Ouvrez la porte au dialogue

Publié le par david castel

[un meeting où devaient prendre la parole deux Palestiniens favorables au
dialogue avec Israël. Ils ont été empêchés d¹y assister. L¹auteur pose la
question angoissante : "s¹agit-il d¹une politique délibérée du gouvernement
israélien qui fait tout son possible pour bloquer les rencontres entre
Israéliens et Palestiniens, cela pour étayer l¹argument qu¹il martèle :Oil
n¹y a pas de partenaire palestinien pour la paix¹ ?"]


Source : Common Grounds http://www.commongroundnews.org/
(article paru dans le numéro d¹Ha¹aretz du 14 juin 2006)


Par Benjamin Pogrund (1)

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
 

Mardi dernier, environ 200 personnes s¹étaient rendues dans l¹après-midi au
Centre Notre-Dame, à Jérusalem, pour écouter deux dirigeants politiques
parler des pièges et de problèmes que posent le dialogue israélo-palestinien
et la coopération. Ces deux dirigeants sont célèbres : Yossi Beilin,
président du parti Meretz, et Yasser Abed Rabbo, membre du comité exécutif
de l¹OLP. Ils occupent une place importante dans les relations entre
Israéliens et Palestiniens, ayant été à la source de l¹Initiative de Genève
lancée en 2003 (2).

Le meeting, hautement médiatisé, devait commencer à 14h. Le temps passait.
Pas d¹orateurs à l¹horizon. Le public s¹impatientait. Les organisateurs
annoncèrent alors qu¹Abed Rabbo n¹avait pu obtenir l¹autorisation de la part
de l¹armée israélienne d¹entrer en Israël depuis la Cisjordanie. Ils
espéraient toujours sa venue. Il semble qu¹il fait sa demande d¹autorisation
il y a 10 jours. Beilin, ancien ministre de la justice, et donc a priori
capable de faire jouer son influence, était en train de tenter de lui
obtenir le permis. (Beilin, entre-temps, n¹a pu venir, retenu à la Knesset).

L¹après-midi s¹écoula, et les organisateurs durent finalement annoncer
qu¹Abed Rabbo ne viendrait pas. Plus tard, il s¹avéra qu¹il avait bien
obtenu son permis, mais deux heures et quart après le début du meeting. A
l¹heure où il était terminé et tout le monde parti.

Bavure bureaucratique ? Tour joué par les militaires ? Sorte de jeu pour
s¹assurer qu¹Abed Rabbo ne pourrait pas parler, tout en faisant en sorte
qu¹Israël ne soit pas accusé de ne pas le laisser parler ? En tout cas, un
autre dirigeant palestinien n¹a pu se rendre au meeting : Ziyad Abou-Zayad,
ancien ministre, et co-hôte du meeting en sa qualité de co-rédacteur en chef
du Palestine-Israel Journal.

Le Palestine-Israel Journal est un magazine trimestriel unique en son genre,
car il s¹agit d¹un projet commun israélo-palestinien. Abou-Zayad en est le
rédacteur en chef avec Hillel Schenkner, journaliste israélien confirmé
spécialiste des affaires israélo-arabes. Le comité de rédaction (auquel il
se trouve que j¹appartiens), est composé d¹Israéliens et de Palestiniens. Le
comité se réunit pour discuter de chaque sujet, et les décisions comme le
travail sont partagés. L¹objectif du magazine est d¹apporter des éclairages
sur les questions qui divisent Israéliens et Palestiniens, vues par des
écrivains célèbres, des personnalités politiques, des journalistes et des
artistes.

Récemment, le magazine a reçu de l¹Union européenne une subvention pour
financer huit numéros. Le présent numéro est consacré à "Peuple-à-Peuple :
qu¹est-ce qui n¹a pas marché et comment réparer ?". C¹était aussi le thème
du meeting de mardi, pour lequel Abed Rabbo et Beilin étaient les orateurs
rêvés pour expliquer les contacts sur le terrain qui ont suivi les accords
d¹Oslo, il y a plus de 10 ans, et pour s¹interroger sur les raisons pour
lesquelles la paix n¹a pas été instaurée, et sur ce qu¹il convient de faire
aujourd¹hui.

