Il faut prendre au mot l'islamisme du Hamas

Publié le par david castel

[au centre du débat : quelle conception de la future société palestinienne
l'emportera? Celle de Mahmoud Abbas, qui prône une société ouverte et
diverse, ou celle du Hamas, qui promet l'islamisation et un mauvais sort aux
"infidèles"?]

Daily Star (Beyrouth), 6 juillet 2007

http://www.dailystar.com.lb/article.asp?edition_id=1&categ_id=5&article_id=8
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Il faut prendre au mot l'islamisme du Hamas
Rayyan al-Shawaf

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
 

Les rodomontades du Hamas, couplées à sa volonté brutale d'éliminer ses
rivaux palestiniens, pourraient avoir fini par sceller le sort du mouvement.
Bien que le parti islamiste exerce désormais seul l'autorité sur une bande
de Gaza paupérisée, son mépris absolu de la loi et de la vie humaine
pourrait être catastrophique pour Ismaïl Haniyeh et ses acolytes. La main du
président Mahmoud Abbas ne sera plus retenue par quelque désir obsolète de
maintenir l'unité palestinienne. Cette unité a été brisée (merci au Hamas),
et tous les paris sont ouverts.

Avec intelligence (certains diront avec opportunisme), Abbas a saisi
l'occasion pour rompre définitivement avec le Hamas et réaffirmer la
primauté de la modération palestinienne. Cela est apparu clairement lors de
son récent discours devant le comité central de l'OLP. Il ne s'est pas
contenté de condamner le Hamas pour son coup de force à Gaza, il s'en est
pris précisément à son idéologie. Il a décrit le Hamas et tous les groupes
islamistes comme des forces des ténèbres qui ont tendance à excommunier ceux
qui sont en désaccord avec elles. Cet aspect très réel du Hamas n'a rien à
voir avec les heurts récents avec le Fatah. Abbas a voulu discréditer le
Hamas en évoquant l'un des aspects constitutifs de ce mouvement : la volonté
d'islamisation de la société palestinienne.

Longtemps, Abbas a été mal à l'aise avec le principal mouvement islamiste de
son pays. En plus de ses tentatives de modifier le paysage culturel de la
Palestine, le Hamas refuse obstinément de reconnaître Israël, même au cas où
celui-ci devait se retirer sur les frontières de 1967. Alors qu'Abbas
envisage des relations diplomatiques pleines et entières entre une Palestine
indépendante et son voisin, tout ce que le Hamas est prêt à offrir à Israël,
c'est une trêve renouvelable indéfiniment. Pourtant, ces dernières années,
la popularité du Hamas est montée en flèche, alors que le Fatah et les
autres partis nationalistes perdaient pied. Quand le Hamas a remporté les
élections législatives de l'année dernière, Abbas, durement éprouvé, a
permis passivement à la démocratie de suivre son cours et ne s'est pas mis
en travers du chemin du Hamas vers le pouvoir. Résultat : islamisation à
l'intérieur, isolement à l'étranger, et évaporation de toute perspective de
reprise des négociations avec Israël, tous facteurs qui ont exacerbé les
myriades de problèmes sociaux et politiques de la Palestine.

L'effondrement du gouvernement d'union nationale Hamas-Fatah, et la décision
par le Hamas de prendre le contrôle de Gaza se sont révélés les gouttes
d'eau qui ont fait déborder le vase. Plutôt que d'essayer de regagner le
terrain perdu ­ et revenir simplement à l'impasse qui caractérisait
l'équilibre des forces entre Hamas et Fatah ­ Abbas a pris une décision
d'importance stratégique : revendiquer la Palestine au nom des Palestiniens
modérés. Fatiguées de jouer à cache-cache avec les islamistes, les
différentes factions de l'OLP, alliées à certains groupes de la société
civile, pourraient aujourd'hui prendre l'initiative de diriger la Palestine
naissante vers un avenir plus libéral.

Bien sûr, réorienter la société palestinienne sera difficile, compte tenu en
particulier de l'influence grandissante de l'islam, phénomène culturel et
politique largement répandu. Sans être, et de loin, aussi dogmatiques que le
Hamas et le Jihad islamique, certains partis de l'OLP, comme le Fatah,
connaissent eux-même un processus d'islamisation depuis les accords d'Oslo.
Il demeure pourtant de nombreux Palestiniens qui conçoivent leur pays en
termes d'ouverture, et même de laïcité, et qui sont irrités par le programme
d'islamisation du Hamas. Les changements violents accomplis pour faire en
sorte que le programme scolaire palestinien soit en accord avec les critères
islamistes du Hamas ont été à juste titre couverts par la presse locale et
étrangère, comme l'ont été les pratiques plus insidieuses de pressions sur
les jeunes filles de porter le voile ou les incitations des jeunes à la
prière. De plus, des cafés Internet ont été attaqués et des concerts
interdits au nom de la "moralité." Ces pratiques honteuses peuvent
aujourd'hui s'arrêter, au moins en Cisjordanie.

Dans son discours, remarquable par le nombre de sujets abordés, Abbas a
parlé du contrôle croissant qu'exerce le Hamas sur les écoles et les
mosquées. Il est important de noter qu'il a également évoqué l'avenir des
Palestiniens chrétiens, en accusant le Hamas d'être derrière la mise à sac
d'un couvent  et école catholique à Gaza. Cette dernière accusation reste à
confirmer, les porte-parole du Hamas ayant démenti toute implication, bien
que Monseigneur Manuel Musallam, chef de la communauté catholique romaine de
Gaza, ait dans un premier temps laissé entendre que les auteurs étaient des
membres du Hamas.

Il est impératif que les différences idéologiques entre le Hamas et
l'Autorité palestinienne d'Abbas restent au premier plan du débat. La vision
sociétale d'Abbas laisse une place aux islamistes, tant qu'ils n'ont pas
recours à la violence et à la coercition, alors que la conception du Hamas
de la société palestinienne promet des restrictions croissantes pour les
femmes, les chrétiens, les laïques, les défenseurs de la normalisation avec
Israël, et pour quiconque ne partage pas ses idées islamistes.

Reste à voir laquelle de ces conceptions triomphera, bien que tous les
indicateurs montrent que la Cisjordanie est en voie de réintégration dans la
communauté internationale, alors que Gaza risque de plus en plus d'être
isolée. Abbas souhaite soulager les maux des Gazaouis frappés par la
pauvreté, qui ne doivent en aucun cas devenir des pions dans son combat,
mais s'oppose à tout dialogue avec les "assassins" et le "putschistes" du
Hamas, qui veulent établir "un émirat de ténèbres et d'arriération",
formules d'Abbas lui-même.

De fait, un Abbas revigoré a choisi délibérément de mettre en avant le
contenu idéologique de son conflit avec le Hamas, et il paraît déterminé à
reconquérir les acquis islamistes en Cisjordanie et, au bout du compte, à
Gaza aussi. Par sa tentative de se débarrasser de ses rivaux et de prendre
le pouvoir, il se pourrait que le Hamas ait fait un mauvais calcul. Sans
l'avoir voulu, il a insufflé à un Mahmoud Abbas modéré mais jusqu'alors
velléitaire un sens profond de sa mission. Il se pourrait aussi qu'il ait
donné aux Palestiniens ouverts et laïques une nouvelle raison de vivre.
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