L¹immobilier dans les colonies : un investissement risqué
Jewish Telegraphic Agency, 10 août 2007
http://www.jta.org
Article diffusé par Common Grounds
L¹immobilier dans les colonies : un investissement risqué
Ori Nir *
Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant
Quand un certain nombre de colons de Cisjordanie a lancé une ambitieuse
campagne de vente de maisons aux juifs américains (1), Shalom Arshav (La
Paix Maintenant) avertissait : investir dans l¹immobilier au-delà de la
ligne Verte n¹était pas seulement condamnable moralement et politiquement,
mais aussi financièrement risqué.
Nous ignorions alors que cette zone grise sur le plan de l¹immobilier
jouerait un rôle dans la faillite de la société de construction Heftzibah,
l¹une des entreprises israéliennes les plus importantes et le plus gros
constructeur de colonies en Cisjordanie.
Bien que la faillite financière de Heftzibah ne soit pas seulement due à ses
constructions illégales sur des terres appartenant à des personnes
palestiniennes privées, son histoire devrait servir de chiffon rouge à
quiconque envisage un investissement immobilier dans une colonie de
Cisjordanie. Allez demander leur avis aux 430 familles orthodoxes qui ont
payé chacune à Heftzibah la somme de 100.000$ pour de petits appartements
dans la colonie de Modi¹in Illit. Ces propriétaires se retrouvent empêchés
par décision du tribunal d¹occuper leurs appartements, parce que Heftzibah
en a construit certains sur des terres palestiniennes privées.
L¹histoire des ennuis de Heftzibah à Modi¹in Illit est un révélateur in vivo
de la manière dont des terres ont été volées et manipulées par des colons,
des intermédiaires et des entrepreneurs, avec l¹aide généreuse de politiques
israéliens et de bureaucrates du gouvernement.
Cela a commencé avec un achat douteux, réalisé par un vendeur israélien de
terres, de grandes parcelles de terrains situés autour du village de Bil¹in,
à l¹ouest de Ramallah. Le vendeur, Shmouel Enav, sera plus tard condamné
pour avoir encouragé d¹autres vendeurs de terres de contribuer
financièrement au Likoud en échange de faveurs potentielles de représentants
du Likoud une fois élus.
Sur et autour du site de Modi¹in Illit, Enav a acheté des parcelles à des
Palestiniens qui se sont présentés frauduleusement comme les propriétaires
légaux. Selon une enquête du quotidien israélien Ha¹aretz, des représentants
du gouvernement israélien ont déclaré ces terres « terres d¹Etat », puis les
ont loué aux vendeurs pour pouvoir blanchir des achats de terres illégaux
(2).
D¹autres portions de terres destinées au grand projet de logement de Modi¹in
Illit, aujourd¹hui la plus grande colonie de Cisjordanie, étaient situées en
dehors des limites administratives de la colonie et connues pour appartenir
à des personnes privées palestiniennes. Malgré tout cela, des permis de
construire ont été délivrés (illégalement) et Heftzibah a continué à bâtir.
C¹est alors que Shalom Arshav, avec quelques-uns des propriétaires
palestiniens, a saisi la Haute cour, qui a ordonné l¹arrêt des travaux (3).
La cour a également ordonné au gouvernement d¹ouvrir une enquête pour
déterminer comment les permis de construire illégaux avaient été délivrés et
pourquoi les bâtiments construits illégalement n¹étaient pas démolis.
S¹il y a quelque chose d¹unique dans cette histoire, c¹est que Heftzibah et
d¹autres sont tenus par la Haute cour pour responsables d¹un comportement
illégal qui est devenu pratique courante en Cisjordanie. Un rapport récent
de Shalom Arshav, qui s¹appuie sur des chiffres gouvernementaux, montre
qu¹environ un tiers des terres utilisées par les colonies de Cisjordanie
sont des terres privées palestiniennes (4).
De plus, Shalom Arshav a montré que, malgré les terres généreusement
allouées aux colonies par le gouvernement (seules 9% des zones sous
juridiction de colonies sont bâties), 90% des colonies débordent au-delà de
leurs limites. Et environ un tiers des terres utilisées par les colonies
sont situées hors de leur juridiction.