Alors, pourquoi deux Palestiniens clés ont-ils été empêchés de participer au
meeting ? Schenkner a dit à la tribune qu¹il n¹y avait "aucune raison
logique ou rationnelle" expliquant l¹absence d¹Abou-Zayad, et il a fait
remarquer que le domicile de celui-ci n¹était qu¹à 12 minutes en voiture.
Elias Zananiri, militant palestinien pour la paix qui a parlé à la place
d¹Abou-Zayad, a condamné avec colère la "collusion de fait" entre le
gouvernement israélien et les extrémistes du côté palestinien, pour empêcher
les Palestiniens de parler aux Israéliens et vice-versa.

Qu¹Abed Rabbo et Abou-Zayad aient été empêchés de participer au meeting
n¹est pas chose inhabituelle. Nombreux sont les hommes et les femmes qui
¦uvrent au rapprochement entre Israéliens et Palestiniens et qui ont connu
cette expérience. Les Palestiniens qui habitent Jérusalem peuvent assister à
des réunions sans problème. Mais en Cisjordanie, tout le monde a besoin d¹un
permis de l¹armée israélienne. La procédure habituelle consiste à s¹adresser
d¹abord à l¹Administration civile (également des militaires), qui contrôle
la Cisjordanie. Si le permis est accordé, il faut alors obtenir un permis de
l¹armée elle-même. On peut penser que le Shin Bet est partie prenante
quelque part. (Pour la bande de Gaza, n¹y pensons même pas. C¹est comme une
autre planète, et il est rare que quelqu¹un de là-bas assiste à des réunions
consacrées au dialogue).

Il peut s¹ensuivre un jeu harassant du chat et de la souris

Les fonctionnaires de l¹Administration civile, qui sot des officiers
militaires, sont en général sympathiques et attentionnés. "Téléphonez cet
après-midi", ou "téléphonez demain matin", disent-ils. Et cela dure.
Finalement, la réponse est non, sans explication, ou bien l¹explication est
qu¹il y a un bouclage dans les territoires et que seuls les "cas
humanitaires" sont examinés, ou bien encore le permis est accordé beaucoup
trop tard, comme pour Abed Rabbo.

De même, les Israéliens ne sont pas autorisés à franchir les check points
pour se rendre à des réunions dans des villes cisjordaniennes. La raison est
sécuritaire et, bien sûr, cela peut se comprendre car un certain nombre de
Juifs qui avaient traversé la frontière ont été assassinés. Autre chose est
de savoir si cela justifie une politique en bloc qui empêche tout Israélien
juif de pénétrer en Cisjordanie.

L¹ensemble de ces refus et de ces obstacles a     eu un effet dévastateur
sur le dialogue israélo-palestinien. Et ces refus suscitent la question de
fond, la plus angoissante de toutes : s¹agit-il d¹une politique délibérée du
gouvernement israélien qui fait tout son possible pour bloquer les
rencontres entre Israéliens et Palestiniens, cela pour étayer l¹argument
qu¹il martèle : "il n¹y a pas de partenaire palestinien pour la paix " ?

Le fait est qu¹il existe en Cisjordanie un grand nombre de Palestiniens
réputés qui souhaitent parler et travailler avec des Israéliens pour la
paix, et qui refusent bravement de se soumettre aux pressions venues de leur
côté contre ce qu¹on appelle la "normalisation" [des relations avec Israël,
ndt]. Le gouvernement israélien veut-il nier l¹existence de ces Palestiniens
en faisant en sorte qu¹il leur soit impossible de rencontrer des Israéliens
?

Ce serait alors le comble du cynisme et de la manipulation. Cela ne peut pas
être vrai. Le gouvernement d¹Ehoud Olmert doit plutôt, et d¹urgence,
examiner ce qui se passe sur le terrain et ouvrir grand les portes pour que
Palestiniens et Israéliens puissent se rencontrer facilement et librement.
Quel espoir de paix possible peut-il y avoir si les gens ne peuvent même pas
se rencontrer pour partager des idées et débattre de ce qui les oppose ?

(1) Benjamin Pogrund était rédacteur en chef adjoint du Rand Daily Mail
(Johannesburg). Il est fondateur et dirige le Yakar¹s Center for Social
Concern à Jérusalem

(2) Nous avons consacré de très nombreux articles à Genève. Vous en
trouverez la liste à : http://www.lapaixmaintenant.org/mot52
Le texte des Accords : http://www.lapaixmaintenant.org/association708
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