Le virus de la paix est de retour
[Le sommet israélo-palestinien (on ne sait pas encore s¹il y aura d¹autres
participants arabes) d¹Annapolis approche. Or, l¹atmosphère en Israël semble
être au scepticisme, sinon au cynisme. Mais cette sensation est trompeuse.
Ce qui pourrait se révéler un tournant historique en cas de succès pourrait
constituer de même un autre tournant historique en cas d¹échec. En pire,
bien sûr.]
Yediot Aharonot, 11 octobre 2007
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3458817,00.html
Le virus de la paix est de retour
Gadi Baltiansky *
Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant
Depuis quelque temps, une nouvelle épidémie menace le discours public
israélien. Une conférence de paix, un accord avec les Palestiniens, des
cérémonies avec un président américain : maladies que nous croyions
disparues à tout jamais. Nous nous étions habitués au confort d¹une vie sans
partenaires, sans négociations. Soudain, le virus de la paix réapparaît.
Nous avions trouvé un traitement relativement simple : un geste dédaigneux
de la main. Que ce moustique porteur d¹ennuis file d¹ici !
Ce geste de la main, on le retrouve chez des ministres, des députés, des
journalistes et de nombreux citoyens. Ne vous en faites pas, disent les
ministres du Parti travailliste, qui naguère portait l¹étendard de la paix,
rien d¹important ne sortira de ces négociations. Entre-temps, les membres du
cabinet du Premier ministre chuchotent à toutes les oreilles, en particulier
aux oreilles droites, qu¹il n¹y a aucun danger de paix, ni d¹accord, Dieu
nous en préserve. Tout au plus, une vague déclaration d¹intentions.
Dans l¹opinion et dans les médias, on adopte largement et joyeusement ce
scepticisme. Et même, on ajoute une bonne mesure de cynisme. Aucune chance
qu¹ils parviennent à un accord : après tout, les fossés sont si larges.
Jérusalem ? Olmert ne pliera pas. Les réfugiés ? Abbas ne pliera pas. Les
frontières ? Les colons ne laisseront pas faire. La sécurité ? Les
Palestiniens sont des incapables. Les Etats-Unis ? Bush est déjà
politiquement mort.
Ainsi, semble-t-il, ce geste de la main dédaigneux est en train d¹accomplir
son travail. On ne sent rien qui ressemble à un moment historique. Les
places publiques ne s¹empliront pas de manifestants, car la paix est si
loin. Mais tout cela n¹est que du « semble-t-il. ».
Si le sommet réussit, le tournant historique va se produire si les
principes d¹un accord final sont formulés, et si des négociations se mettent
en route sur les détails des questions au c¦ur du conflit. Oui, il est fort
possible que les sceptiques et autres cyniques aient raison, qu¹il n¹y ait
pas d¹accord et que le sommet échoue. Dans ce cas-là aussi, nous
assisterions à un tournant historique : pour le pire.
Et le Hamas pourra dire : nous avions raison.
Dans son discours du 24 septembre à New York, la ministre des affaires
étrangères Tzipi Livni a dit que le moment était venu. Que l¹on nous offrait
une chance historique de faire de l¹idée de deux Etats une réalité, et que
les générations futures ne nous pardonneraient pas un échec.
Elle a raison. Sauf que la génération présente ne nous le pardonnerait pas
non plus, parce que le prix de l¹échec pourrait être terrible. Ceux des
Palestiniens qui souhaitent la paix (et ils constituent une majorité) diront
qu¹ils n¹ont pas de partenaire du côté israélien, et que le seul horizon qui
leur est laissé est celui du Mur, des check points et des colonies. Et ceux
des Israéliens qui souhaitent la paix (et ils constituent une majorité)
sombreront un peu plus dans le désespoir comme sombrera l¹espoir de voir
émerger un Etat juif et démocratique.
Mahmoud Abbas dira : j¹ai tenté d¹être conciliant avec Israël. J¹ai accepté
que l¹application d¹un accord se fasse par étapes et soit soumise à des
tests. J¹ai accepté une présence internationale en Palestine. J¹ai boycotté
le Hamas. Et les Israéliens savent bien qu¹ils n¹auront jamais
d¹interlocuteurs plus modérés que moi et le Premier ministre Salam Fayyad.
S¹ils ne veulent pas d¹un accord avec nous, sur un document général qui
servira de base à des négociations, cela voudra dire qu¹apparemment, nous
aurons démasqué Israël et révélé son vrai visage.
Le Hamas dira : nous avions raison. Il n¹existe pas de solution diplomatique
avec Israël. Tous ceux qui, de notre côté, ont cru à des négociations
possibles avec Israël se sont trompés et ont trompé les autres. Seule la
violence produira des résultats. Tout comme nous avons fichu dehors les
Juifs de la bande de Gaza avec des attentats suicides des roquettes Qassam,
nous les ficherons dehors de toute la Palestine. Le Fatah n¹a rien à offrir,
alors que nous, nous nous renforçons de jour en jour.
Le monde dira : apparemment, il n¹y a rien à faire. Les Juifs et les Arabes
sont déterminés à continuer à s¹entre-tuer. S¹il vous plaît, ne nous parlez
plus d¹intégrer l¹Union européenne, ni de tourisme, ni d¹investissements. Si
un gouvernement Kadima-travaillistes et un gouvernement Abbas-Fayyad sont
incapables ne serait-ce que de parvenir à un accord-cadre, ils peuvent nous
oublier. Nous avons autre chose à faire.
Et nous, que dirons-nous ?
