Madame Henderson présente

Question.
Vous prenez une mesure de Stephen Frears, le réalisateur des Liaisons Dangereuses, des Arnaqueurs, de Héros malgré lui, de High Fidelity… Vous le mélangez avec une cuillère de Judi Dench et une grosse louche de Bob Hoskins, en remuant à intervalle régulier. Vous plongez le tout dans un théâtre de Soho, transformé en revue musicale où se produisent des filles aussi immobiles que nues, dans la prude Angleterre de 1937. Saupoudrez le tout des pages d'un scénario que vous aurez pris soin de choisir pour sa verve et son intelligence. Refermez, et laissez mijoter le tout sous le blitz de Londres, durant la Deuxième. Qu'est-ce que vous obtenez ?
Un sacré bon film.

Madame Henderson présente
(Mrs Henderson presents)
2005
Un film de Stephen Frears
avec Judi Dench, Bob Hoskins, Will Young, Kelly Reilly, Christopher Guest…
Scénario de Martin Sherman
durée: 1h45
sortie le 11 janvier 2006
Londres, 1937. Madame Henderson, une vieille dame richissime nouvellement veuve, refuse de se cantonner aux passe-temps débilitants que son âge et sa condition donnent pour légitimes. Au lieu de cela elle rachète le Windmill, un vieux théâtre du centre de Londres qu'elle va transformer en cabaret avec l'aide d'un génie du show business dont elle s'est arrogée les services : Vivian Van Damm. La cohabitation entre ces deux caractères bien trempés ne se fait pas sans heurts, mais s'avère fructueuse : en décidant de rester ouvert en permanence, le Windmill devient vite le théâtre le plus couru de Londres.
Mais quand la concurrence s'engouffre dans la brèche, les revenus reviennent à leur court plancher. Madame Henderson décide de réagir, et pour cela de frapper un grand coup : sa revue sera la seule d'Angleterre à proposer à ses clients la vision de filles nues…

Décidément, il faudrait un jour se pencher sur le dictionnaire et lui rajouter quelques adjectifs pour dire tout le bien que l'on pense de Stephen Frears. Le plus américain des réalisateurs anglais (si l'on excepte Hitchcock bien sûr) parvient toujours à tirer le meilleur parti de sujets de commande a priori farfelus ou anecdotiques, comme aurait tout à fait pu l'être ce Mme Henderson présente entre des mains moins expertes. Le pitch, pour attrayant et sympathique qu'il soit, ne laisse en effet pas forcément présager d'un chef d'œuvre impérissable du 7e art : l'histoire véridique du premier théâtre londonien ayant présenté une revue où une partie des filles apparaissaient entièrement nues. Cela peut paraître maigre pour tenir une heure quarante-cinq de film, et rien ne serait plus vrai… si toutefois le scénario se résumait à cela. Ce serait en effet bien mal connaître Stephen Frears que de penser qu'il puisse s'engager sur un script sur ses seules vertus vaudevillesques. Et de fait, si la vie mouvementée du Windmill est bien au centre du récit, l'on se rend compte assez vite qu'il sert surtout de véhicule à Stephen Frears pour raconter l'histoire qui l'intéresse vraiment : celle de Mme Henderson et de Vivian Van Damm. Une paire d'originaux caractériels, aussi incapables de se supporter l'un l'autre que désespérément complémentaires, et bien sûr chacun frappés de l'indispensable sceau "personnage réel". Un terrain d'expérimentation de rêve pour l'humour mordant de Frears, et un bonheur pour les comédiens qui les incarnent, soit Judi Dench -délicieusement british- et Bob Hoskins -parfait en directeur de théâtre bulldog-. Ils sont laissés à ce qu'ils savent faire le mieux, et assurent une bonne partie du spectacle. Les coups de gueule de van Damm à l'égard de cette mamie qui s'incruste perpétuellement dans ses affaires sous prétexte qu'elle les a financées devraient ainsi graver un sourire durable sur votre visage, tout comme l'appoint de Mme Henderson qui, lorsqu'il s'agit de faire jouer ses relations pour obtenir l'autorisation de présenter un spectacle de nu, sort le grand jeu afin de séduire le fonctionnaire en charge.
Vous prenez une mesure de Stephen Frears, le réalisateur des Liaisons Dangereuses, des Arnaqueurs, de Héros malgré lui, de High Fidelity… Vous le mélangez avec une cuillère de Judi Dench et une grosse louche de Bob Hoskins, en remuant à intervalle régulier. Vous plongez le tout dans un théâtre de Soho, transformé en revue musicale où se produisent des filles aussi immobiles que nues, dans la prude Angleterre de 1937. Saupoudrez le tout des pages d'un scénario que vous aurez pris soin de choisir pour sa verve et son intelligence. Refermez, et laissez mijoter le tout sous le blitz de Londres, durant la Deuxième. Qu'est-ce que vous obtenez ?
Un sacré bon film.

