par Megan Rowling
LONDRES (Reuters) - Le Soudan, l'Ouganda et le Congo sont les trois pays les plus dangereux du monde pour les enfants, en raison de conflits qui leur ont apporté morts, maladies et déplacements de population, selon un sondage effectué par Reuters auprès d'experts de l'humanitaire.
Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) estime que 1,8 million d'enfants ont souffert du conflit qui fait rage depuis trois ans au Darfour, région de l'ouest du Soudan où ils peuvent être recrutés pour le combat et sont particulièrement exposés aux maladies et à la malnutrition.
"C'est une population traumatisée, cela se voit sur le visage des enfants", témoigne l'actrice américaine Mia Farrow, ambassadrice de l'UNICEF, qui s'est rendue le mois dernier dans des camps abritant une partie des 2,5 millions de personnes chassées de chez elles par le conflit au Darfour.
"Tout le monde a perdu des membres de sa famille, vu des villages brûler et des proches se faire violer."
Reuters AlertNet, site internet dédié à l'action humanitaire fondé par la Fondation Reuters, a demandé à plus de 110 experts et journalistes de nommer les endroits les plus dangereux, selon eux, pour les enfants.
Outre le Soudan, ils citent le nord de l'Ouganda, la République démocratique du Congo, l'Irak, la Somalie, l'Inde, les territoires palestiniens, l'Afghanistan, la Tchétchénie et le Myanmar.
ENFANTS-SOLDATS
Selon l'UNICEF, plus de deux millions d'enfants, dans le monde entier, ont succombé à des conflits armés au cours des dix dernières années, et 20 millions ont été contraints de quitter leur foyer. Plus d'un million sont devenus orphelins ou ont été séparés de leurs familles.
"Les endroits les plus dangereux sont les zones de conflit où des enfants sont activement recrutés dans les forces combattantes, et le pire dans ce domaine est (...) l'Armée de résistance du Seigneur, en Ouganda", explique Gareth Evans, directeur de l'International Crisis Group, un institut de réflexion spécialisé dans les zones de conflit.
"Ses méthodes de recrutement, d'endoctrinement et de combat ont tué de nombreux enfants, sans compter ceux auxquels ils ont infligé d'horribles blessures physiques et mentales."
Dans le cadre de son insurrection, en près de 20 ans, le groupe rebelle a enlevé environ 25.000 enfants servant aussi bien de soldats que d'esclaves sexuels. Chaque soir, des enfants se réfugient dans les villes ougandaises pour éviter d'être enlevés.
Quant à la RDC, les premières élections libres organisées dans ce pays depuis 40 ans, prévues pour la fin juillet, doivent mettre un terme à une guerre qui, entre 1998-2003, a fait des millions de morts. Mais un conflit larvé persiste dans l'est du pays, en proie à l'anarchie, où la maladie, la faim et la violence tue quelque 1.200 personnes par jour.
"Des femmes et des enfants sont régulièrement victimes de milices armées illégales et autres prédateurs qui perpètrent des actes de violence inacceptables, dont des viols", souligne quant à lui le chef des opérations humanitaires de l'Onu, Jan Egeland.
TRAUMATISMES DURABLES
Les personnes interrogées insistent sur les traumatismes psychologiques endurés par les enfants victimes de violences.
"(En Irak), les enfants peuvent craindre à la fois les soldats américains et les insurgés: ils ont peur qu'on vienne les chercher chez eux s'ils sont d'une autre communauté", affirme Lindsey Hilsum, rédacteur en chef du service international de Channel 4 News, chaîne de télévision britannique. "Ils ne connaissent pas la sécurité et ne savent pas de quoi demain sera fait."
Les sondés citant les territoires palestiniens évoquent notamment la difficulté qu'il y a à vivre dans un endroit où la liberté de mouvement et l'accès à des services de base sont fortement limités.
La Somalie et l'Afghanistan, où des chefs de guerre se disputent le pouvoir, sont cités pour l'insécurité qui y règne et la pauvreté. Plus d'un quart des enfants afghans et un cinquième des petits somaliens meurent avant l'âge de cinq ans.
De nombreux enfants doivent en outre travailler pour survivre et soutenir leur famille. Mais la plupart des 218 millions d'enfants qui travaillent de par le monde vivent en Inde, classé sixième pays le plus dangereux.
"On estime que 62 à 115 millions d'enfants y travaillent, c'est un record mondial", affirme Anuradha Mittal, directeur de l'Oakland Institute, un organisme de réflexion. "Privés d'enfance, la plupart ne sont jamais allés à l'école."
En Tchétchénie, province séparatiste russe, les combats ont chassé de chez elles au moins 95.000 personnes et, selon l'UNICEF, 99% des habitants vivent en-dessous du seuil de pauvreté tel que défini par les autorités russes.
Quant au Myanmar, il est évoqué pour ses enfants-soldats, la junte militaire y contraignant des dizaines de milliers d'enfants à prendre les armes.