* Gadi Baltiansky est secrétaire général de l¹Initiative de Genève, côté
israélien.
participants arabes) d¹Annapolis approche. Or, l¹atmosphère en Israël semble
être au scepticisme, sinon au cynisme. Mais cette sensation est trompeuse.
Ce qui pourrait se révéler un tournant historique en cas de succès pourrait
constituer de même un autre tournant historique en cas d¹échec. En pire,
bien sûr.]
Yediot Aharonot, 11 octobre 2007
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3458817,00.html
Le virus de la paix est de retour
Gadi Baltiansky *
Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant
Depuis quelque temps, une nouvelle épidémie menace le discours public
israélien. Une conférence de paix, un accord avec les Palestiniens, des
cérémonies avec un président américain : maladies que nous croyions
disparues à tout jamais. Nous nous étions habitués au confort d¹une vie sans
partenaires, sans négociations. Soudain, le virus de la paix réapparaît.
Nous avions trouvé un traitement relativement simple : un geste dédaigneux
de la main. Que ce moustique porteur d¹ennuis file d¹ici !
Ce geste de la main, on le retrouve chez des ministres, des députés, des
journalistes et de nombreux citoyens. Ne vous en faites pas, disent les
ministres du Parti travailliste, qui naguère portait l¹étendard de la paix,
rien d¹important ne sortira de ces négociations. Entre-temps, les membres du
cabinet du Premier ministre chuchotent à toutes les oreilles, en particulier
aux oreilles droites, qu¹il n¹y a aucun danger de paix, ni d¹accord, Dieu
nous en préserve. Tout au plus, une vague déclaration d¹intentions.
Dans l¹opinion et dans les médias, on adopte largement et joyeusement ce
scepticisme. Et même, on ajoute une bonne mesure de cynisme. Aucune chance
qu¹ils parviennent à un accord : après tout, les fossés sont si larges.
Jérusalem ? Olmert ne pliera pas. Les réfugiés ? Abbas ne pliera pas. Les
frontières ? Les colons ne laisseront pas faire. La sécurité ? Les
Palestiniens sont des incapables. Les Etats-Unis ? Bush est déjà
politiquement mort.
Ainsi, semble-t-il, ce geste de la main dédaigneux est en train d¹accomplir
son travail. On ne sent rien qui ressemble à un moment historique. Les
places publiques ne s¹empliront pas de manifestants, car la paix est si
loin. Mais tout cela n¹est que du « semble-t-il. ».
Si le sommet réussit, le tournant historique va se produire si les
principes d¹un accord final sont formulés, et si des négociations se mettent
en route sur les détails des questions au c¦ur du conflit. Oui, il est fort
possible que les sceptiques et autres cyniques aient raison, qu¹il n¹y ait
pas d¹accord et que le sommet échoue. Dans ce cas-là aussi, nous
assisterions à un tournant historique : pour le pire.
Et le Hamas pourra dire : nous avions raison.
Dans son discours du 24 septembre à New York, la ministre des affaires
étrangères Tzipi Livni a dit que le moment était venu. Que l¹on nous offrait
une chance historique de faire de l¹idée de deux Etats une réalité, et que
les générations futures ne nous pardonneraient pas un échec.
Elle a raison. Sauf que la génération présente ne nous le pardonnerait pas
non plus, parce que le prix de l¹échec pourrait être terrible. Ceux des
Palestiniens qui souhaitent la paix (et ils constituent une majorité) diront
qu¹ils n¹ont pas de partenaire du côté israélien, et que le seul horizon qui
leur est laissé est celui du Mur, des check points et des colonies. Et ceux
des Israéliens qui souhaitent la paix (et ils constituent une majorité)
sombreront un peu plus dans le désespoir comme sombrera l¹espoir de voir
émerger un Etat juif et démocratique.
Mahmoud Abbas dira : j¹ai tenté d¹être conciliant avec Israël. J¹ai accepté
que l¹application d¹un accord se fasse par étapes et soit soumise à des
tests. J¹ai accepté une présence internationale en Palestine. J¹ai boycotté
le Hamas. Et les Israéliens savent bien qu¹ils n¹auront jamais
d¹interlocuteurs plus modérés que moi et le Premier ministre Salam Fayyad.
S¹ils ne veulent pas d¹un accord avec nous, sur un document général qui
servira de base à des négociations, cela voudra dire qu¹apparemment, nous
aurons démasqué Israël et révélé son vrai visage.
Le Hamas dira : nous avions raison. Il n¹existe pas de solution diplomatique
avec Israël. Tous ceux qui, de notre côté, ont cru à des négociations
possibles avec Israël se sont trompés et ont trompé les autres. Seule la
violence produira des résultats. Tout comme nous avons fichu dehors les
Juifs de la bande de Gaza avec des attentats suicides des roquettes Qassam,
nous les ficherons dehors de toute la Palestine. Le Fatah n¹a rien à offrir,
alors que nous, nous nous renforçons de jour en jour.
Le monde dira : apparemment, il n¹y a rien à faire. Les Juifs et les Arabes
sont déterminés à continuer à s¹entre-tuer. S¹il vous plaît, ne nous parlez
plus d¹intégrer l¹Union européenne, ni de tourisme, ni d¹investissements. Si
un gouvernement Kadima-travaillistes et un gouvernement Abbas-Fayyad sont
incapables ne serait-ce que de parvenir à un accord-cadre, ils peuvent nous
oublier. Nous avons autre chose à faire.
Et nous, que dirons-nous ?
* Gadi Baltiansky est secrétaire général de l¹Initiative de Genève, côté
israélien.
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