Le cuirassé Potemkine

Publié le par david castel


Claude Wainstain
jeudi 4 mai 2006 - 20:02



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Extrait de L’Arche n° 575, mars 2006
Numéro spécimen sur demande à info@arche-mag.com


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Il paraît que la séquence de l’escalier du Cuirassé Potemkine est la plus commentée de toute l’histoire du cinéma. C’est bien possible, si l’on songe à la constance avec laquelle, pendant des décennies, ce film d’Eisenstein a tenu l’affiche des projections-débats et des après-midi culturels, gravant dans la mémoire collective des ciné-clubs ses plans saccadés de foule en désordre, de soldats alignés, de visages grimaçants et de landaus qui dévalent les marches en cahotant. Le hurlement muet sur ce timbre bulgare du 25 février 2005 démontre en tout cas que, même quatre-vingts ans plus tard, ces images-chocs n’ont rien perdu de leur charge émotionnelle.

Né à Riga en 1898 dans une famille cultivée et polyglotte, Serge Eisenstein était le fils d’un architecte juif allemand et d’une bourgeoise lettone qui abandonna rapidement le foyer conjugal pour filer le parfait amour. Il fut élevé par sa nourrice dans une foi orthodoxe imprégnée de superstitions naïves. En 1918, interrompant ses études d’architecture, il partit rejoindre l’Armée rouge. Il peignit des banderoles révolutionnaires et des trains de propagande, puis s’initia au décor de théâtre et à la mise en scène avant d’opter finalement pour le cinéma.

Lénine n’avait-il pas déclaré : « De tous les arts, l’art cinématographique est pour nous le plus important » ? Son premier film, La grève, réalisé en 1924, lui valut un succès d’estime et surtout la commande par le Parti de ce qui allait devenir un monument du septième art, Le cuirassé Potemkine. Bien que tourné en deux mois et largement improvisé, ce long métrage commémorant la révolution de 1905 propulsa son auteur du rang de réalisateur débutant à celui de célébrité internationale.

Soudain très sollicité, Eisenstein donna des conférences dans toute l’Europe puis s’embarqua pour Hollywood. Mais le rêve californien s’avéra décevant : tous ses scénarios furent refusés. Le Mexique ne lui fut guère plus favorable, et quand il revint en URSS, en 1932, ce fut pour s’apercevoir que le climat avait bien changé : désormais, la nouvelle religion s’appelait « réalisme socialiste », et malheur à qui était accusé de « formalisme », de « déviationnisme » ou de « cosmopolitisme ».

Malgré une humiliante autocritique, Eisenstein dut attendre 1938 pour retrouver le chemin des studios, d’abord avec Alexandre Nevski, une fresque bien-pensante décrivant la lutte du peuple russe face aux envahisseurs teutoniques, puis avec Ivan le Terrible, tourné en 1941 à Alma-Ata, sur une musique de Prokofiev, et dont le deuxième volet fut interdit par Staline.

Mort en disgrâce en 1948, Eisenstein ne se départit qu’une fois de son indifférence à l’égard de ses racines juives. C’était à Moscou, en août 1941, au cours d’un grand meeting où les Juifs soviétiques les plus éminents s’étaient rassemblés, toutes opinions confondues, pour demander l’aide des Juifs occidentaux. Là, il s’était affirmé solidaire du peuple juif. « Frères juifs du monde entier, avait-il proclamé - et la sincérité était perceptible sous la phraséologie officielle -, le moment d’agir, c’est aujourd’hui ou jamais ! »


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Publié dans 1932

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