Une fois de plus, "pas de partenaire"

Publié le par david castel

[avec les événements de Gaza, l¹adage "pas de partenaire" est plus que
jamais à l¹ordre du jour. Pourtant, comme le dit Benziman, le jour approche
où les Israéliens demanderont à leur gouvernement si cela est réellement
crédible]


http://www.haaretz.com/hasen/spages/733430.html

Ha¹aretz, 2 juillet 2006

Une fois de plus, "pas de partenaire"
par Uzi Benziman

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


Jeudi dernier, l¹Etat d¹Israël a produit une preuve éclatante du vieil
argument selon lequel il n¹a pas de partenaire chez les dirigeants
palestiniens pour mener un dialogue : il en a arrêté un nombre important et
les a physiquement écartés de leurs fonctions. A partir d¹aujourd¹hui, il ne
peut y avoir aucun doute : Israël n¹a personne à qui parler à Ramallah. Et
si l¹enlèvement du caporal Gilad Shalit n¹est pas réglé, alors, dans un
futur proche, la moitié gazaouie de la direction palestinienne ne sera plus
accessible : d¹après le plan israélien, elle sera l¹objet d¹assassinats
ciblés.

Yasser Arafat a été le premier dirigeant palestinien avec lequel le dialogue
était impossible. Il était l¹archétype de l¹impureté, le diable dont la
raison d¹être était la destruction de l¹Etat d¹Israël. Même une fois avoir
gagné une reconnaissance suite aux accords d¹Oslo, il a continué à être
dépeint comme un comploteur pervers qui cachait un poignard quand il serrait
une main. La version israélienne officielle, fondée sur un travail de
renseignement crédible et une savante analyse de personnalité, était
qu¹Arafat n¹avait pas renoncé à son intention de jeter les Israéliens à la
mer. Après l¹échec du sommet de Camp David en 2000, on l¹a accusé d¹avoir
soigneusement préparé les organisations terroristes palestiniennes pour
l¹Intifada al-Aqsa. Quand l¹Intifada a éclaté, cela a confirmé le vieil
adage selon lequel il n¹y a personne à qui parler du côté palestinien et que
le dirigeant du peuple palestinien n¹était rien d¹autre qu¹une brute
violente et rusée travestie provisoirement en homme d¹Etat.

Le successeur d¹Arafat, Mahmoud Abbas, a été classé dans la catégorie des
mauviettes. Le renseignement israélien concédait que ses intentions étaient
bonnes, mais il affirmait qu¹il était sans pouvoir. Une fois de plus, la
preuve était faite qu¹Israël n¹avait pas de partenaire. Ismail Haniyeh, élu
premier ministre dans une élection qui avait reçu l¹assentiment d¹Israël, a
été considéré comme un lépreux qui doit être évité, même s¹il est dépeint
comme une marionnette dont les fils sont manipulés par le maître terroriste
Khaled Mesh¹al, dont le renseignement israélien pense qu¹un seul mot de lui
peut produire des événements au sein de l¹Autorité palestinienne. Une fois
de plus, personne à qui parler.

Même si cela est vrai, même si Israël (comme l¹a dit Ehoud Barak) est une
villa dans une jungle infestée de prédateurs, il n¹est pas exempt de se
poser la question de savoir si sa meilleure chance de survie réside dans la
non-reconnaissance de ses voisins, dans le fait de se les aliéner et de les
humilier. Le jour approche où la communauté internationale, et quelques
Israéliens aussi, vont se demander (et demander au gouvernement) si
l¹argument selon lequel les dirigeants palestiniens ne sont pas aptes au
dialogue est logique, efficace et crédible. Cette attitude n¹est-elle pas
aussi une prédiction qui se réalise à force d¹être annoncée par Israël, le
fruit d¹un préjugé, de la bonne conscience et peut-être d¹intentions cachées
? Comment le gouvernement espère-t-il établir des relations stables avec les
Palestiniens s¹il nie toute légitimité à leurs dirigeants et n¹admet pas la
souveraineté du peuple palestinien à être dirigé par ses représentants élus
?

L¹arrestation de personnalités du Hamas est destinée à fournir à Israël des
atouts dans les négociations avec les ravisseurs de Gilad Shalit. Pour
qu¹Israël ne soit pas perçu comme un Etat qui prend des otages, on justifie
ces arrestations en disant que le Hamas est une organisation terroriste,
mais tout le monde sait que dans la jungle, on est parfois conduit à se
comporter comme son voisin. Pourtant, les habitants de la villa seraient
bien avisés de regarder vers l¹avant : si les circonstances conduisent
réellement Israël à emprisonner ou à tuer les actuels dirigeants
palestiniens, cela permettra-t-il à un partenaire plus confortable d¹émerger
? L¹humiliation grossière de la direction palestinienne la rendra-t-elle
plus conciliante ? Ehoud Olmert espère que cette attitude, ivre de sa
puissance, prouvera son efficacité à long terme. Son objectif est d¹ôter les
enlèvements de la boîte à outils palestinienne. Mais cela pourrait aussi se
révéler un mauvaix choix : à long terme, la politique d¹Olmert peut aussi
rendre les Palestiniens plus obstinés et unis, et renforcer leurs rêves de
vengeance.
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