Madame Henderson présente
(Mrs Henderson presents)
2005
Un film de Stephen Frears
avec Judi Dench, Bob Hoskins, Will Young, Kelly Reilly, Christopher Guest…
Scénario de Martin Sherman
durée: 1h45
sortie le 11 janvier 2006
Londres, 1937. Madame Henderson, une vieille dame richissime nouvellement veuve, refuse de se cantonner aux passe-temps débilitants que son âge et sa condition donnent pour légitimes. Au lieu de cela elle rachète le Windmill, un vieux théâtre du centre de Londres qu'elle va transformer en cabaret avec l'aide d'un génie du show business dont elle s'est arrogée les services : Vivian Van Damm. La cohabitation entre ces deux caractères bien trempés ne se fait pas sans heurts, mais s'avère fructueuse : en décidant de rester ouvert en permanence, le Windmill devient vite le théâtre le plus couru de Londres.
Mais quand la concurrence s'engouffre dans la brèche, les revenus reviennent à leur court plancher. Madame Henderson décide de réagir, et pour cela de frapper un grand coup : sa revue sera la seule d'Angleterre à proposer à ses clients la vision de filles nues…

Décidément, il faudrait un jour se pencher sur le dictionnaire et lui rajouter quelques adjectifs pour dire tout le bien que l'on pense de Stephen Frears. Le plus américain des réalisateurs anglais (si l'on excepte Hitchcock bien sûr) parvient toujours à tirer le meilleur parti de sujets de commande a priori farfelus ou anecdotiques, comme aurait tout à fait pu l'être ce Mme Henderson présente entre des mains moins expertes. Le pitch, pour attrayant et sympathique qu'il soit, ne laisse en effet pas forcément présager d'un chef d'œuvre impérissable du 7e art : l'histoire véridique du premier théâtre londonien ayant présenté une revue où une partie des filles apparaissaient entièrement nues. Cela peut paraître maigre pour tenir une heure quarante-cinq de film, et rien ne serait plus vrai… si toutefois le scénario se résumait à cela. Ce serait en effet bien mal connaître Stephen Frears que de penser qu'il puisse s'engager sur un script sur ses seules vertus vaudevillesques. Et de fait, si la vie mouvementée du Windmill est bien au centre du récit, l'on se rend compte assez vite qu'il sert surtout de véhicule à Stephen Frears pour raconter l'histoire qui l'intéresse vraiment : celle de Mme Henderson et de Vivian Van Damm. Une paire d'originaux caractériels, aussi incapables de se supporter l'un l'autre que désespérément complémentaires, et bien sûr chacun frappés de l'indispensable sceau "personnage réel". Un terrain d'expérimentation de rêve pour l'humour mordant de Frears, et un bonheur pour les comédiens qui les incarnent, soit Judi Dench -délicieusement british- et Bob Hoskins -parfait en directeur de théâtre bulldog-. Ils sont laissés à ce qu'ils savent faire le mieux, et assurent une bonne partie du spectacle. Les coups de gueule de van Damm à l'égard de cette mamie qui s'incruste perpétuellement dans ses affaires sous prétexte qu'elle les a financées devraient ainsi graver un sourire durable sur votre visage, tout comme l'appoint de Mme Henderson qui, lorsqu'il s'agit de faire jouer ses relations pour obtenir l'autorisation de présenter un spectacle de nu, sort le grand jeu afin de séduire le fonctionnaire en charge.
Le métrage fonctionne donc à plein régime sur le simple registre de la comédie de mœurs dans l'Angleterre d'entre-deux guerres, mais pas uniquement. Si l'on continue d'éplucher ce film-artichaut, on se rend compte que les couches sont bien plus nombreuses -et savoureuses- qu'il n'y paraît.
Mme Henderson présente, c'est aussi, mine de rien, une très bonne comédie musicale ; même si tous les numéros se voient fort logiquement cantonnés à l'espace de la scène. Les fameux "tableaux vivants", ensembles allégoriques de femmes nues dans la plus parfaite immobilité -c'était le seul moyen pour le Windmill d'échapper au couperet de la censure- font ainsi montre de réelles qualités artistiques, tant dans leur éclairage rococo que dans leurs décors et costumes au charme suranné. Les chansons des années 30-40 ne sont pas en reste, et n'ont pas à rougir face à la concurrence (qu'elle soit récente ou pas). Un procédé qui permet également de livrer une peinture douce-amère du monde du spectacle, à une époque où l'on imagine que malgré la guerre "c'était mieux avant".

