Le Hamas est là pour longtemps

Publié le par david castel

[l¹état d¹esprit dans les territoires palestiniens suite aux événements à
Gaza. Conclusion de ce journaliste qui connaît bien la société palestinienne
: le Hamas n¹est pas près de disparaître du paysage, même si par ailleurs,
la Palestine connaît une grave crise de leadership]

http://www.haaretz.com/hasen/spages/736380.html


par Danny Rubinstein

Trad : Gérard pour La Paix Maintenant


Certaines sources politiques israéliennes affirmaient la semaine dernière
que l¹objectif des opérations militaires dans la bande de Gaza et la
détention d¹officiels haut placés du Hamas de Cisjordanie servaient à faire
comprendre au Hamas que l¹enlèvement du caporal Gilad Shalit ne lui serait
d¹aucun bénéfice. Au contraire : il serait dommageable au mouvement. Il se
peut que cela se passe ainsi au bout du compte, mais entre temps, la
situation sécuritaire qui se détériore a considérablement renforcé le Hamas.

Les développements récents n¹ont laissé sur le terrain israélo-palestinien
que deux joueurs : Israël et le Hamas. Personne d¹autre. Le non-joueur le
plus remarquable est Mahmoud Abbas, qui n¹a pratiquement aucune possibilité
d¹influer sur les événements, ni en ce qui concerne Shalit, ni en ce qui
concerne les roquettes Qassam, les deux questions qui sont au centre des
affrontements actuels.

Personne ne sait comment se terminera cette crise et combien de sang sera
versé des deux côtés. Mais il est tout à fait possible de s¹attendre à une
sorte de compromis. Pour le moment, le Hamas ne semble pas désireux de faire
de concession. Les frappes dévastatrices dur la bande de Gaza, les victimes
et les destructions ont fait bouillir la rage, la frustration et la haine à
Gaza et en Cisjordanie. Et aucune de ces émotions n¹est dirigée contre le
gouvernement du Hamas. Tout le monde considère qu¹Israël est responsable du
chômage, du non-paiement des salaires ou des coupures d¹électricité.
Personne n¹ose critiquer le gouvernement du Hamas et personne ne le tient
pour responsable de ce qui se passe. Cela peut changer, mais pour le moment,
c¹est ainsi.

La majorité de la direction du Hamas apparaît prête à accepter l¹accord de
compromis rédigé par le président égyptien Hosni Moubarak et son chef des
renseignements, le général Omar Souleiman. Cet accord prévoit un
cessez-le-feu total et la libération de Gilad Shalit. En contrepartie,
Israël devra libérer les catégories prisonniers suivantes : femmes, mineurs,
emprisonnés depuis plus de 20 ans, et malades. Israël est prêt à relâcher un
certain nombre de ces prisonniers, mais pas dans le cadre d¹un échange avec
le soldat enlevé, et de préférence ultérieurement. En d¹autres termes, le
Hamas doit d¹abord libérer le soldat et mettre fin aux tirs de Qassam, et
plus tard seulement, Israël relâchera ses prisonniers. Combien et qui, cela
sera décidé par Israël et par l¹Egypte.

Les représentants du Hamas qui sont en pourparlers avec l¹Egypte n¹acceptent
pas les conditions israéliennes. Ils veulent entamer immédiatement des
négociations sur la liste des prisonniers à libérer et ne veulent pas
entendre parler de retards. Ils n¹ont aucune confiance dans les promesses
qu¹Israël fait à Moubarak.

Chez les prisonniers et leurs familles, l¹espoir n¹a jamais été aussi grand.
Mais même si seuls quelques-uns sont relâchés, le Hamas pourra le présenter
comme une victoire majeure. Après tout, Abbas et son équipe, qui ont traité
avec Israël d¹une manière civilisée, n¹ont pas réussi à obtenir quasiment
aucune libération, à part quelques voleurs de voitures, quelques
travailleurs manuels qui s¹étaient introduits en Israël à la recherche de
travail et de prisonniers qui avaient pratiquement purgé leur peine. En
d¹autres termes, le Hamas a une bonne chance de sortir renforcé de ce
conflit.

Le premier ministre Ismail Haniyeh, le directeur du bureau politique Khaled
Mesh¹al et peut-être d¹autres dirigeants du groupe émergeront bientôt comme
des leaders palestiniens d¹importance. Entre temps, la politique
palestinienne souffre d¹une sérieuse crise de leadership.

En moyenne, la popularité de Yasser Arafat atteignait entre 40 et 70%. Il
était suivi de Sheikh Ahmed Yassine, le fondateur du Hamas, avec tout au
plus 15%. Dans le sondage le plus récent effectué la semaine dernière par le
Jerusalem Media and Communications Center, Haniyeh recueillait 18% de
popularité, Abbas 13% et Marwan Barghouti 5,5%. 27% des personnes
interrogées ont affirmé ne faire confiance à aucun leader, et le reste donne
2 à 3% à des leaders variés.

Dans tous les cas de figure, la conclusion est que le Hamas va être avec
nous pour un long moment. Au lieu de réfléchir à la manière de s¹en
débarrasser, il vaudrait mieux consacrer un peu de temps à réfléchir à la
manière de traiter avec lui.
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