beau et le laid sont toujours étroitement liés. Et on passe facilement de l'un à l'autre", philosophe le quotidien berlinois. "Zizou le magicien s'est une nouvelle fois oublié", ajoute-t-il.

Dans Bild, plus gros tirage d'Allemagne avec 12 millions de lecteurs, "Zidane est responsable de l'aspect le plus sale de notre Mondial". "Son coup de tête brutal contre Materazzi et son carton rouge justifié ont jeté une ombre qui restera éternellement sur sa grande carrière. Une fin si indigne pour son dernier match, quelle désolation!", ajoute le journal.

En Espagne, pays d'adoption de Zidane, As regrette les "tristes adieux" du capitaine de l'équipe de France. "Ce coup de tête nous a tous fait mal", titre Marca, alors qu'El Pais parle également de "Docteur Jekyll et Mister Hyde", notant que, lors de cette finale, Zidane a "montré le meilleur et le pire de lui-même". "Zizou, dis-moi que ce n'était pas toi", demande Marca, dont la Une est barrée du titre "Trop de génie" pour essayer d'expliquer "l'adieu le plus triste qu'on puisse imaginer du meilleur joueur de la planète".

Le mot de la fin revient à la presse italienne, très sévère contre l'ancien joueur de la Juventus Turin. "Zidane termine sa carrière sur un coup de tête", juge le Corriere della Sera. "Ce devait être la soirée qui le consacrait comme un héros de l'histoire du football, et au lieu de ça, Zidane est sorti du terrain la tête basse, à la cinquième minute du second temps supplémentaire, expulsé pour un coup de tête, un geste qui change la fin d'une carrière", commente le quotidien de la péninsule. "Le coup de folie de Zidane", écrit La Repubblica. "Champions du monde. Pour la quatrième fois dans l'histoire, l'Italie remporte la grande finale", se félicite la Stampa, le quotidien de Turin, qui raconte également "l'incroyable geste de Zidane, qui alors que le ballon est loin, frappe Materazzi d'un puissant et absurde coup de tête".

  La résurection de l’Italie
24 ans que l’Italie attendait celà. 24 ans de frustration et de désillusion depuis la finale espagnole en 1982.

Mais hier soir au sein de l’Olympic Stadion de Berlin, les azzuri ont pris leur revanche sur l’histoire en remportant leur 4e étoile mondiale.

Au terme d’un match haché et tendu les italiens rapportent le précieux trophée en terre italienne, après que Fabio Grosso, défenseur de Palerme, eut délivré les siens en inscrivant le cinquième tir au but sur cinq de son équipe. Le parcours de la squaddra azzura au cours de ce Mondial allemand a été très éprouvant physiquement. En effet après avoir assez facilement terminé premier de leur poule (pour mémoire victoire contre le Ghana 2-0; match nul contre les USA 1-1; victoire contre la République Tchèque 2-0), ils gagnent à l’ultime minute des arrêts de jeu contre l’Australie en huitième de finale sur un penalty de Francesco Totti. En quart de finale les Azzuri passent l’obstacle Ukrainien en inscrivant 3 buts par Zambrotta et Luca Toni par deux fois.

Arrive alors le match de la peur face au pays organisateur et sa National Mannschaft. Un match qui ne délivrera aucun verdict pendant les 90 mns de temps réglementaire. Il faudra alors attendre la toute fin des prolongations pour voir le défenseur Fabio Grosso inscrire le but de la délivrance, avant de voir Alessandro Del Piero parachever la victoire des Italiens en inscrivant un superbe deuxième but.

Enfin hier soir contre la France l’Italie a livré son dernier combat sur la pelouse Berlinoise en remportant grâce à un mental et une volonté d’acier l’ultime match de la Coupe du Monde 2006 de la Fifa.

Voilà qui clôt un tournoi remarquablement organisé et qui aura soulevé quelques polémiques notamment en matière d’arbitrage.

Rendez-vous en 2008 année de l’Euro où l’Italie tentera de remporter un doublé historique à l’instar de la France en 2000.

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Publié dans Mundial 2006

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