Si Shalom Arshav a saisi la Haute cour, ce n¹est pas seulement pour protéger
les droits des propriétaires palestiniens. Cela a été fait aussi, et
surtout, pour des considérations de sécurité, avec la ferme conviction qu¹à
long terme, un Etat palestinien viable et stable constitue une condition
nécessaire à la sécurité d¹Israël. Les colonies empêchent la création d¹un
tel Etat.
Il est clair que l¹action judiciaire de Shalom Arshav ne constitue pas une
alternative à l¹action politique pour que le gouvernement israélien gèle,
puis inverse, l¹entreprise de colonisation. Cette action judiciaire a plutôt
une fonction de dissuasion. C¹est une manière de rappeler aux Israéliens et
à l¹opinion que le fait de s¹installer en Cisjordanie a un coût, et que les
terres au-delà de la ligne Verte ne constituent pas une réserve d¹expansion
immobilière. L¹action judiciaire est un outil qui doit faire prendre
conscience aux Israéliens de l¹énorme valeur politique de la Cisjordanie,
territoire dont Israël devra se retirer s¹il veut continuer à exister en
tant qu¹Etat juif démocratique.
Espérons qu¹en faisant réfléchir sur le risque financier qu¹il y a à
investir dans l¹immobilier en Cisjordanie, les Israéliens et les Juifs
américains évalueront aussi les dommages causés à l¹avenir d¹Israël en
construisant des colonies au-delà de la ligne Verte.
(1) Voir « Les colons appellent les Juifs américains à acheter en
Cisjordanie » http://www.lapaixmaintenant.org/article1527
(2) Voir cette enquête d¹Akiva Eldar : « Une enquête le prouve : on
construit illégalement en Cisjordanie »
http://www.lapaixmaintenant.org/article1199
(3) Voir « L¹action en justice de Shalom Arshav contre la colonie de Modi¹in
Illit » http://www.lapaixmaintenant.org/article1318
<http://www.lapaixmaintenant.org/article1318> et « l¹Etat ordonne l¹arrêt
de la construction dans la colonie de Modi¹in Illit »
http://www.lapaixmaintenant.org/article1243
<http://www.lapaixmaintenant.org/article1243>
(4) « Les terres volées aux Palestiniens : Rapport de Shalom Arshav sur la
construction des colonies sur des terres privées palestiniennes »
http://www.lapaixmaintenant.org/article1451
* Ori Nir est porte-parole des Americans for Peace Now.
http://www.jta.org
Article diffusé par Common Grounds
L¹immobilier dans les colonies : un investissement risqué
Ori Nir *
Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant
Quand un certain nombre de colons de Cisjordanie a lancé une ambitieuse
campagne de vente de maisons aux juifs américains (1), Shalom Arshav (La
Paix Maintenant) avertissait : investir dans l¹immobilier au-delà de la
ligne Verte n¹était pas seulement condamnable moralement et politiquement,
mais aussi financièrement risqué.
Nous ignorions alors que cette zone grise sur le plan de l¹immobilier
jouerait un rôle dans la faillite de la société de construction Heftzibah,
l¹une des entreprises israéliennes les plus importantes et le plus gros
constructeur de colonies en Cisjordanie.
Bien que la faillite financière de Heftzibah ne soit pas seulement due à ses
constructions illégales sur des terres appartenant à des personnes
palestiniennes privées, son histoire devrait servir de chiffon rouge à
quiconque envisage un investissement immobilier dans une colonie de
Cisjordanie. Allez demander leur avis aux 430 familles orthodoxes qui ont
payé chacune à Heftzibah la somme de 100.000$ pour de petits appartements
dans la colonie de Modi¹in Illit. Ces propriétaires se retrouvent empêchés
par décision du tribunal d¹occuper leurs appartements, parce que Heftzibah
en a construit certains sur des terres palestiniennes privées.
L¹histoire des ennuis de Heftzibah à Modi¹in Illit est un révélateur in vivo
de la manière dont des terres ont été volées et manipulées par des colons,
des intermédiaires et des entrepreneurs, avec l¹aide généreuse de politiques
israéliens et de bureaucrates du gouvernement.
Cela a commencé avec un achat douteux, réalisé par un vendeur israélien de
terres, de grandes parcelles de terrains situés autour du village de Bil¹in,
à l¹ouest de Ramallah. Le vendeur, Shmouel Enav, sera plus tard condamné
pour avoir encouragé d¹autres vendeurs de terres de contribuer
financièrement au Likoud en échange de faveurs potentielles de représentants
du Likoud une fois élus.