La guerre.
S'il y a un élément qui se fait plus prégnant à mesure que l'on épluche l'artichaut, quitte à en gangrener la saveur, c'est celui-ci. Il faut savoir effectivement que de tous les théâtres de Londres, le Windmill fut le seul à ne jamais avoir fermé durant le Blitz, où la Luftwaffe bombardait la ville sans relâche et sans merci. Le spectacle continuait dans les sous-sols alors qu'au dessus, les immeubles s'écroulaient. Une manière pour Mme Henderson et les artistes de la troupe de participer à l'effort de guerre, à leur façon bien sûr. Un thème somme toute peu souvent abordé quand il s'agit de la deuxième guerre mondiale, et qui donne lieu ici à un monologue mémorable de Judi Dench devant un parterre de GI's et de Tommies qui protestent contre la fermeture programmée de la salle suite aux risques que constituent les attroupements. Des moments d'émotions comme celui-là, le film en ménage plusieurs, toujours intimement liés aux évènements extérieurs, et toujours parfaitement intégrés au récit sans pour autant le plomber. Mme Henderson se recueillant sur la tombe de son fils mort durant la Grande Guerre, l'inflexible Van Damm plongé dans le noir, la trouille au ventre d'avoir appris que les familles juives étaient rassemblées par les Nazis dans sa Hollande natale, le départ au combat des petits amis des danseuses… tant d'éléments éminemment respectables dans une comédie qui affectionne d'être un peu plus que simplement drôle, soit par ailleurs la marque des grandes comédies ; n'en doutons pas.
Pour autant, il serait incorrect de prétendre que le film est exempt de tout défaut ; et il est vrai que cette multitude de thèmes entremêlés et menés de front finit par nuire à la fluidité et à l'unité du récit. De bien fâcheuses longueurs risquent donc de faire leur apparition à la moitié du métrage, longueurs qui auraient éventuellement pu être évitées si Stephen Frears avait restreint ses ambitions et s'était focalisé sur certains aspects de son film plutôt que d'autres.
En tout état de cause, on lui sait gré de ne pas avoir cédé aux sirènes de la facilité, quitte à perdre quelques plumes -et quelques spectateurs- en route. Trop rares sont en effet les films à la fois divertissants et intelligents, et qui peuvent se targuer d'aller au-delà de leur vocation de véhicule pour "acteurs brillants" (et Dieu sait qu'il y en a dans le film).

Pour toutes ces raisons, encore une fois, merci à vous Mr Frears. Merci de ne pas vous endormir sur vos lauriers, merci de ne pas nous livrer du film historique prémâché et poussiéreux, merci pour votre direction d'acteurs, merci enfin d'oser, quitte à vous tromper.
Car enfin, reconnaissons-le, il y a peu de films qui nous feraient presque écraser une larme avec l'image d'un doigt d'honneur brandi en l'air.
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