Sur et autour du site de Modi¹in Illit, Enav a acheté des parcelles à des
Palestiniens qui se sont présentés frauduleusement comme les propriétaires
légaux. Selon une enquête du quotidien israélien Ha¹aretz, des représentants
du gouvernement israélien ont déclaré ces terres « terres d¹Etat », puis les
ont loué aux vendeurs pour pouvoir blanchir des achats de terres illégaux
(2).
D¹autres portions de terres destinées au grand projet de logement de Modi¹in
Illit, aujourd¹hui la plus grande colonie de Cisjordanie, étaient situées en
dehors des limites administratives de la colonie et connues pour appartenir
à des personnes privées palestiniennes. Malgré tout cela, des permis de
construire ont été délivrés (illégalement) et Heftzibah a continué à bâtir.
C¹est alors que Shalom Arshav, avec quelques-uns des propriétaires
palestiniens, a saisi la Haute cour, qui a ordonné l¹arrêt des travaux (3).
La cour a également ordonné au gouvernement d¹ouvrir une enquête pour
déterminer comment les permis de construire illégaux avaient été délivrés et
pourquoi les bâtiments construits illégalement n¹étaient pas démolis.
S¹il y a quelque chose d¹unique dans cette histoire, c¹est que Heftzibah et
d¹autres sont tenus par la Haute cour pour responsables d¹un comportement
illégal qui est devenu pratique courante en Cisjordanie. Un rapport récent
de Shalom Arshav, qui s¹appuie sur des chiffres gouvernementaux, montre
qu¹environ un tiers des terres utilisées par les colonies de Cisjordanie
sont des terres privées palestiniennes (4).
De plus, Shalom Arshav a montré que, malgré les terres généreusement
allouées aux colonies par le gouvernement (seules 9% des zones sous
juridiction de colonies sont bâties), 90% des colonies débordent au-delà de
leurs limites. Et environ un tiers des terres utilisées par les colonies
sont situées hors de leur juridiction.
Si Shalom Arshav a saisi la Haute cour, ce n¹est pas seulement pour protéger
les droits des propriétaires palestiniens. Cela a été fait aussi, et
surtout, pour des considérations de sécurité, avec la ferme conviction qu¹à
long terme, un Etat palestinien viable et stable constitue une condition
nécessaire à la sécurité d¹Israël. Les colonies empêchent la création d¹un
tel Etat.
Il est clair que l¹action judiciaire de Shalom Arshav ne constitue pas une
alternative à l¹action politique pour que le gouvernement israélien gèle,
puis inverse, l¹entreprise de colonisation. Cette action judiciaire a plutôt
une fonction de dissuasion. C¹est une manière de rappeler aux Israéliens et
à l¹opinion que le fait de s¹installer en Cisjordanie a un coût, et que les
terres au-delà de la ligne Verte ne constituent pas une réserve d¹expansion
immobilière. L¹action judiciaire est un outil qui doit faire prendre
conscience aux Israéliens de l¹énorme valeur politique de la Cisjordanie,
territoire dont Israël devra se retirer s¹il veut continuer à exister en
tant qu¹Etat juif démocratique.
Espérons qu¹en faisant réfléchir sur le risque financier qu¹il y a à
investir dans l¹immobilier en Cisjordanie, les Israéliens et les Juifs
américains évalueront aussi les dommages causés à l¹avenir d¹Israël en
construisant des colonies au-delà de la ligne Verte.
(1) Voir « Les colons appellent les Juifs américains à acheter en
Cisjordanie » http://www.lapaixmaintenant.org/article1527
(2) Voir cette enquête d¹Akiva Eldar : « Une enquête le prouve : on
construit illégalement en Cisjordanie »
http://www.lapaixmaintenant.org/article1199
(3) Voir « L¹action en justice de Shalom Arshav contre la colonie de Modi¹in
Illit » http://www.lapaixmaintenant.org/article1318
<http://www.lapaixmaintenant.org/article1318> et « l¹Etat ordonne l¹arrêt
de la construction dans la colonie de Modi¹in Illit »
http://www.lapaixmaintenant.org/article1243
<http://www.lapaixmaintenant.org/article1243>
(4) « Les terres volées aux Palestiniens : Rapport de Shalom Arshav sur la
construction des colonies sur des terres privées palestiniennes »
http://www.lapaixmaintenant.org/article1451
* Ori Nir est porte-parole des Americans for Peace Now.
Publicité